Guillaume Canet revient avec son meilleur film depuis Ne le dis à personne en 2006. Présenté en Hors Compétition au Festival de Cannes, Karma est le retour du français au genre du thriller. Entre la France et l’Espagne, le résultat est plutôt solide, avec au casting Marion Cotillard, Denis Ménochet, Luis Zahera et Leonardo Sbaraglia.
Karma a presque un double-sens quand on pense à la filmographie de Guillaume Canet en tant que réalisateur. Véritablement promis à une belle carrière avec la réussite de Ne le dis à personne en 2006, Canet n’aura cessé de gâcher son talent initial par la suite. Pourtant, un film comme Les Petits mouchoirs aura fait office de sensation au box-office, mais difficile de pardonner un Blood Ties affadissant le script de James Gray, le turbo-navet nombriliste Lui ou bien le catastrophique Astérix & Obélix – L’empire du milieu.
Guillaume n’est pas Cané ?
On pensait Guillaume Canet complètement cané (excusez-nous le jeu de mots), mais le revoilà avec Karma, son retour au genre du thriller. Produit entre le Sud de la France (Saint-Céré dans le Lot) et l’Espagne (plus précisément la Catalogne), le film nous introduit à Jeanne (Marion Cotillard), une expatriée française vivant avec son conjoint Daniel (Leonardo Sbaraglia). Jeanne travaille à la criée du port, parle peu de son passé, et voit tous les jours Mateo, son filleul.
Ce lien, jugé suspect selon certains, va se fracturer lorsque Mateo disparaît mystérieusement. Tout porte à croire que la coupable est Jeanne, mais cette dernière va devoir renouer avec son sombre passé. Pour se faire elle va réintégrer la communauté sectaire dans laquelle elle est née, et renouer avec son leader Marc (Denis Ménochet) qu’elle soupçonne comme le responsable de l’enlèvement.

On était plus vraiment habitué, mais d‘entrée de jeu Guillaume Canet renoue avec de la (vraie) mise en scène ! Sans doute bien épaulé de Benoît Debie (le chef opérateur de Gaspar Noé), le bougre surprend en proposant jeux de focale, travail scénographique sur la profondeur de champ, travelings à la grue et image toujours centrée auprès de son excellent casting. Prendre Luis Zahera (As Bestas) en inspecteur de police pourrait presque nous faire sentir une vibe à la Rodrigo Sorogoyen, affirmant le fait que Karma est un film sous influences plutôt bien digérées.
Petit thriller illustré mais tenu
Le scénario réussit donc à nous happer via son postulat à la Prisoners, avant de véritablement bifurquer vers l’intérêt premier du métrage : l’exploration de cette communauté consanguine et religieuse de Saint-Céré. Ludique, Karma l’est inévitablement, dressant en parallèle 2 fils rouges : celui de Jeanne renouant le contact avec un monde d’oppression masculiniste t dogmatique qu’elle a abandonné pour tenter d’assouvir un rôle maternel, et l’enquête de son compagnon Daniel qui tente de la retrouver.
En terme de rythme, Karma tient donc sans effort sa cadence, jusqu’au moment où le récit fera tout de même un long sur-place pour dépeindre cette fameuse secte. Et c’est à cet instant que Karma se transforme en thriller beaucoup plus codifié : usage du chapelet, humiliation conjugale en public, cloisonnement de l’information, uniformisation du mode de vie, réadaptation de la Bible, contrôle tyrannique de l’enfance…

On croirait presque que Karma applique un schéma retrouvé dans le petit manuel de la bonne secte pour peindre son univers. Ce faisant, le récit s’avère finalement ancré dans le réel malgré les velléités de film de genre, tandis que la force adverse du métrage se veut impeccablement campé par le massif Denis Ménochet. On regrettera tout de même le traitement de certains personnages secondaires introduits pour être mieux laissés sur le bas-côté ensuite.
Karma s’articule ainsi comme un petit thriller appliqué, voire même scolaire dans sa construction de tension semi-crescendo ou son débouché. Mais en l’état, Guillaume Canet réussit un retour en forme. En résulte un film de genre carré, au casting réussi, qui ne faiblit pas réellement du long de ces 2h20 malgré un petit sentiment de déjà-vu ! Pas trop mal donc.
Karma sortira au cinéma le 21 octobre 2026. Retrouvez tous nos articles du Festival de Cannes ici.
avis
Avec Karma, Guillaume Canet renoue enfin avec du thriller tenu, mis en scène avec métier et dirigeant un bon casting franco-espagnol. On regrettera un aspect légèrement programmatique dans la manière de dérouler son scénario à mi-parcours, mais pas de quoi saboter cette honnête proposition sans bout de gras. Pas mal, mais peut mieux faire !
