Beethoven & Dinosaur revient avec Mixtape ! Plus de 5 ans après The Artful Escape, le petit studio australien de Johnny Galvatron renoue avec une fibre nostalgique au service de la musique et de l’émotion. En résulte une sacrée bouffée d’air frais pour ce jeu narratif se déroulant dans les 90’s !
Mixtape a été révélé il y a presque 2 ans, et le nouveau titre de Beethoven & Dinosaur s’est bien fait attendre ! En effet, le petit studio australien distribué par Annapurna Interactive (Outer Wilds, Journey) avait fait sensation en 2021 avec The Artful Escape, un jeu de plate-formes psychédélique et musical. Le résultat était singulier derrière son gameplay simple, traduisant l’amour de Johnny Galvatron (directeur créatif du studio et ayant une petite carrière musicale derrière lui) pour tout un pan de la culture folk et rock.

©Annapurna Interactive
Plus de 4 ans plus tard, Mixtape se veut un jeu plus ambitieux narrativement et techniquement, mais nourri de la même sensibilité créative ! Nouveau trip nostalgique, le titre nous emmène au milieu des années 90 dans la ville de Blue Moon Lagoon. C’est l’été dans cette charmante bourgade américaine de la Californie du Nord, que 3 amis se retrouvent une dernière journée avant la séparation.
En effet, Stacy Rockford (la protagoniste que le joueur contrôle) est passionnée de musique et aspire à devenir superviseuse musicale à New York. Concernant sa meilleure amie Cassandra, c’est Los Angles qui l’appelle pour la suite de ses études, alors que leur pote Val Slater ne sait toujours pas ce qui l’attend. Ensemble, ils vont faire les préparatifs d’une fête prévue le soir-même, tout en se remémorant les grands passages de leur amitié. Le tout en musique, via la playlist concoctée par Rockford dans son walkman !
Mid 90’s
Mixtape séduit d’entrée de jeu, avec son ambiance lorgnant à la fois vers les codes du jeu narratif (Life is Strange en tête), mais surtout du genre du coming-of-age story. La technique du jeu est impeccable à l’œil (on pourrait vagabonder dans l’univers du jeu des heures entières), proposant une atmosphère finalement plus proche de la filmographie de John Hughes (La folle Journée de Ferris Bueller est une référence évidente), ou bien la période 90’s de Richard Linklater (Dazed and Confused en tête).

©Annapurna Interactive
Mixtape traduit ainsi à la perfection toute une grammaire du cinéma indé américain de cette époque : comme dans High Fidelity, la musique joue un rôle à part dans l’identité du personnage, dans la narration globale, dans l’emphase émotionnelle, la rythmique des séquences et la part biographique du titre. Glavatron s’est évidemment inspiré de son propre vécu, tout comme les développeurs chez Beethoven & Dinosaur dans le but de garder une réelle authenticité malgré le caractère animé de l’ensemble.
La playlist de l’émotion
Et à l’instar de Spider-Man into the Spider-Verse ou South of Midnight, les personnages se déplacent en 12 images par secondes et se révèlent étonnamment attachants. Car oui, l’essentiel de Mixtape passe avant tout par un spleen véhiculé à travers les dialogues d’adolescents laissant derrière eux l’innocence pour s’engager dans le monde adulte. L’écriture fait mouche, et durant environ 3h30, le joueur s’amusera à glaner diverses informations en furetant dans la chambre des 3 personnages, ou encore leur repaire forestier.

©Annapurna Interactive
Et c’est via ce passage en revues d’objets et de lieux que Mixtape lance à intervalles réguliers divers flash-backs sous forme de scénettes à « mini-jeux ». Des guillemets car le gameplay se révèle extrêmement simple, voire simpliste : consistant à balancer le personnage sur la route lors de quelques phases de skate, à viser des cibles ou à sauter/esquiver au bon moment. Il n’y a virtuellement aucun challenge, mais là n’est pas l’intérêt de Mixtape, préférant avant tout accentuer l’interactivité pour mieux épouser les émotions et les expériences vécues par Rockford !
Animation interactive
Un premier baiser langoureux (où le joueur contrôle les 2 langues), une ballade champêtre où les personnages bondissent comme en apesanteur, une fuite en cadis ou bien une virée nocturne en voiture volante… Mixtape réussit son numéro d’équilibriste entre ancrage mémoriel et surréalisme esthésique via son excellente mise en scène, et une bande-son directement héritée des souvenirs d’enfance de Johnny Galvatron.

©Annapurna Interactive
De Alice Coltrane à Portishead en passant par Smashing Pumpkins ou même la BO de Transformers, Mixtape agence sa soundtrack comme charpente de sa rythmique émotionnelle. Ce faisant, plus que du jeu vidéo à visée ludique, le titre fait office de porte d’entrée vers l’âme de son créateur. Une dimension auditive qui réhausse considérablement l’expérience, traduisant à la perfection la puissance évocatrice de la musique (ce sera d’ailleurs le sujet de l’humble mais touchant dialogue final).
Et derrière ce cocktail d’influences et de créativité, Mixtape accuse sans doute d’un léger manque d’imagination dans la manière de renouveler ses mini-boucles de gameplay. On est donc loin du chef-d’œuvre absolu qu’est What Remains of Edith Finch, mais derrière son imagerie très Annapurna-like, Mixtape parvient à toucher là où il faut via une aisance déconcertante. Une nouvelle preuve, s’il en fallait une autre, que le jeu vidéo est un art à part entière !
Mixtape est disponible sur Xbox Series X/S, Playstation 5 et PC
avis
Avec Mixtape, Beethoen & Dinosaur revient avec un nouveau trip nostalgique de toute beauté. En émulant les codes du cinéma indépendant US des 90's, Johnny Galvatron accouche d'un titre épousant les codes parfois galvaudés du jeu narratif, mais dont le supplément d'âme transpire par tous les pores de sa fabrication. Mention spéciale évidente pour sa rythmique musicale, guidant l'emphase émotionnelle de cette virée estivale douce-amère. Une bien belle pioche d'Annapurna Interactive !
- Scénario
- Gameplay
- Game Design
- Graphismes
- Son
- Durée de vie
