Après sept ans de bons et loyaux services (ou presque), The Boys tire sa révérence sur Prime Video en concluant sa cinquième et dernière saison avec plus de tripes sur les murs que de subtilité narrative. Une belle fin mais pourtant un peu frustrante.
Homelander contrôle l’Amérique par la terreur et le prosélitisme, les contestataires s’entassent dans des camps liberticides, et Butcher, Hughie et les Boys organisent une résistance désespérée. Enfin, la proposition radicale sur la nature du pouvoir, du capitalisme et du super-héros transformé en outil fasciste made in Eric Kripke, vient de conclure son run de 5 saisons sur Prime Video. La promesse est tenue dans ses grandes lignes, le show boucle ses arcs, offre à ses personnages des fins à leur mesure, et le final est éclatant. Mais est-ce suffisant ?

Créée par Eric Kripke, adaptée des comics de Garth Ennis et Darick Robertson, The Boys termine son épopée via une ultime salve d’épisodes s’entourant du noyau dur du show, Karl Urban, Jack Quaid, Antony Starr, Erin Moriarty et les autres, pour une « epic conclusion » annoncée par Amazon. Cependant, même si l’attrait d’une conclusion nous hypait sévèrement, force est de constater que ces derniers huit épisodes ont une drôle de saveur, celle du trop sage et politiquement correct. C’est chouette mais globalement artificiel et l’ensemble parait alors assez terne comparé au déluge auquel la série super-héroïque nous avait habitué.
Sweet Jesus!
Néanmoins, force est de constater que cette saison 5 de The Boys assume son statut de « saison finale ». Elle se concentre sur les trajectoires de ses protagonistes, sur ce qu’il reste d’humain à Butcher, à Hughie, à Annie, à Kimiko, dans un monde qui ne l’est plus du tout. Alors forcément, les arcs narratifs trouvent leur conclusion respective, les séparations font mal, et le final arbore cette tristesse forcée qui touche tout fan du show, alors même que sa conclusion intrinsèque demeure imparfaite. Mais les fins de séries le sont-elles jamais ?
Le vrai problème de cette saison 5, c’est d’avoir eu Trump comme concurrent involontaire. La satire politique de The Boys opérait par distorsion et outrance assumée, or elle se retrouve ici à singer de façon troublante une réalité américaine qui n’a même plus besoin d’être exagérée. Les camps de rétention, la propagande d’État, le culte de la personnalité érigé (la statue en or !), bref autant d’éléments que la série avait anticipés et qui sonnaient jadis comme abusés, comme fantasmés. Sauf qu’aujourd’hui, l’effet est paradoxal, presque décalé. Un comble, nullement imputable à The Boys, ni à sa writer’s room, forcément désespérée d’être singée par Donald, mais le fait est que ça parait, inconsciemment, pas si incroyable que ça finalement.

De même, la narration de cette dernière saison se révèle très moyenne, et passe le plus clair de son temps à faire du surplace, à jouer des conflits et complots tandis que l’intrigue principale repose inévitablement sur un, voire deux, MacGuffins. Les personnages s’affairent autour d’un objet, d’une fiole, d’un pouvoir à retrouver, d’une ultime solution miracle pour venir à bout de supes devenus pratiquement immortels et si ça fonctionne par moments, on sent surtout l’écriture s’embourber dans ses propres rebondissements, comme The Deep patauge dans les hydrocarbures.
Par contre, visuellement cette saison nous aura souvent soufflé en nous proposant des envolées carrément dingue pour un show diffusé sur Prime Video. Des plateaux télé transformés en temples fascistes aux visions mystiques en passant par une iconographie pop énervée, le show reste souverain quand il s’agit de composer des images sales et s’offre ainsi une direction artistique qui termine ici en apothéose, n’ayons pas peur des mots, et qui aide à faire passer certaines lourdeurs du scénario.
Enfin, comment terminer sans nommer la colonne vertébrale de The Boys, avec Antony Starr toujours phénoménal en Homelander, même si l’écriture semble ici aussi ne plus savoir exactement quoi faire de son personnage. Coincé entre sa mégalomanie et son délire christique, il tue paradoxalement assez peu et paraît presque moins terrifiant que dans les précédentes saisons, comme effacé de sa propre trajectoire. En face, Karl Urban est immuable, toujours magnifique en Butcher, charismatique en diable et impeccablement stylé. Un duel de géants qui s’est donc achevé, pour notre plus grand malheur doucereux.
Au fond, cette saison 5 n’est clairement pas la meilleure de The Boys. Elle est moins mordante, moins libre, un peu plus prisonnière de sa mécanique finale, mais elle conclut bien. Elle nous aura offert une chouette fin, pas la plus ahurissante, pas la plus brillante. Mais une vraie fin, et c’est déjà bien !
La 5e et dernière saison de The Boys est disponible sur Prime Video.
Avis
Une 5e et dernière saison pour The Boys qui se conclue bien, même si cette fin s'avère moins pertinente et acerbe que ce à quoi le show nous avait habitué par le passé.
