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Critique Euphoria Saison 3 : la fin du rêve
© HBO
Série

Critique Euphoria Saison 3 : la fin du rêve

Charley Charley1 juin 2026Aucun commentaireIl vous reste 6 minutes à lire
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Euphoria revient avec sa Saison 3 longuement attendue. Le show de Sam Levinson opère ainsi un virage stylistique et narratif drastique pour conclure l’œuvre culte d’HBO. Un choix qui va forcément diviser au sein de cette saison plus cabossée, mais sauvée par ses indéniables qualités de fabrication.

4 ans d’attente pour cette Saison 3 d’Euphoria ! Le show de Sam Levinson (The Idol, Assassination Nation, Malcolm & Marie) sera devenu culte dès son excellente première saison en 2019. Et après de très bons épisodes spéciaux et une Saison 2 plutôt réussie, difficile de réunir tout le casting de talent : Zendaya, Sydney Sweeney, Jacob Elordi ou encore Colman Domingo jouissant en effet de jolies carrières au cinéma désormais.

Mais outre les soucis de planning, c’est bien dans son écriture que cette ultime saison d’Euphoria aura eu des heurts. En effet, Angus Cloud est décédé d’une overdose en 2023, nécessitant une refonte drastique de ce qui était venu comme une saison placée dans un monde d’adultes, avec Rue en détective privé. Levinson semblait donc avoir comme ambition de délaisser les questionnements existentiels du teenage drama originel pour embrasser un peu plus le cinéma de genre.

Est-ce toujours Euphoria ?

Euphoria Saison 3 oscille ainsi entre film noir, récit de gangster, satire hyperbolique de l’Amérique capitaliste et parfum de western. Cela fait déjà plusieurs années que tous les personnages ont quitté le lycée pour trouver leur voie : Rue se retrouve à faire la mule pour des néo-nazis dans le but de rembourser ses dettes, Cassie et Nate doivent se marier prochainement, Jules tente de trouver ses marques en tant qu’artiste-peintre, Maddy veut être agente de célébrités, et Lexi travaille dans les studios Warner Bros en tant qu’assistante sur les tournages.

Critique Euphoria Saison 3 : la fin du rêve
© HBO

Tout débute dans la veine caractéristique d’Euphoria en somme, dans le but de confronter les parts d’ombres de chacun face à l’environnement carnassier qui les entoure. L’occasion de voir que la fabrication et la mise en scène globale proposée par Sam Levinson est à nouveau proposée dans un écrin de sophistication exemplaire. Euphoria n’a eu de cesse de renouveler sa patine visuelle, et la fait à nouveau des merveilles en abandonnant le 35mm de la Saison 2 pour du Cinemascope 65mm absolument somptueux.

Les idées formelles sont ainsi présentes, au service du caractère frondeur de Sam Levinson. En effet, le showrunner-scénariste-réalisateur se servira de son récrit pour que ses personnages soient séduits par le caractère sulfureux de l’Amérique : Rue va travailler pour un baron de la drogue et proxénète notoire au sein d’un strip-bar, Nate s’acoquinera d’un mafieux dans le but d’élaborer un lucratif contrat immobilier, et Cassie va découvrir les joies de l’argent facile en devenant une égérie d’Onlyfans.

Quelque chose de pourri en Amérique

Comme souvent avec Levinson, cette Saison d’Euphoria flirte dangereusement avec le libidineux complaisant (jouant allègrement avec le caractère sexué de Sydney Sweeney), voire le sensationnalisme. Mais à mi-parcours, tout cela fait sens alors que comme dans un Showgirls, les personnages tentent de s’extirper de leur condition en voyant le caractère pourri de l’or qu’ils touchent. Le plus éloquent tiendra dans cette séquence où Rue (initialement aux anges devant ce paradis féminin) découvre à travers les caméras de surveillance le viol d’une des danseuses par plusieurs clients.

Critique Euphoria Saison 3 : la fin du rêve
© HBO

C’est à cet instant qu’Euphoria Saison 3 bifurque, plaçant Rue dans les tirs croisés de cette guerre de gangs en devenant malgré une taupe pour la DEA. La tension est ainsi plus palpable, mais le récit délaissera finalement tous les autres arcs narratifs au profit de l’histoire de Rue. Les retrouvailles de Zendaya et Hunter Schafer font plaisir à voir, mais Levinson abandonnera le personnage de Jules au milieu du guet, faisant d’elle une artiste résignée à devenir la maîtresse d’un riche magnat dans sa tour d’ivoire (le personnage est donc traité comme un dommage collatéral de Rue ne parvenant toujours pas à se laisser exister). Une franche déception, tant le duo faisait office de pilier du show.

Breaking Good

L’exemple le plus flagrant donc, tandis que les aspirations de cinéma de Cassie sont tuées dans l’œuf via sa réputation peu reluisante de travailleuse du sexe sur les réseaux, puis la prise d’otage de Nate. Jacob Elordi fait également office de personnage plus tertiaire au final, tandis qu’on regrettera également le fait que Maddy devienne également liée au nouveau personnage marquant de cette saison : Alamo Brown, interprété par le toujours excellent Adewale Akinnuoye-Agbaje (Oz, Lost).

Critique Euphoria Saison 3 : la fin du rêve
© HBO

Ce baron proxénète bénéficie par ailleurs d’une caractérisation plutôt exemplaire, alors qu’un flash-back nous explique toute la psyché d’un charmeur empli de contradictions, pur produit de son époque et des blessures d’enfance. Un protagoniste progressivement central donc, mais qui se fait au détriment du reste du casting. C’est bien dommage, tant il y avait matière à explorer le destin de chacun de manière approfondie. On appréciera tout de même la rare apparition d’Eric Dane dans son ultime rôle.

Lumière trouble au bout du tunnel

Pour autant, Euphoria Saison 3 évite le bilan négatif par la tenue du personnage de Rue (Zendaya est encore une fois excellente dans le rôle majeur de sa carrière), et l’épisode 8 qui conclue la série ainsi que son arc débuté en 2019. D’une durée de 1h30, « In God We Trust » évite le happy ending facile dans un traitement doux-amer voyant le retour de Colman Domingo en éternel mentor. Levinson s’est dit profondément impacté par le décès d’Angus Cloud et son propre passif d’addict. Il ne sera donc pas étonnant de le voir conclure la série de cette manière, où les espoirs brisés se collisionnent dans la mort ou la résignation.

Critique Euphoria Saison 3 : la fin du rêve
© HBO

Un fin cohérente, où Levinson joue avec les codes du western en intimant de revenir aux origines de ce qui constitue le bien et le mal, mais qui ne s’est pas faite sans pistes abandonnées hélas. Au rayon des déceptions, on notera l’absence de l’identité musicale de Labrinth, injustement bazardé au profit d’une partition fonctionnelle d’Hans Zimmer, bien qu’efficace lorsqu’Euphoria Saison 3 tente de renouer avec le spleen existentiel caractéristique de la série. En résulte une conclusion sympathique bien qu’imparfaite, faisant sonner le clap de fin de ce qui est une des séries phares de HBO.

Euphoria est disponible sur HBO Max

avis

6 clap de fin

Euphoria se conclue ainsi avec sa saison la plus faible, alors que Sa Levinson déséquilibre la tenue des divers arcs narratifs de ses personnages au profit d'un récit versant dans le film noir. Pour autant, la qualité de fabrication exemplaire est toujours au rendez-vous pour son casting de talent, faisant de ce baroud d'honneur une critique acidulée de l'Amérique capitaliste autant qu'un récit doux-amer concernant le personnage culte qu'incarne Zendaya. En résulte un clap de fin sympathique qui tache, même si loin des cîmes qualitatives de la série d'HBO à ses débuts.

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