Obsession est sans nul doute LA surprise de l’année, que ce soit en terme de réception publique et via son box-office. Le tout grâce à un bouche-à-oreilles l’ayant directement propulsé au rang de film le plus lucratif de l’Histoire. Retour sur ce phénomène horrifique.
Curry Barker n’a que 25 ans, et Obsession est son second long-métrage (et son premier d’une durée standardisée). Pourtant, celui qui a fait ses armes avec des court-métrages sur Youtube (The Chair, Enigma…) a eu les clés en main pour piloter un vrai film de studio pour Blumhouse (Get Out, American Nightmare) et Focus Features. Présenté au Festival de Toronto en 2025, ce n’est que lors de sa sortie en salles en mai que le train s’est réellement mis en marche.
La suprématie constante de l’horreur
Cela ne surprendra personne, mais le genre horrifique reste même aujourd’hui d’un des plus lucratifs du cinéma. Entre The Substance primé à Cannes, Sinners et Weapons aux Oscars, ou bien les succès commerciaux que sont Smile, Halloween, Insidious et compagnie, les studios savent que le public qui aime les frissons procurés par le genre iront se déplacer dans les salles obscures. Et si tout ne fonctionne pas comme sur des roulettes (Retour à Silent Hill), même des propositions plus niches pullulent chaque année (Bring Her Back, Nosferatu).

© Blumhouse
De quoi expliquer en quoi Obsession partait sous de bons auspices, mais la nature même du film de Curry Barker peut également être la clé. Le métrage nous présente donc Bear (Michael Johnston), un jeune homme secrètement amoureux de Nikki (Inde Navarette), une amie d’enfance. Lors de l’anniversaire de cette dernière, il achète un jouet nommé « One Wish Willow » dans une boutique ésotérique. Dépité sur le fait d’être trop timide pour lui déclaré sa flamme en la raccompagnant chez elle, Bear brise le bibelot fantaisiste en faisant le vœux que Nikki puisse l’aimer plus que tout au monde.
Pitch à la Twilight Zone
Ce faisant, le comportement de Nikki changera immédiatement, alors que la jeune femme avoue ses sentiments et souhaite lui montré son affection. Un amour naissant qui va rapidement prendre une tournure obsessionnelle et maladive, jusque dans des proportions vertigineuses et cauchemardesques. Un pur canevas à la Twilight Zone en somme, qui se permet de toucher avec éloquence à un sujet universel : les relations toxiques.

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On comprend aisément comment Obsession a pu fédérer un public jeune (notamment via les réseaux sociaux), alors que le film met en scène de manière hyperbolique la volonté de contrôle successif des deux protagonistes au nom de l’amour. Bear use ainsi d’un pouvoir païen surnaturel pour plier Nikki a sa volonté : certes sans comprendre l’implication derrière, mais une scène-pivot montre bien le côté toxique ambiant, alors que Bear accepte mal le fait que la femme qu’il désire ne soit attirée par lui que via une force obscure.
Autant mettre les pieds dans le plat : Obsession ne révolutionne pas l’horreur, et n’ira pas forcément plus loin que le cadre établi par son high-concept. La principale limite du métrage donc, tandis que Curry Barker parvient tout de même à faire proposer une mise en scène incarnée, puisant à la fois chez Polanski que chez Kiyoshi Kurosawa (Kairo en tête, avec cette séquence quasi fantomatique immergée dans la pénombre). Le jeune réalisateur use régulièrement du jumpscare, mais les scènes d’angoisse les plus réussies tiennent dans le simple fait que le spectateur n’a pas peur de ce que Nikki fera à Bear, mais bien de ce qu’elle fera en terme d’action autodestructice.
Inde Navarette stellaire
La définition du marchandage émotionnel et du relationnel toxique donc, impeccablement encapsulé dans la performance désormais culte d’Inde Navarette. La naissance d’une star en somme, qui de son propre aveu s’est inspiré de Mia Goth dans Pearl, Toni Collette dans Hérédité, et du cinéma de Jordan Peele (Get Out en tête) pour faire basculer le grinçant et la bizarrerie vers le malaise et l’épouvante. C’est véritablement elle qui porte le métrage jusqu’au générique final, alors que Curry Barker capte chacune des diverses expressions de son interprète pour en faire à la fois la victime et la menace principale.

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Et outre un bouche-à-oreilles qui aura permis à Obsession de se faire une place de choix au box-office (battant Mandalorian & Grogu sur la même fenêtre de sortie) aux côtés de Backrooms (autre film au parcours assez similaire), le maintien extraordinaire du métrage pendant près de 3 mois emmènent ce qui a coûté 750 000 dollars vers un score final avoisinant les 450 millions. Un box-office supérieur à certains Marvel et véritablement digne d’un blockbuster. In fine, outre la révélation d’une actrice et possiblement d’un réalisateur : Obsession est le film d’horreur et le film le plus lucratif devant Projet Blair Witch ou L’Exorciste. Il s’agit également du film original ayant le plus gros succès depuis Sinners, ainsi que du plus gros succès d’un jeune réalisateur depuis Steven Spielberg pour Les Dents de la Mer ! Pas mal donc !
