Les Maîtres de l’Univers entend remettre au goût du jour la franchise so 80’s de Mattel, avers un blockbuster à 200 millions de dollars. Après une sortie en salles annulée en France et un bide dans le reste du monde, le film réalisé par Travis Knight (Kubo et l’armure magique, Bumblebee) sort directement en streaming chez nous. Mais le pouvoir du crâne ancestral est-il avec nous ?
Musclor et les Maîtres de l’Univers ! La jeune génération ne connait sans doute pas cette franchise, pourtant les années 80 ont vu l’essor d’une gamme de jouets par Mattel censée concurrencer les ténors d’Hasbro (Transformers, GI Joe) et même Star Wars (rien que ça). Un royaume alternatif d’heroic-fantasy du nom d’Eternia, un prince se changeant en Musclor en scandant une formule magique munie de son glaive, un méchant très méchant répondant au doux sobriquet de Skeletor…

Bref, Les Maîtres de l’Univers est avant tout un pot-pourri de tout ce qui était à la mode à l’époque (les vaisseaux, Conan le Barbare, les monstres en tous genres, les héros à gros biceps…) pour charmer les garçons. Et à l’image de ces franchises grandes sœurs, ce fut l’occasion de déclinaisons en série animée, et en même en film avec Dolph Lundgren (un nanar qui annonçait la fin de la Cannon).
Le retour des gros muscles
Un pur produit de son époque donc, qui n’est jamais réellement mort finalement, comme en témoigne le reboot animé Netflix ou sa série dérivée She-Ra. Tandis que le cinéma blockbusteresque est toujours friand de franchises à raviver, le succès de Transformers a longuement été le déclencheur d’une tentative de renaissance pour Les Maîtres de l’Univers, avec divers réalisateurs et scénaristes affiliés (Rian Johnson, Lord & Miller, David S. Goyer, Jon M. Chu..).
Il faudra ainsi attendre que Travis Knight (patron de Laika et réalisateur émérite aussi bien en animation qu’en live-action) pour que le projet voit le jour. Produit par Amazon MGM, cette production onéreuse était censée être le blockbuster estival du studio. Malheureusement bazardé à l’international, le film débarque directement en streaming. Mais que vaut-il ?

Les Maîtres de l’Univers présente en voix-off la planète Eternia, protégé par une lignée royale depuis des générations. Au sein de la cité d’Eternios, le pouvoir du crâne ancestral (Grayskull en VO) régit l’équilibre du monde Le prince Adam n’a que dix ans lorsque Skeletor (Jared Leto) et ses sbires démoniaques attaquent le royaume et kidnappe ses parents. Envoyé sur Terre avec l’épée de puissance, Adam (Nicolas Galitzine) passera quinze ans à tenter de retrouver son glaive dans le but de retourner sur Eternia, et sauver son monde.
Par le pouvoir du merchandising
Les Maîtres de l’Univers affiche d’entrée de jeu une certaine générosité affiliée à une volonté de pur divertissement. L’univers de Mattel reste évidemment galvaudé en mangeant à tous les râteliers d la fantasy monomythique, mais Travis Knight amène une franche sincérité d’approche en faisant ressortir ses souvenirs d’enfance : la production design signée Guy Hendrix Dyas (Inception, Maria) est de qualité, et les costumes sont tous directement transposés en live-action avec soin.

Et sans volonté de perte de temps, Les Maîtres de l’Univers débute avec des scènes d’action diablement maîtrisées, alors que le maître d’armes Duncan (Idris Elba est encore une fois très bon) s’engage dans un mano-à-mano ultra dynamique contre le cyborg Dentos. Mekanek, Beast Man, Bélios, la Sorcière du Château des Ombres…. le film convoque tout le trombinoscope culte tel un gosse jouant avec ses figurines.
Et c’est bien via cet aspect que le film charme dans sa portion initiale, alors que Les Maîtres de l’Univers montre Adam comme un solitaire constamment l’esprit tourné vers son univers natal. Une manière presque méta de présenter cet univers comme construit autour de l’imaginaire d’un petit garçon biberonné aux jeux de rôle et aux comic books donc, alors que la clé du retour vers Eternia se trouve dans une boutique de nerds.
Hommage bicéphale
Travis Knight et son compère Chris Butler au script tiennent donc leur récit avec sincérité, jusqu’au moment où Adam retourne sur Eternia aux côtés de Teela (Camila Mendes en atout charme). Les diverses itérations du script et les désirs créatifs pluriels autour de Les Maîtres de l’Univers viennent alors enrayer la mécanique nostalgique et l’emphase émotionnelle pour lorgner vers le cynisme proche d’un Marvel moyen. Résultat, les enjeux et la progression narrative viennent en prendre un coup au profit du gag délayé et du surlignage comique.

Pire, l’épique, le voyage héroïque et le parcours d’apprentissage d’Adam en Musclor sont globalement aux abonnés absents, alors que les tronçons d’action s’enchaînent telles des vignettes sur une trame en pilotage automatique (capture du héros et revanche comprise). Les Maîtres de l’Univers est ainsi un film d’aventure en parfait déséquilibre, ne trouvant jamais réellement la maîtrise de son ton, tout en se finissant avec l’impression d’assister à un teasing d’une franchise (avortée) plus ample.
C’est bien dommage, car Travis Knight réussit absolument toutes les scènes d’action du film via un découpage qui force le respect : mention spéciale au duel final contre Skeletor, parfait amalgame entre du Matthew Vaughn et un pur plaisir de BD. En parlant de cela, il faut noter le casting impeccable du métrage, que ce soit Galitzine absolument crédible en Adam et He-Man (physicalité comprise), Alison Brie en Demonia ou bien sûr Jared Leto résolument parfait en uber-vilain au rire narquois communicatif.
Le parfum sans le goût
La cerise sur le gâteau de Les Maîtres de l’Univers tient enfin dans sa BO synth 80’s signée Daniel Pemberton (Spider-Man Across the Spider-Verse, Projet Dernière chance), livrant par instants de vrais instants musicaux galvanisants. De quoi donner un soupçon d’âme à cette adaptation aux ambitions contrariées, à l’image de ces effets visuels soufflant le chaud et le froid, ou de son discours survolé concernant la représentation masculine dans l’imaginaire héroïque. Mi-figue mi-raisin donc !
Les Maîtres de l’Univers est disponible sur Prime Video
avis
Travis Knight et Chris Butler renouent avec la fibre récréative et communicative de Musclor pour un divertissement tantôt réjouissant via sa mise en scène inspirée, tantôt poussif dans son écriture au cynisme répondant aux diktats contemporains. Un numéro d’équilibriste pas toujours tenu, au même titre de la facture technique de ce blockbuster ne trouvant jamais réellement son ton, malgré son casting réussi, sa BO 80's et sa direction artistique directement héritée de la série animée.
