Neagley reprend gentiment la recette de Reacher à base de bastons, enquête à cent à l’heure et complot tentaculaire, mais trouve aussi sa petite personnalité en s’intéressant aux blessures de ses personnages. Pas mal.
Frances Neagley enquête sur la mort suspecte d’un proche et remonte jusqu’à une secte expérimentant une drogue capable d’effacer les traumatismes. Evidemment, Neagley ne perd pas de temps avant de transformer l’affaire en complot géopolitique. En bref, le spin-off ne cherche pas à réinventer Reacher et marche fièrement dans ses traces, en fonçant tête baissée, même si le show tente de petites originalités. Et c’est justement lorsqu’il s’éloigne un peu qu’il devient intéressant.

Créée par Nick Santora, déjà aux commandes de Reacher, et Nicholas Wootton, la série Neagley compte huit épisodes au rythme égale, comprenez énervé tout du long. Soit une balade de santé pour Maria Sten qui reprend évidemment son rôle de Frances Neagley, entourée de Greyston Holt, Adeline Rudolph, Jasper Jones, Matthew Del Negro et Damon Herriman. Alan Ritchson vient également faire coucou dès le pilote, histoire de bénir officiellement le spin-off avant de laisser sa partenaire voler de ses propres ailes.
Le bon, la brute & Neagley
En effet, là où Reacher repose beaucoup sur la toute-puissance presque cartoonesque de son héros, Neagley reste une machine de guerre tout en étant nettement plus vulnérable. Sa relation compliquée avec son père, qui la surprotégeait, et son haptophobie donnent enfin de la chair à un personnage jusqu’ici surtout utilisé comme alliée ultra-compétente. Hudson Riley, le gentil flic qui s’amourache de Neagley a lui aussi grandi avec un père criminel et chacun tente, à sa manière, de décider ce qu’il veut conserver de son héritage.
C’est là que Neagley dégage quelque chose d’assez réjouissant, une sorte de féminisme matriarcal à l’opposé de la démonstration de force masculiniste permanente de Reacher. Neagley cogne quand il faut mais apprend surtout à laisser les autres entrer dans sa vie. Un peu moins superficielle que son pote l’enquêtrice. Dommage que la série transforme parfois son passé militaire en publicité un peu trop enthousiaste pour l’armée américaine mais bon, on ne peut pas tout avoir…

Par contre, il ne faut quand même pas demander à la série Neagley d’être plus maligne qu’elle ne l’est. On nage en plein tropes où les rebondissements se devinent souvent longtemps à l’avance et l’écart de compétence entre les deux camps devient vite comique. Les gentils sont brillants, ultra-entraînés et capables de relier trois indices en dix secondes, pendant que les méchants semblent parfois avoir été recrutés pour leur capacité à l’inefficacité systémique. Le show est basique, cousu de fil blanc et régulièrement invraisemblable mais c’est aussi précisément pour ça qu’on est là : pour voir un truc régressif et, honnêtement, passer un bon moment.
Damon Herriman campe en plus un gourou suffisamment inquiétant, dans un typecasting presque amusant pour celui qui incarnait déjà Charles Manson dans Once Upon a Time… in Hollywood. On retrouve Matthew Del Negro après Mayor of Kingstown tandis que Keno, adulescent irritant incarné par Jasper Jones paraît parfois trop âgé pour son propre rôle, mais finit pourtant par devenir un des persos les plus attachants. Même constat pour Renee, d’abord assez fonctionnelle avant de profiter d’un joli développement. Et au milieu de tout ça, Maria Sten tient parfaitement la baraque, suffisamment charismatique et physique pour assurer les mandales, mais surtout assez juste pour donner à Neagley une fragilité que la série mère ne lui avait offerte qu’en surface.
En gros Neagley est calibré, prévisible, bourré de clichés et parfois gentiment crétin, mais en échangeant un peu la toute-puissance virile de Reacher contre des personnages un peu plus cabossés, le spin-off trouve suffisamment de cœur et de personnalité pour fonctionner. Du régressif bien mené.
La saison 1 de Neagley est diffusée dès le 16 septembre sur Prime Video.
Avis
Basique, prévisible et bourrée de clichés, Neagley reste un spin-off musclé et régressif de Reacher (rien d'étonnant donc), porté par le charisme impeccable de Maria Sten. Sympatoche.
