Histoires de la Nuit est l’adaptation du roman éponyme de Laurent Mauvignier. Réalisé par Léa Mysius (Les Cinq Diables), ce thriller tendu exécuté sans accroc bénéficie d’un casting de choix (Hafsia Herzi, Bastien Bouillon, Benoît Magimel et Monica Bellucci).
Histoires de la Nuit est le 3e film de Léa Mysius, après Ava et Les Cinq Diables. Deux longs-métrages où le spectre de l’enfance, de la famille et du passé se confrontent avec violence : il paraissait tout évident que la scénariste (elle a co-écrit Les Olympiades et Emilia Perez) et cinéaste s’attaque au roman de Laurent Mauvignier. Présenté en Compétition du Festival de Cannes, cette adaptation prend place dans un hameau isolé de la France rurale.
Nora (Hafsia Herzi), Thomas (Bastien Bouillon) et leur fille Ida (Tawba El Garchi) vivent seuls près des vaches, en compagnie de leur voisine solitaire Carolina (Monica Bellucci). Alors que la journée touche à sa fin, une fête d’anniversaire est prévue pour Nora. Malheureusement, trois hommes (Benoît Magimel, Paul Hamy et Alane Delhaye) rôdent près de la propriété et s’apprêtent à gâcher les festivités…

Histoires de la Nuit a ainsi tout du home invasion, proche de Funny Games voire Les Chiens de Paille. D’emblée, Léa Mysius présente admirablement le quotidien de cette famille en infusant une anxiété anticipatoire qui passe non seulement par la superbe photographie de Paul Guilhaume (le chef opérateur de Jacques Audiard et des précédents films de Léa Mysius), et un impeccable travail de sound design.
Une Histoire de violence
Le score atmosphérique de Florencie Di Concilio traduit musicalement que quelque chose de vénéneux plane, jusqu’à ce que le personnage de Paul Hamy débarque de force chez celui de Monica Bellucci. L’actrice italienne a sans doute le plus beau rôle du film par ailleurs : on a immédiatement peur (le spectre d’Irréversible plane encore mine de rien) pour cette peintre solitaire, passant par la suite par tout le spectre émotionnel (haine, tendresse, résignation) face au personnage bègue de Delhaye.
Outre la volonté de créer un malaise constant, Histoires de la Nuit s’avère proche d’un A History of Violence, où cette même violence fait office d’un sombre passé ressurgissant pour brusquer la paisible unité familiale. Benoît Magimel excelle à nouveau en ersatz d’Henry Fonda (Il était une fois dans l’Ouest)/Robert Mitchum (La Nuit du Chasseur) pour camper ce vilain mielleux, aux côtés d’un Paul Hamy parfait en brute de service.
Léa Mysius prend ainsi un casting parfait (on ne présente plus Hafsia Herzi, totalement crédible en victime et en esquissant un passif moins reluisant) et déroule une mécanique du suspense qui ne faiblit jamais. Un travail que l’on doit évidemment à la trame, mais aussi au style qu’insuffle Léa Mysius en terme de fabrication. Histoires de la Nuit a beau réserver quelques instants graphiques (notamment sur la fin, un des plus beaux plans de tête explosée récents pour les amateurs), mais la violence reste avant tout contextuelle.
Vrai thriller rondement mené
Le travail sur le son et le montage renforcent cette immédiateté d’une violence pouvant surgir brusquement (débris d’objets, claquements de porte…). De quoi rendre Histoires de Nuit constamment abrasif, au fur et à mesure que les langues se délient. Mais contrairement à ces illustres influences, le film de Mysius semble emprunter une voie plus attendue et linéaire dans son final. La seule vraie limite d’un métrage maîtrisé, impeccablement dirigé et fabriqué, et qui n’a finalement pas de prétention à ouvrir son discours. Et que ça fait plaisir de voir un thriller aussi tendu et incarné dans le cinéma français !
Histories de la Nuit sortira au cinéma le 16 septembre 2026. Retrouvez tous nos articles du Festival de Cannes ici.
avis
Léa Mysius livre avec cette adaptation littérale un vrai thriller tendu et impeccablement fabriqué, dopé par son casting de talent. La finalité reste plutôt classique, mais l'ensemble reste maîtrisé.
