Présenté à Un Certain Regard au Festival de Cannes 2026, Quelques mots d’amour est le nouveau film de Rudi Rosenberg. Porté par Hafsia Herzi, cette fresque familiale et intime conte avec une justesse rare la fragilisation d’un trio monoparental. Une réussite tout simplement, qui évite tout misérabilisme !
Hafsia Herzi semble désormais bien abonnée au Festival de Cannes ! En effet, ses propres réalisations comme Tu mérites un amour, Bonne mère ou La Petite dernière ont pu être sélectionnées respectivement à la Semaine de la Critique, Un Certain Regard et la Compétition officielle. Mais cette fois, la détentrice du César de la meilleure actrice revient devant la caméra pour Quelques mots d’amour.
En quête du père
Nous sommes à Sarcelles entre 1995 et 2002, auprès d’Erika (Hafsia Herzi). Cette mère de famille célibataire s’occupe en effet de ses 2 enfants, issus de 2 unions différentes : Yoni (Aïdan Djouadi, puis Mateo Danila) et Abigaëlle (Ella Bedoucha, puis Nour Alam). Cette dernière est hantée par une seule chose : l’apparent abandon de son père qu’elle n’a jamais connu. La quête de rencontre avec son géniteur va ainsi se muer en obsession…

De ce simple postulat, Quelques mots d’amour touche juste et en plein cœur la fragilisation de cette unité familiale via l’absence d’un de ses piliers. Le réalisateur ancre d’ailleurs son film de manière réfléchie à une époque où les réseaux sociaux n’existent pas, renforçant la nécessité et le pouvoir de la communication directe. La figure du père (ou du moins l’idéalisation de sa présence) est alors un fantôme qui surplombe les interactions de cette famille qui pourtant à tout pour être heureuse. Une mère autonome, des grands-parents présents… mais le mal-être ressenti par Abigaëlle contaminera progressivement cet équilibre.
La justesse à l’état pur
L’écriture de Quelques mots d’amour oscille donc entre comédie (le film est très sincèrement drôle, à l’image de ces séquences impliquant un truculent psychologue joué par Jean-Pierre Lahmi) et drame pur (on est pas loin du duo Nakache-Toledano dans ce mariage), mais toujours avec une grande justesse. Une rigueur à plusieurs niveaux,visible dès le niveau le plus primaire : l’humour est utilisé avec l’allure désinvolte de Yoni, volant du parfum ou mettant à fond la musique Les rois du monde. De quoi exploiter la seconde couche dramaturgique, en explicitant plus tard cette attitude et ses fourberies scolaires comme un mal-être initié par un harcèlement, saupoudré de la non-reconnaissance de ce dernier par sa propre demi-sœur (car issus de pères différents).
Une subtilité qui infuse chaque séquence de Quelques mots d’amour, dès cette scène de non-dit où Abigaëlle ne reçoit pas d’argent par oubli de cette famille qu’elle ne voit uniquement que par le filtre de l’absence paternelle. Un troisième niveau narratif inter-connecte toutes ses dynamique par la présence de Vanille : le chien recueilli par cette famille 7 ans plus tôt qui va disparaître. Tout cela au service de la charpente première du métrage : une relation mère-fille dépeinte avec authenticité dans toutes ses contradictions et sa subtilité.

Et si Quelques mots d’amour parvient à être touchant, c’est aussi via son casting : on ne présente plus Hafsia Herzi, véritable trésor minéral du cinéma français qui livre une de ses meilleures performances en mater familias portant les fêlures de ce monde fièrement. Tout le reste du casting est constitué d’amateurs, et chacun propose une vraie performance captée par une caméra toujours au plus près de la vérité.
Talent à chaque âge
Et si il faut saluer un élément, ce sera bien la révélation qu’est Nour Alam, véhiculant toutes les émotions bouillonnant au sein de cette adolescente en quête identitaire et affective. De quoi proposer dans son ultime mouvement quelques instants de cinéma véritablement émouvants. Au final, ces quelques mots d’amour sont directement transmis au spectateur, comme une ode à ces familles pré-conçues comme imparfaites, mais aux fondations solides. Une réussite en équilibre constant tout simplement !
Quelques mots d’amour sortira au cinéma le 28 octobre 2026. Retrouvez tous nos articles du Festival de Cannes ici.
avis
Avec Quelques mots d'amour, Rudi Rosenberg nous enveloppe dans ce récit mêlant humour et drame, explorant une unité familiale fragilisée par l'absence du père. En résulte un film qui touche toujours juste, porté par son excellent casting (Hafsia Herzi et Nour Alam en tête).
