Plus gros projet du cinéma français depuis longtemps : La Bataille de Gaulle d’Antonin Baudry s’est dévoilé au Festival de Cannes ! Du moins, la première partie (L’Âge de fer) de ce biopic centré sur la figure légendaire de Charles de Gaulle. Et si d’indéniables qualités sont présentes, difficile de complètement acheter le projet sur la base de cette première moitié de récit.
C’est un des films français les plus attendus de ces dernières années ! Et pour cause : La Bataille de Gaulle est un biopic onéreux centré sur Charles de Gaulle lors de la Seconde Guerre mondiale. Budget pharaonique (on parle de plus de 75 millions d’euros) pour un blockbuster français, cette fresque se déroulant de 1940 à 1944 est divisée en 2 films : L’Âge de Fer (période 1940 à 1942) et J’écris ton nom (1943 et 1944).
Adaptant le livre De Gaulle : une certaine idée de la France de l’historien Julian T. Jackson, La Bataille de Gaulle est réalisée par Antonin Baudry (Le Chant du Loup). Une tâche ardue et attendue pour ce second long-métrage divisé, et dont la première partie a pu être dévoilée Hors Compétition au Festival de Cannes. Que vaut donc cet Âge de Fer ?
La naissance de la France libre
La Bataille de Gaulle s’ouvre sur un excellent montage alternant images d’archives, voix-off, plans du film centrés sur Florian Lesieur en étudiant parisien et la BO vrombissante signée Volker Bertelmann (À l’ouest rien de nouveau). Le ton grave est donné, avant que le film ne nous présente De Gaulle (incarné avec passion par Simon Abkarian) dans une voiture filant toute berzingue face à un tank allemand pour faire diversion.

Le personnage est instantanément posé : La Bataille de Gaulle se consacrera à mettre en avant cette figure patriote et héroïque, presque chevaleresque. Baudry cite Don Quichotte en terme d’influence, et effectivement L’Âge de fer mise avant tout sa dramaturgie sur ce personnage personnifiant un idéal français en des temps obscurs.
Retraite à Londres, rencontre avec Churchill (Simon Russell Beale est plutôt truculent dans le rôle), appel du 18 juin pour la France libre… La Bataille de Gaulle agence avec certains raccourcis les faits les plus reconnaissables de sa carrière pour contrer le régime de Vichy et l’abdication de Pétain. Et c’est via cet aspect que le film d’Antonin Baudry (du moins cette Partie 1) trouve son intérêt, sa substantifique moelle et même sa saveur.
De Gaulle Origins
Le jeu maniéré et la diction de Simon Abkarian (dans le mimétisme pur) épouse à la fois toute l’humanité de De Gaulle, mais également un patriotisme exacerbé hérité de son éducation. Le résultat oscille à l’écran entre révérence (et même de l’admiration) et humour (cette séquence où le personnage affirme que « De Gaulle ne craint pas les moustiques » avant de succomber à la fièvre induite). Mais outre les hautes sphères de la France libre, La Bataille de Gaulle s’intéresse également à ce qu’il se passe sur le front. Et c’est là que le bât blesse…

L’Âge de fer a beau réussir le portrait de sa figure légendaire principale, le film d’Antonin Baudry se veut avant tout comme un film choral. Le spectateur suit ainsi en parallèle Fernand Bonnier de la Chapelle (Florian Lesieur) en tant que civil manifestant à Paris avant son assassinat de François Darlan (Mathieu Kassovitz) en Algérie. Le problème est que ses 2 acteurs font plutôt office d’illustration que de vraies entités incarnées.
Personnages évanescents
Et tout ceci peut globalement s’appliquer au reste du casting (Niels Schneider en général Leclerc, Benoît Magimel en Pierre Koenig, Félix Kysyl en Jean Moulin…), trombinoscope de talent plus ou moins mis en avant dans de rares scénettes censées étendre le point de vue de De Gaulle. Cela marche par instants avec Fernand, afin de mettre en lumière comment la figure du Général inspire la jeunesse jusque dans les rues de la France occupée.
Malheureusement, cela s’arrête ici, préférant faire du personnage de résistant un simple faire-valoir narratif (voire un passage de témoin auprès du personnage d’Anamaria Vartolomei pour le second film) pour ponctuer le récit. En résulte un film curieusement dénué d’emphase émotionnelle, sans doute trop gourmand pour un format de 2x2h40 !

C’est bien dommage, car niveaux moyens, Pathé a sorti le chéquier : la reconstitution d’époque est exemplaire, jusque dans l’implication de l’Armée de Terre pour fournir des blindés d’époque. La séquence de climax du film en Afrique du Nord offre ainsi de l’ampleur et Baudry parvient à matérialiser efficacement la topographie des lieux avant que les explosions ne surviennent.
Ambition à moitié transcrite
Et si cette ambition de fresque historique fait plaisir à voir (ce n’est pas tous les jours qu’un blockbuster français propose des scènes de bataille après tout), on se demandera tout de même par instants comment le budget a été utilisé : photographie numérique terne, mise en scène plus fonctionnelle que réellement inventive (on ira rarement au-delà du champ/contre-champ basique pour imager les nombreuses scènes de dialogue ou débat stratégico-politique) et quelques fonds verts criards (cette séquence à l’Arc de triomphe faisant plus cache-misère qu’autre chose).
De quoi faire de ce La Bataille de Gaulle – L’Âge de Fer un film en demi-teinte perpétuelle. Tour à tour rythmé, inspirant et pertinent via son axe centré sur De Gaulle, le métrage échoue à rendre consistant ces autres pistes narratives. Le tout culminant dans cette bataille finale expédiée sans réel emphase vis-à-vis des principaux acteurs de la Seconde Guerre mondiale : les soldats. On espère donc que la seconde partie rectifiera le tir et rehaussera le niveau de cette production surprenamment lisse.
La Bataille de Gaulle – L’âge de Fer sortira au cinéma le 10 juin 2026. La Partie 2 sortir au cinéma le 3 juillet 2026. Retrouvez tous nos articles du Festival de Cannes ici.
avis
La Bataille de Gaulle affiche une réelle ambition et propose un portrait incarné de la figure légendaire du Général, impeccablement campé par Simon Abkarian. Mais derrière sa reconstitution d'époque et les moyens affichés, L'Âge de Fer bazarde toute emphase émotionnelle et sa fabrication dans un écrin visuel fade et un traitement de sa dimension chorale trop lisse.
