Christopher Nolan revient cet été année avec une superbe adaptation de L’Odyssée d’Homère. Récit fabuleux qui taverse les siècles, le voyage d’Ulysse semble ne pas vieillir et continue à fasciner les masses.
Christopher Nolan est un cinéaste qui n’a plus rien à prouver. Après le génial Oppenheimer, il s’attaque cet été à l’adaptation d’un récit vieux de plusieurs millénaires (on t’invite à aller lire notre critique juste ici !). On pourrait se demander, pourquoi adapter une fois de plus L’Odyssée d’Homère ? Pour aborder la question de l’intérêt des mythes, on te propose quelques pistes de réflexions.
A quoi servent les mythes ?
La dimension grandiose des mythes dans leur capacité à ne pas vieillir, à continuer de s’adapter encore et encore à l’état actuel de nos sociétés. En un sens on pourrait dire qu’on a tout simplement rien écrit de mieux que les récits d’Homère, que tout y est, que toute histoire écrite depuis s’en inspire de près ou loin. Il est tout de même bon de rappeler que L’Illiade et L’Odyssée ne sont pas, à l’origine, des récits faits pour être écrits. Ces deux poèmes ont commencés par être chantés, transmis oralement pas des aèdes.
Si ces deux épopées sont parvenues jusqu’à nous comme étant l’œuvre d’Homère, force est de constater que même l’auteur de ces mythes reste mystérieux. Pour les historiens contemporains, il semblerait que le fondateur de la littérature occidentale ne soit peut-être pas celui que l’on croit. Des hypothèses qu’on ne peut s’empêcher de trouver fascinantes, et qui ne font que continuer d’alimenter un fantastique mystère autour de ces histoires mythologiques.

Et la question qu’on pourrait se poser c’est, pourquoi sommes-nous à ce point fascinés par les mythes ? Pour le penseur français Fontenelle, ce sont des histoires qui expliquent des faits réels en ayant recourt à des explications merveilleuses, imaginaires. Quoi de mieux pour expliquer un phénomène météorologique que de le justifier par la colère d’un dieu ? Dans L’Odyssée, l’équipage d’Ulysse va notamment l’accuser d’avoir attiré la colère de Poséidon après leur rencontre avec le Cyclope. Un courroux qui serait à l’origine des mauvais vents les empêchant de repartir en mer…
Il est également à noter que la plupart de ces récits mythiques prennent sources dans la violence, la Guerre de Troie en est l’exemple parfait. Pour le philosophe Guérin, cette origine sanglante sert à mieux expliquer la démarcation entre le présent et un temps où les humains étaient immortels, aptes à marcher parmi les dieux. Ces récits servent donc de point de bascule pour justifier ce qui nous a conduit à perdre le privilège extraordinaire d’exister au même niveaux que les êtres divins.
Des récits qui ne vieilliront jamais
En un sens, les mythes expliquent les erreurs commise par les êtres humains. Des erreurs qu’on ne cessera malheureusement jamais de réitérer. Dans une interview menée par le youtubeur Hugo Décrypte, Nolan pose lui-même des mots sur ce qui rend ces récits si atemporels. Les mythes sont chargés de vérités universelles, et c’est là tous le génie des textes d’Homère ; deux histoires vieilles de plusieurs millénaires continuent de s’adapter à chaque époque et ne prennent pas une ride.
Dans L’Odyssée de Nolan, il est question des traumatismes de la séparation, de la mort, de la cupidité…On y parle d’un monde qui ne cesse de s’assombrir et d’hommes qui ne parviennent pas à se remettre des horreurs de la guerre. Autant de thématiques qui, si elles décrivent le monde d’aujourd’hui, décriront sans aucun doute le monde de demain. De fait, L’Odyssée de Nolan réussit le pari de réinsuffler une touche actuelle dans ce qu’il considère lui-même comme étant la plus grande histoire d’aventure de tous les temps.

Alors pourquoi aime-t-on autant ces récits si sanglants ? Ils expliquent le monde, oui, nous montrent le pire de nous, certes, mais il y a quelque chose en plus… Ces histoires nous font aussi tout simplement rêver. Magie, dieux, aventures grandioses, créatures irréelles et conflits qui dépassent l’entendement… nos super-héros actuels n’ont rien à envier à la mythologie grecque ! Avec la saga romanesque Percy Jackson, l’auteur Rick Riordan a trouvé la recette parfaite pour populariser les mythes grecques auprès de toute une génération. Qui n’a pas rêvé de secrètement se découvrir demi-dieux en ayant lu les Percy Jackson ?
Pour le chercheur Edgar Dubourg, notre intérêt pour la fiction est aussi profondément ancré en nous. Les humains se racontent des histoires depuis la nuit des temps, pour se distraire, pour rêver… Dans son essai Histoire naturelle de la fiction, Dubourg prend notamment l’image du feu de camp autour duquel les hommes se réunissent pour se raconter des histoires une fois la nuit tombée. Cette représentation mentale s’accorde tout à fait avec celle de l’origine chantée de L’Illiade et L’Odyssée. D’ailleurs, dans L’Odyssée de Nolan, Ulysse raconte lui-même une bonne partie de ses aventures à Calypso !
Pour encore des millénaires à venir
Pour la philosophie, et plus particulièrement pour Pascal, ce divertissement a pour but de nous empêcher de prendre conscience de notre condition d’être mortel. Selon lui, l’humain cherche en permanence à éviter de penser à cette réalité écrasante. Et c’est peut-être parce que cette angoisse existentielle continuera d’exister que la puissante des mythes ne cessera jamais de s’amenuiser. En effet si les récits grecs nous montrent le pire de l’homme, à l’instar de la religion, ils aussi abordent la question de la vie après la mort.
On pense à la rencontre entre Ulysse et le fantôme d’Agamemnon, une scène tout simplement visuellement sublime dans L’Odyssée de Nolan. Scène cruciale dans L’Odyssée d’Homère, il n’est pas rare de croiser des évènements similaires de rencontres entre morts et vivants dans la mythologie (Perséphone, Orphée etc). Mais revenons au roi des rois. En effet, aussi odieux soit-il, le personnage d’Agamemnon nous permet de mettre le doigts sur le moment où les mythes semblent basculer dans la réalité. Roi cupide, brute absolue, Agamemnon a éradiqué une ville toute entière sans broncher… On en connaît des similaires aujourd’hui, non ? …

Force est de constater que l’influence de la mythologie grecque est partout. Parce que si les mythes nous fascinent, ils façonnent notre culture, et ce, jusque dans notre langage. On parle du complexe d’Œdipe, du talon d’Achille, du fil d’Ariane, on dit qu’on tombe dans les bras de Morphée, qu’on a ouvert la boîte de Pandore… Et plus particulièrement quand on parle du Cheval de Troie, on est souvent bien loin du sens littéral. Aussi bien pour parler de virus informatique que pour évoquer la question de l’intelligence artificielle, on retrouve des références à la mythologie grecque absolument partout.
Au cinéma, on ne compte plus le nombre d’adaptions de ces récits. George Méliès lui-même, le pionnier du spectacle cinématographique, a adapté L’Odyssée en 1905 avec L’Île de Calypso. En littérature, pour n’en citer que deux, dans Dune, les romans de Franck Herbert, Paul Atréides est issu d’une lignée qui s’affirme ouvertement descendante d’Agamemnon. Ce dernier étant dans la mythologie grecque de la famille des Atrides. Dans Silo de Hugh Howey, l’un des personnages prends le nom de Troie pour se souvenir de sa femme qui s’appelle Helen… Et la liste pourrait ne pas s’arrêter tant les influences des mythes grecques sont nombreuses !
En réadaptant un des récits d’aventures les plus grandioses de la littérature occidentale, Christopher Nolan ne fait que réaffirmer sa place en tant que grand réalisateur, et prouve une fois de plus avec L’Odyssée que le mythe, quel qu’il soit, reste une source inépuisable d’inspiration.
