Qui de mieux que Léa Drucker pour incarner un personnage fort, vibrant avec une vie qui s’apparente plus à un ouragan ? Charline Bourgeois-Tacquet (Les Amours d’Anaïs) ne s’est pas trompée en confiant le rôle principal de La Vie d’une femme à l’une des plus talentueuses actrices françaises de notre époque. Elle porte ce récit fragmenté avec prestance et c’est loin d’être la seule qualité du long-métrage en Compétition au Festival de Cannes.
Gabrielle (Léa Drucker) a une vie plutôt intense : entre son travail de chirurgienne/chef de service dans un hôpital et sa vie de couple, de famille et sentimentale, elle n’a pas beaucoup de temps pour se poser et respirer. Cela tombe bien, elle se révèle forte en apnée.
Une vie, un tourbillon
À travers une narration structurée telle un roman, en chapitres, Charline Bourgeois-Tacquet fragmente le récit et montre des instants épars, mais liés chronologiquement. Chaque segment porte son petit bout d’histoire et le spectateur débarque à chaque chapitre au milieu de l’action. Il en résulte une découverte chirurgicale de ce qui fait de Gabrielle ce qu’elle est à travers une accumulation d’événements et d’expériences qui la questionnent et la nourrissent.

Sa vie de couple ? À la fois distante et proche, face à un Charles Berling tout en nuances, qui incarne cette forme d’ancrage rassurant, mais parfois sclérosant, Gabrielle semble chercher de l’air. Son travail ? C’est toute sa vie, son téléphone ne fait que sonner. Sa vie sentimentale ? Sa rencontre avec une écrivaine, interprétée par l’excellente Mélanie Thierry, chamboule son existence (pour le mieux). L’alchimie entre les deux actrices offre au film ses respirations les plus lumineuses. Et enfin sa vie de famille ? Sa mère, avec qui elle a toujours eu une relation conflictuelle, est atteinte d’Alzheimer. Faut-il en dire plus ?
Mise en scène incarnée
Malgré la difficulté de raconter un récit aussi distendu en traitant chaque segment avec la même importance, la cinéaste Charline Bourgeois-Tacquet s’en tire avec panache en proposant une mise en scène incarnée, organique et paradoxalement invisible. Ce dernier aspect peut sonner comme une critique, mais au contraire, c’est une qualité qu’on a tendance à oublier dans un Art où montrer sa technique, c’est exister. Lors du visionnage, la fluidité des cadrages et du montage sait faire oublier la caméra. Et pourtant, la démonstration visuelle et narrative est indéniable à l’image de cette déambulation lors d’une nocturne de musée où la danse et la musique se mêlent à la naissance d’une relation charnelle intense et sensorielle. Ce beau morceau de cinéma (et ce n’est pas le seul) exprime beaucoup en gardant une sobriété de façade remarquable. Il faut d’ailleurs souligner le travail minutieux sur la photographie lors de cette séquence notamment, mais aussi sur l’ensemble du long-métrage. Les couleurs sont riches et saturées et il y a un jeu sur les hautes lumières, presque brûlées (complètement blanches), qui donne un aspect solaire à la Vie d’une femme.
En soi, Léa Drucker, porte indéniablement le film et on imagine difficilement une autre actrice jouer le rôle à sa place. Néanmoins, on ne peut que saluer l’ensemble du casting, très homogène et impliqué, que ce soit Mélanie Thierry, Charles Berling ou encore Marie-Christine Barrault, la mère de Gabrielle, qui dépeint avec une grande justesse une femme atteinte d’Alzheimer. Comme le dit si simplement et justement l’un des patients de Gabrielle, alors qu’il apprend être atteint d’un cancer, « la vie c’est dur parfois ». Oui, c’est cruel. Oui, c’est injuste. Mais il faut aussi saisir les beaux moments qui sont, généralement, tout aussi nombreux.
La Vie d’une femme sort au cinéma le 9 septembre 2026. Retrouvez tous nos articles du Festival de Cannes ici.
Avis
La Vie d’une femme prouve une nouvelle fois le talent de Léa Drucker avec un rôle qui lui va comme un gant : fort, touchant et sincère. Mention spéciale également à la mise en scène organique de Charline Bourgeois-Tacquet et à un scénario délicat malgré l’exercice périlleux d’une narration fragmentée.
