Après des années de développement, le biopic sur Michael Jackson est enfin là ! Du moins pas entièrement, car Michael réalisé par Antoine Fuqua (Training Day, Equalizer) relate avant tout la vie du King of Pop de 1966 à 1988. La genèse d’une légende de la musique donc, encapsulée dans un film faisant avant tout office de Partie 1.
Michael est une nouvelle preuve que le genre du biopic musical à la vent en poupe. Bohemian Rhapsody, Rocketman, Better Man, One Love, Back to Black, Elvis… le projet d’encapsuler une vie en un métrage de 2h paraît toujours complexe, et les résultats à l’écran varient toujours d’un film à l’autre. Pourtant, s’il y a bien un chanteur dont le biopic pouvait s’avérer croustillant, c’est bien celui sur Michael Jackson.
On ne présente plus le Roi de la Pop, icône absolue de la musique, entertainer légendaire et certainement le chanteur le plus écouté à travers le monde et à travers les générations. Et si musicalement MJ (pour les intimes) a su marquer de son empreinte indélébile l’univers musical de par ses talents artistiques, la vie privée du bougre et sa part d’ombre se veulent toutes autant fournies !
La moitié du film
C’est pour cela que Michael est à la base un film de plus de 4h, entièrement écrit par John Logan (Gladiator, Aviator, Le Dernier Samouraï, Penny Dreadful…). Le script retrace toute la vie du chanteur, de ses débuts en tant qu’enfant-star des Jackson 5 jusqu’à sa mort par overdose médicamenteuse en 2009 après une longue période de descente aux enfers.

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Malheureusement, quelques problèmes en coulisses concernant la mention de noms propres dans une affaire judiciaire et la durée pharaonique ont obligé le réalisateur Antoine Fuqua et le producteur Graham King a coupé tout cela en deux : Michael est donc bien la première moitié d’un film plus ample, retraçant l’enfance de Michael Jackson jusqu’à son ascension au statut de star mondiale au moment de la sortie de Bad.
Enfance contrariée
De quoi automatiquement amener un caractère frustrant (avec l’impression qu’on s’arrête au milieu du guet), mais aussi un traitement évitant tout aspect réellement survolé de ce Michael débutant en 1966. Ainsi, nous découvrons Joe Jackson (Colman Domingo) tenant d’une main de fer sa petite maison de l’Indiana, formant à la spartiate ses enfants : le groupe à succès des Jackson 5 !
Et alors que le jeune Michael devient peu à peu la tête d’affiche du groupe, ce dernier va progressivement devenir la star qu’on connait tous. Dès lors, le film de Fuqua pourrait aisément tomber dans le piège du feuilleton « wikipedia-esque », en compilant tel un karaoké géant tous les plus grands hits du chanteur en explicitant au spectateur comment ces derniers ont été créés. Hors, et là est la bonne idée de Michael autant que sa force : le film s’intéresse avant tout à l’homme derrière la légende.

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Moins un biopic artistique qu’à hauteur d’individu, Michael navigue à la fois entre les passages obligés (sessions d’enregistrement, passages télévisés musicaux, travail de pré-production sur quelques tournages de clips cultes) et emphase narrative au plus près du personnage. Et c’est via cet aspect que Michael trouve sa voix, en explicitant via le médium cinéma comment un enfant-star n’ayant jamais eu de vie normale tente de faire évoluer sa carrière.
Michael humanisé
En résulte un récit d’émancipation et d’ascension (dont on devine aisément la structure rise & fall voulue par John Logan), dont il manque encore le point de bascule. Pour autant, Michael réussit via un travail de synthèse admirable à orchestrer un cheminement clair dans l’intimité du chanteur. Cela passe évidemment par le script, avant tout intéressé par la vie de famille et les passions animant Michael, plutôt que par les strates de l’industrie musicale.
Par souci de reconstitution (exemplaire au demeurant), le film nous emmène au sein de la Motown, d’Epic Records, sur la scène MTV ou même sur le plateau de Thriller (scène géniale recréant le clip à la perfection tout en mettant en scène ce qu’il se passe derrière la caméra). Mais ces passages obligés servent toujours de jalons à la vie de Michael, mis en perspectives de son « passage vers l’âge adulte ». Un passage constamment contrarié par le traumatisme d’enfance et le syndrome de Peter Pan.

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Logan et Fuqua parviennent ainsi à donner une belle dose d’humanité à cette figure désormais quasi mythologique, même si malgré les 2h, certaines choses demeurent encore un peu trop rapides dans leur traitement (la dynamique fraternelle se veut trop légère), voire même éludées (l’absence de Diana Ross). Nul doute qu’une mini-série de 10h aurait été plus adéquate !
Jaafar Jackson au sommet
Mais qui dit adapter une vie dit obligatoirement choisir un angle, et Michael réussit à se tenir et mettre son focus sur la psychologie de MJ, jusque dans un dernier mouvement de yoyo émotionnel (l’incident Pepsi) avant la résurrection. Et s’il y a bien un miracle qui permet de donner l’incarnation véritable à toute cette adaptation de faits multi-documentés, c’est bien le casting. Véritablement porté par un Colman Domingo qu’on appréciera détester grimé en pater familias à la poigne de fer, Michael doit bien sûr à la révélation qu’est Jaafar Jackson dans le rôle-titre.
Pendant de nombreuses années, l’idée d’un biopic sur le Roi de la pop paressait impossible. Comment faire acheter au spectateur un interprète pour mimer une icône aussi iconoclaste ? Et comment son propre neveu pourrait avoir les capacités d’acting nécessaire pour porter un tel rôle ? Outre la prestation exemplaire de Juliano Krue Valdi pour la période Jackson 5, Jaafar s’avère parfait de la première à la dernière scène.

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Phrasé, chant acapella (les prestations de concert ont tout de même un mix de la voix du véritable Michael), gestuelle, mimétisme lors de la danse… Jaafar Jackson EST Michael Jackson dans une démonstration hautement impressionnante dans les instants les plus explosifs scéniquement parfaits (on pense notamment à ce final Human Nature/Bad sur la scène de Wembley), et touchants dans les instants plus intimistes.
Partie 1 carrée comme une pochette de vinyle
De quoi donner à ce Michael un véritable cachet loin du produit formaté qu’on était en droit de craindre. La réalisation et la fabrication globale se veulent carrées, même si Antoine Fuqua n’insuffle pas nécessairement de véritable identité propre (comme un Michael Mann sur Ali ou un Oliver Stone sur The Doors) à sa réalisation avant tout dévouée à illustrer l’idiosyncrasie de Michael. Au rayon des surprises : le montage de John Ottman s’avère excellent, et insuffle régulièrement une vitalité au récit.
In fine, ce Michael pourrait s’apparenter à un biopic dans les clous en terme de fond, voire timoré vis-à-vis de certains aspects de la vie du chanteur. Mais en tentant compte du fait qu’il s’agit de la première moitié du projet de biopic, cette Partie 1 réussit à encapsuler avec une authenticité rare la genèse du Moonwalker tout en offrant un regard spécifiquement intime sur le chanteur : pas mal du tout donc, même si à remettre en perspective une fois le second film disponible !
Michael sortira au cinéma le 22 avril 2026
avis
Derrière sa reconstitution d'époque exemplaire, ce Michael se veut une réussite pour ce qui est de conter l'ascension du Roi de la Pop à travers le prisme d'une émancipation autant artistique que personnelle. De quoi donner une authenticité et une incarnation accentuée par les performances incandescentes de Jaafar Jackson et Colman Domingo. Reste à voir si la Partie 2 promise sur la déchéance de Michael Jackson suffira à offrir un contre-point à l'aspect lumineux de ces 2h fabriquées avec métier et révérences.
