Premier film franco-japonais de Ryusuke Hamaguchi (Drive my Car, Le Mal n’existe pas), Soudain conte pendant 3h15 la rencontre entre Virginie Efira et Tao Okamoto. Une manière de dépeindre des échanges philosophiques amenés à leur faire reconsidérer leur vision de la vie…. du moins ça c’est sur le papier !
Soudain est le retour de Ryusuke Hamaguchi dans la Compétition du Festival de Cannes, 5 ans après le Grand Prix de l’aérien Drive my Car ! Après une pause vénitienne avec Le Mal n’existe pas, le cinéaste japonais adepte des rythmes lents et des errements philosophiques signe ici son premier film en langue française. Prenant place au cours du mois de juin 2025 à Paris, le récit est librement basé sur la relation entre une philosophe et une anthropologue japonaises.

Soudain reste toute fois un film réellement fictif, prenant le temps d’introduire durant ces 40 premières minutes le quotidien de Marie-Lou Fontaine (Virginie Efira), une aide-soignante désormais directrice d’EHPAD. Lors d’un trajet en ville, elle fera la rencontre de Mari Morisaki (Tao Okamoto), une expatriée japonaise désormais metteur en scène de théâtre. De par leurs échanges, elles vont peu à peu apprendre l’une de l’autre et faire bénéficier leurs infrastructures respectives.
Hamaguchi dilué dans l’uber-didactisme
Soudain séduit, c’est indéniable. Il y a en premier lieu la force de Ryusuke Hamaguchi, à savoir ces instants naturalistes captés avec légèreté le temps de dialogues en plans-séquences. Et à ce titre, la toute meilleure scène du récit intervient peu après la première heure de ces 3h15 fleuves, alors que Virginie Efira et Tao Okamoto apprenant à se connaître dans un ping-pong verbeux en français et en japonais le long des Quais de Seine de la Bibliothèque François Mitterrand.
De quoi amener tout naturellement une caractérisation claire et fouillée de ces 2 femmes aux cultures différentes mais aux bagages littéraire et socio-politique similaires. L’une combat le manque de moyens et de prises en charges adaptées envers les plus démunis (en l’occurrence les seniors en maison de retraite) en mémoire de sa défunte mère. L’autre engage deux acteurs japonais (dont un autiste) pour une pièce de théâtre prenant la forme d’une ode réflexive sur la préciosité de la vie et le rapport symbiotique à autrui.

Il parait donc logique que ces deux mondes se rencontrent, dans le but de proposer un pamphlet pour dénoncer un milieu d’EHPADs délaissés par les agences régionales de santé. Le gros problème étant que Soudain nous assène de son message humaniste avec la subtilité d’un parpaing en pleine poire ! Il suffira d’ailleurs d’entendre le mot « Humanitude » une bonne quinzaine de fois pour se rendre compte que le script d’Hamaguchi prend un tantinet son auditoire pour des enfants, simplifiant des questionnements fondés avec des fausses réponses.
Humanitude placardée
Pourtant, cette « humanitude » plaçant la dimension humaine au cœur des soins thérapeutiques pour l’intégrité de chaque être humain est quelque chose de profondément important dans le secteur du soin. Mais derrière ces énonciations, Soudain ne bouge rien, y compris pour ces personnages ayant d’entrée le même point de vue. Seule une scène de 30 minutes prenant la forme d’un exposé sur les dérives et l’autophagie de nos sociétés capitalistes viennent faire illusion d’un semblant de réflexion pour le duo. Là encore, Hamaguchi confond logorrhée et récitation de thèse paraphrasée avec cinéma, développement thématique et émotion.
Tournant en roue dans une dénonciation prenant plus la forme d’un long tract sans aspect roboratif, Soudain dilue trop fréquemment les quelques instants d’émotion et d’incarnation du métrage ! Car au sein de ce long fleuve un peu trop tranquille, on sent tout de même que dans ce Jardin lumineux qu’est l’EHPAD, la documentation a été faite : scènes d’accompagnement à la personne âgée, explications des postures adaptées, élocution et regards arborés… la pédagogie est de mise.

Le film parvient même lors de son ultime heure à être solaire, jusque dans son climax prônant la médecine douce. Mais est-ce réellement suffisant ? Là encore, le film fait une synthèse de 1 + 1 = 2 sans prendre en compte les décimales ni les myriades de problématiques d’un sujet trop complexe pour être uniquement réglé avec de la réflexologie plantaire. Pour autant, il y a une sincérité qui déborde de Soudain, se rattrapant in fine via le fil rouge de ces 2 femmes (Virginie Efira et surtout Tao Okamoto portent véritablement l’intérêt du projet). Une célébration de la vie (et de la mort), mais servie sous une couche bien trop grasse et épaisse de chantilly à la théorisation simpliste. Dommage, on aimerait l’aimer…
Soudain sortira au cinéma le 12 août 2026. Retrouvez tous nos articles du Festival de Cannes ici.
avis
Soudain est à son meilleur lorsqu'il fait exister ce lien franco-japonais face à la vie et la mort à travers les dialogues aériens de Virginie Efira et Tao Okamoto. Malheureusement, ce nouveau Hamaguchi fait plutôt office de thèse de 3h15 au didactisme logorrhéique prônant une simplification puérile d'une médecine douce envers les personnes âgées. Un gros tract dans lequel subsiste parfois ce qu'un vrai film ample et solaire aurait pu être sans récitation de verbiage placardé...
