En l’espace d’une semaine, Jon Bernthal a signé deux œuvres courtes sur Disney+, dans deux registres radicalement opposés, Punisher : One Last Kill et Gary. Le résultat est un cas d’école involontaire sur ce que l’écriture offre, ou non, à un acteur.
En mai, fais ce qu’il te plait, et apparemment, Jon Bernthal prend l’adage à la lettre puisque seulement sept jours séparent Gary, épisode préquel surprise de The Bear, disponible depuis le 5 mai sur Disney+, de The Punisher : One Last Kill, spécial du MCU qui débarque le 12 mai aussi chez Mickey. Même acteur, même format court, même implication personnelle affichée puisqu’il a co-écrit les deux projet, et pourtant, regarder ces deux propositions à la suite provoque un drôle d’inconfort, du genre de ceux qui arrivent quand on voit quelqu’un faire quelque chose de brillant pour aussitôt se prendre les pieds dans le tapis. On vous laisse deviner lequel est lequel.

Pour Gary, Ebon Moss-Bachrach et Jon Bernthal co-écrivent tandis que Christopher Storer (Bo Burnham, Dickinson…) met en scène les deux compères lors d’un tournage en conditions réelles à Gary, Indiana. On déambule dans ces rues post-industrielles, le Koney King, la maison d’enfance de Michael Jackson, soit une ville terne qui imprime sa mélancolie dans la texture de l’image. Ça sent bon le réel et c’est ça qu’on aime. Pour One Last Kill, co-écrit par Bernthal avec Reinaldo Marcus Green (King Richard, We Own This City), ce morceau de Punisher est tourné à New York, dans la continuité de Daredevil : Born Again et propose donc une parenthèse de violence pure où Frank Castle doit zigouiller du méchant. Une piqûre de rappel avant que Bernthal ne reprenne les armes dans Spider-Man : Brand New Day cet été. Simple, basique.
Les films se suivent et ne se ressemblent pas
Gary est un projet volontaire, qui s’assume. Moss-Bachrach et Bernthal ont écrit Richie et Mikey de l’intérieur et ça s’entend. Le moyen-métrage respire l’authenticité et s’offre des dialogues encore une fois savoureux et bien connus des fans de The Bear. Les répliques tombent à côté de ce qu’elles voulaient dire quand les éclats de rire précèdent les silences les plus lourds, en bref, du grand art. L’épisode ne dit jamais que Mikey va mal, mais le montre en train de remplir l’espace autour de lui avec une énergie désespérée, une forme d’épuisement communicative. C’est de l’écriture par friction, où la violence est verbale, désordonnée, parfois hilare avant d’être dévastante. Soit l’exact inverse du Punisher, qui compense l’absence de psychologie par la brutalité physique.

Car One Last Kill a un rapport plus sommaire à l’écriture, qui consiste grosso modo à s’en dispenser. Frank Castle a vengé sa famille, il devrait être en paix, mais le Punisher ne sait pas quoi faire de la paix. Simple et basique on disait. La famille Gnucci arrive, Judith Light est réduite à une fonction de détonateur, et l’engrenage repart. Vient alors la séquence qui a du justifier à elle-seule de financer ce machin : Castle contre une marée de sbires qui déboulent couloir après couloir, vague après vague, dans un boss rush aussi jouissif dans sa construction que turbo-crétin dans son ambition narrative. C’est The Raid en mal filmé et mal monté. Si on est honnêtes, certains moments ont une vraie rugosité, Green sait filmer la violence sans la glamouriser, sauf que ça ne raconte rien de nouveau, One Last Kill n’apporte strictement aucune plus value au personnage du Punisher si ce n’est une nouvelle coupe de cheveux et un nouveau chèque pour Bernthal.
Pour ce qui est de la mise en scène, c’est également opposable à tous les niveaux. Storer filme Gary avec le grain de The Bear et là l’image essaye de raconter quelque chose. Le photogramme semble chargé émotionnellement et la caméra vient coller aux corps, pour ne pas perdre une miette de leur dérive. Green fait du bon travail sur One Last Kill, dans les limites du cahier des charges de Marvel, et prouve lui aussi qu’il est un bon soldat en enchainant les champs/contre-champs bien docilement. Seul le plan séquence dans la rue était intelligent, en montrant le Punisher déambuler dans une rue en proie au chaos. Ça avait de la gueule quoi.

Comme Jon Bernthal dans le Punisher d’ailleurs, qui continue de capitaliser sur deux expressions depuis dix ans à savoir, mâchoire serrée et hurlements décongestionné. Dans Gary, il semble avoir plus à manger, et ça se sent. Mikey rit, déraille, se décompose à vue d’œil, et pour lui répondre il peut remercier son pote, le magnétique Ebon Moss-Bachrach qui confirme encore une fois qu’il est un des acteurs les plus intéressants de sa génération. Histoire de confirmer que leur complicité n’est pas qu’un prétexte scénarisé, les deux jouent actuellement ensemble à Broadway dans une adaptation de Dog Day Afternoon. Comme quoi, il n’y a pas de mystère.
Reste que les deux propositions de Jon Bernthal étaient au demeurant, assez sympathiques même si diamétralement opposés. Mais bon, force est de constater que la violence bien chorégraphiée ne remplace pas un personnage bien écrit, tout comme 51 minutes à regarder un type fracasser des bouches ne valent pas 10 minutes à regarder deux amis qui ne savent pas se dire au revoir.
Finalement, la différence entre les deux tient seulement de la volonté d’écrire quelque chose, ou non. Bernthal à manifestement la capacité de pouvoir choisir, en fonction des projets, préférant se donner à fond pour des projets intimes, tandis qu’il mise sur l’efficacité mercantile pour les autres. Ça reste malin. Sauf qu’ici, Gary vient illuminer One Last Kill par contraste, tandis que One Last Kill rend Gary encore plus précieux par défaut. En soit, Marvel a offert à The Bear sa meilleure publicité involontaire de l’année et rien que pour ça, on remercie Disney+.
