Confessions II en dit plus qu’il n’en paraît sur Madonna et la manière dont elle voit aujourd’hui la musique.
Confessions II arrive sept ans après le dernier album de Madonna, Madame X. Vous n’avez aucun souvenir de cet opus ? C’est normal, il a hélas bidé. Comme à peu près tous les albums de la Reine de la pop sortis depuis Confessions I en 2005. Sauf que les autres avaient plus fait jaser la critique et les auditeurs. On trouvait qu’elle se vautrait parfois dans un étalage d’obscénités légèrement (pour ne pas dire complètement) en décalage avec son âge. Ne citons que Bitch I’m Madonna (2015), qui résumerait presque à lui seul cette thèse. La sortie de Confessions II conclue ainsi 3 ans de travail acharné pour remettre au propre l’image ternie de l’icone de la pop.

Les objectifs de Confessions II apparaîssent ainsi tout à fait prévisibles. La seule et unique Reine de la pop ne pouvait tirer sa révérence sur une série d’échecs. Et rien de plus naturel que de s’en remettre à ce qui a toujours marché, les années 70 ! Confessions I signait le retour en force de la Madone, après des albums non pas mauvais, mais plus confidentiels. À l’époque, le sample d’Abba lui vaut un succès tonitruant sur Hung Up. Lequel a encore, 20 ans plus tard, toute sa place sur les ondes. Mais Madonna sait bien qu’on ne réitère pas un miracle deux fois de la même manière. Le paysage musical, en 2026, lorgne plutôt du côté de l’électro. Confessions II s’inspire alors des cadors du temps, comme Giorgio Moroder (B.-O. de Scarface, Top Gun, ou Flashdance).
Du neuf avec du vieux
Alors si le contenu l’album se départit de la veine subversive et érotique de la chanteuse, puisque cela ne lui a valu que des railleries depuis vingt ans, elle se rattrape comme il le faut sur sa jaquette. Il s’agit de la référence la plus directe et provocatrice de Madonna à la Madone chrétienne. Elle en reprend l’iconographie classique, en formant un triangle net, grâce à sa voilure. Tout en dirigeant le regard, par des jeux d’ombres et sa peau dénudée, vers l’organe reproducteur. Tout comme la Madone engendrait la vie, Madonna engendre l’art. La musique d’abord, car il s’agit de caissons sonores. Mais le cinéma aussi, puisque leur alignement forme une pellicule de film. Une référence au métrage Confessions II qui accompagne l’album, montrant qu’elle a voulu confectionner une expérience totale. En somme, du Madonna tout craché. Une très fine connaissance religieuse, mêlée à sa patte subversive jamais égalée.
Pénétrons ainsi dans l’univers Confessions II. Comme Confessions I qui s’ouvrait sur LE hit de l’opus, elle a tout misé sur I feel so free. Notons le « Thanks for coming » (merci d’être venus), comme un remerciement sincère à ses fans d’être toujours là après 43 ans de carrière. Et elle peut aussi remercier le producteur Stuart Price (Confessions I) d’être revenu aux manettes. L’album se construit comme un dj set remarquable. Les transitions entre les 16 titres, d’une fluidité extraordinaire, montrent une maîtrise des sonorités rarement égalé.
Le temps passe et on fait l’bilan
Et si les mélodies des titres dansants enivrent, leurs paroles abordent des thèmes profonds. L’heure du bilan a sonné. L’Icone de la Pop revient non moins sur 43 ans de carrière, que sur 67 ans de vie. Beaucoup sont partis trop tôt : ses amis Keith Haring et Jean-Michel Basquiat, ou son frère Christopher Ciccone (Fragile). Et avec ceux qui restent, souvent les relations sont conflictuelles (Betrayal). Comme toujours, elle se réfugie au Danceteria, le club où tout a commencé dans les années 80. Le titre Confessions porte alors cette double signification ; se confesser, faire son mea culpa, tout comme confier ses démons à une oreille attentive.
Et comme dans toute soirée, une fois avoir bien dansé, la fatigue s’installe. Avec elle, une morosité ambiante apporte son lot de mélancolie et de vulnérabilité. Les 6 derniers titres de l’opus exposent toute l’authenticité dont Madonna sait aussi faire preuve. En convoquant sa fille Lola Leon sur The test, comme en duo avec Stromae dans My sins are my saviors, elle partage le fardeau de ses peines. Et le dernier titre de l’opus, le plus puissant, boucle la boucle. L.E.S, pour Lower East Side, le quartier où elle s’installe lorsqu’elle arrive à New York en 1978. Il se termine sur ces paroles, à peine chuchottées, mais lourdes de sens : « Everything fades away », tout s’efface, disparaît. Soyons lucides, si Madonna est satisfaite du succès de Confessions II, il sera peut être son dernier album. C’est un peu le Mourir sur scène de Dalida que l’on retrouve dans ces mots.
Iconique
Avec Confessions II, Madonna signe un magistral tour de force. Toujours d’une acuité remarquable, elle a appris des déboires du passé, pour en ressortir magnifiée. Une fois de plus, le retour aux années 70 lui a été salvateur. Confessions II s’écoute comme un dj set qui fait passer par plusieurs états de transe, pour s’achever sur une note personnelle d’une rare intimité dans la discographie de la chanteuse. Marquant ses 43 ans de carrière, cet album lui confère ainsi une longévité extraordinaire. Et il parachève de couler dans le ciment son titre de Reine de la pop.