L’Odyssée est à la fois le film le plus cher de la carrière de Christopher Nolan (The Dark Knight, Inception, Interstellar), mais aussi l’aboutissement de son style singulier. Adaptant le voyage mythologique d’Ulysse sous un autre prisme, le cinéaste s’entoure d’un casting 5 étoiles (Matt Damon, Anne Hathaway, Tom Holland, Robert Pattinson, Zendaya, Charlize Theron..) pour ce qui est ni plus ni moins qu’un des films de l’année.
On ne présente plus Christopher Nolan. En effet, L’Odyssée est le 13e film du papa de The Dark Knight, Inception, Tenet ou encore Oppenheimer. Un des très rares noms capable de ramener le public en salle, peu importe le projet : son dernier film, à savoir un biopic d’époque mature de 3h dont un tiers est en noir & blanc ne déroge pas à la règle via un box-office frôlant le milliard de dollars ! Nolan a son style, mais reste tout de même imprévisible sur la teneur de ses projets, capable d’investir le thriller comme le film de super-héros ou la science-fiction.
Nolan retourne aux fondations
Et lorsque ce dernier annonce avec Universal qu’il s’attelle à une adaptation haut de gamme de l’Odyssée d’Homère, le challenge est à la fois de taille mais également cohérent. En effet, Christopher Nolan pourrait être vu comme un cinéaste cartésien par nature, voire cérébral, tandis qu’aucun de ses films n’a véritablement abordé le fantastique (si ce n’est un petit outil narratif dans Le Prestige).

© Universal
Pour autant, Christopher Nolan a toujours eu une propension à respecter les mythes qu’il aborde : le plus bel exemple tenant dans sa trilogie Batman, qui réinvestissait l’iconographie du personnage tout en l’emmenant vers des cimes jamais traitées au préalable. Bref, un vrai travail d’auteur donc, pour une philosophie qui se retrouve dans L’Odyssée.
Ce récit mythologique n’a presque plus de secret pour personne : rédigé dans l’Antiquité par Homère, ce texte fondateur fait suite à L’Illiade, et décrit le voyage retour d’Ulysse (Matt Damon campe le rôle dans le film présent) des années durant après la Guerre de Troie (que Wolfgang Petersen a adapté en 2004, pour un projet que Nolan lui-même devait réaliser). Cette odyssée prenait ainsi la forme d’un véritable conte picaresque, où le trajet retour face aux mers déchainées par le courroux de Poséidon est ponctué de mésaventures (le cyclope Polyphème, la magicienne Circé, les sirènes..).
Un péplum pour les gouverner tous
Et même si quelques productions (ratées ou moyennes au demeurant) ont pu voir le jour, Christopher Nolan voit en L’Odyssée l’occasion de réparer cette injustice, en faisant une adaptation de premier plan qui ne sera pas non plus une transposition littérale. Un choix qui s’inscrit dans une volonté de réappropriation, pour livrer une œuvre à grande échelle ancrée dans le réel.

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Pourtant, lorsqu’on digère les 2h50 de film, on se rend compte que le respect global est véritablement de mise vis-à-vis du récit. Mis à part l’épisode impliquant Nausicaa, Nolan respecte globalement toutes les étapes du voyage d’Ulysse, tout en s’affranchissant des règles d’un récit déroulé chronologiquement. Un choix que l’on pourrait trouver logique de la part de l’auteur de Memento et Interstellar, mais qui se révèle judicieux à plus d’un titre.
L’Odyssée s’ouvre ainsi sur Travis Scott en aède contant le récit de Troie à plusieurs prétendants à Ithaque, tandis que Penelope (Anne Hathaway) et Télémaque (Tom Holland) s’interrogent encore sur le retour du roi. Le récit s’affaire ensuite à interconnecter la prise de Troie, les pérégrinations d’Ulysse, son dialogue avec Calypso (Charlize Theron) et les séquences au foyer dans une toile narrative confinant au chef-d’œuvre de montage. Tout comme dans Dunkerque, Nolan jongle en terme de temporalités dans le but de transcrire les souvenirs éparses de son protagoniste, mais également pour illustrer le fait qu’un mythe se construit tel une une somme de récits morcelés.
Chef-d’œuvre de montage narratif
Le résultat est un pur exploit qui permet une rythmique du récit ne perdant jamais de vu l’emphase humaine et émotionnelle du récit : celui d’une unité familiale menacée par le folie meurtrière. Christopher Nolan livre ainsi une adaptation ample de L’Odyssée, embrassant l’aura fantastique l’aura fantastique du mythe tout en l’ancrant dans une authenticité traduite par la mise en scène organique de Nolan.

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Sa 5e collaboration avec le chef opérateur Hoyte von Hoytema (Nope, Her) fait ainsi des merveilles : jamais dans la pose sur-esthétisante ni dans le naturalisme pur, la facture visuelle de L’Odyssée oscille entre épopée viscérale et plongée existentielle organique. Le résultat est tout bonnement formidable à l’écran, s’affichant ni plus ni moins que comme la plus belle réalisation de son auteur. Nolan traite ce péplum avec justesse et singularité, s’embarquant vers des sentiers où on ne l’attendait pas réellement : envolées sensitives, scène de pur survival tribal face au Cyclope (incroyable travail d’animatronique et d’effets visuels), pure horreur avec Circé (Samantha Morton est absolument géniale), surréalisme mystique en Enfer, bataille ample toujours centrée sur les personnages, séquences maritimes captivantes…
Hubris qui n’est pas qu’un mythe
Bref, L’Odyssée est un pur festin visuel, que même quelques costumes jugés anachroniques (tout ce qui se passe à Ithaque respire parfois le médiéval plutôt que l’antique) ne parviennent à entacher. Une manière pour Nolan de ne pas s’occuper d’une reproduction archéologique, mais d’extraire la sève mythologique et universelle du récit homérique. Un équilibre tenu constamment, où on comprend la volonté du réalisateur de monter l’équipage d’Ulysse comme des soldats venus de tous horizons pour s’embarquer sous la même bannière.

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Même constat pour les lieux du film, alors que L’Odyssée place ses personnages dans un climat de désolation et de tempêtes à la poursuite d’un horizon ensoleillé lointain ! Les tous derniers plans du métrage sont d’ailleurs parfaitement équivoques, faisant du récit la bascule entre l’Antique et l’Histoire, l’Ancien et la civilisation. Plus que n’importe quelle autre adaptation, Christopher Nolan parvient à extraire les thématiques du matériau source pour y amener une réflexion universelle sur l’hubris des Hommes. On appréciera donc la manière qu’à L’Odyssée à dépeindre les Dieux (y compris l’astucieuse figure d’Athena à travers Zendaya), de la même manière qu’ils étaient perçus par les Grecs anciens.
Un des sommets de la carrière de Christopher Nolan
Et que dire de la musique signée Ludwig Göransson (Black Panther, Sinners) qui signe sa meilleure collaboration avec Nolan. Usant de chœurs et d’instruments d’époque, le score est tout simplement divin et galvanisant. Une fabrication globale qui laisse pantois donc, pour que chacun des membres du casting puisse briller (Matt Damon, Tom Holland, Anne Hathaway, John Leguizamo, Himesh Patel et Robert Pattinson en tête). On notera tout de même les apparitions succinctes d’Eliott Page et Lupita Nyong’o (dans un double-rôle se démarquant des autres), tandis que Charlize Theron fait plus office de personnage-fonction en terme de liant narratif.

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En conclusion, Christopher Nolan livre un magnum opus de réalisation avec L’Odyssée, même si son épilogue méritait plus d’ambiguïté dans sa manière de clore le mythe. Quoi qu’il en soit, on tient ni plus ni moins que le grand spectacle de l’année, autant qu’un péplum qui fera date. Du grand cinéma, à la texture 70mm qui laisse rêveur sur les possibilités encore inédites qu’offre le médium dans le genre, et qui s’affirme instantanément comme un des sommets incontournables de son auteur.
L’Odyssée sortira au cinéma le 15 juillet 2026
avis
Christopher Nolan livre avec L'Odyssée une relecture homérique s'affirmant comme son projet le plus ambitieux, et l'aboutissement total de son style. La résultat est un péplum qui embrasse l'excellence via son casting XXL, sa fabrication de maître et une narration confinant au chef-d’œuvre. Tout simplement une date dans le genre, ainsi qu'un des acmés de la carrière de son auteur.
