La géniale série Silo de Graham Yost et adaptée de la trilogie éponyme de Hugh Howey, revient pour une saison 3 sur Apple TV et se démarque par un changement des plus rafraichissant. Dans un futur post-apocalyptique, les humains ont été retranché dans un gigantesque silo de 144 étages, et on commence enfin à avoir des réponses…
Dans la saison 3 de Silo, créée et écrite par Graham Yost, des éléments décisifs nous sont enfin dévoilés. En tant que spectateur, on commence à comprendre ce qui s’est réellement passée. Et autant prévenir tout de suite, ces réponses sont loin de faire plaisir. (Attention cet article contient des spoilers).
Elle a oublié, nous non
Si vous ne vous souvenez plus de la fin de la saison 2, pas de panique, Juliette Nichols (Rebecca Ferguson) non plus. D’ailleurs, nous sommes sûrement nombreux à s’être demandés ce qui se passait dans le dernier épisode. Pour rappel, on avait basculé d’un futur gris, empoisonné, à une conversation entre le membre du congrès, Daniel (Ashley Zukerman) et une journaliste, Helen (Jessica Henwick) dans ce qui semblait être notre ère. C’était à n’y rien comprendre. Mais ce dont il faut se souvenir, c’est le dénouement terrible dans le Silo 18. Juliette avait réussi à revenir dans le Silo pour arrêter la rébellion, elle s’était retrouvé face à Bernard (Tim Robbins), envoyé au nettoyage. Tous deux s’était fait prendre par les terribles flammes de la purification.

Alors pourquoi ne se souvient-elle de rien ? La situation dans le Silo a considérablement changé, et, roulement de tambour, Juliette est devenu maire. Mais ce n’est pas celle qu’on connaît. Très entourée par une Camille (Alexandira Riley), la femme du terrible Robert Sims (Common), qui paraît affreusement mielleuse, le premier épisode nous met tout de suite les pieds dans le plat. Tout est affaire de politique, de complots, de messes basses. Dans cette saison, les femmes sont au pouvoir, un pas de côté par rapport aux livres de Howey, mais on ne peut que saluer cette originalité de la série. Camille est encore plus terrible que ne l’était Bernard. Sa promotion à la tête du DIT lui a permis d’attendre son plein potentiel. Et nous, on adore.
Se souvenir pour mieux oublier ?
En théorie de la science-fiction, on parle souvent de faire naviguer le lecteur entre un monde fictif et sa réalité. Juste assez pour lui créer un inconfort et lui donner de quoi réfléchir sur l’état de nos sociétés. Dans le silo, tout revient sans cesse au contrôle. On parle d’un monde régie par ce que les écrans veulent bien montrer, et une société entière qui repose sur des préceptes écrit dans un livre, l’Ordre. Ceux au pouvoir sont aussi là pour s’assurer que la population du silo n’aille pas droit dans le mur. Dans la saison 3 de Silo, Camille maintient cette état de calme en rendant Juliette, l’héroïne devenue sainte pour les habitants du Silo, amnésique. D’abord Juliette, puis tout le silo, parce qu’il faut faire oublier pour préserver la paix et tuer une potentielle nouvelle rébellion dans l’oeuf.

En parallèle, la série de Graham Yost construit une intrigue qui se déroule dans un temps plus proche du notre. On y suit les aventures de Daniel et Helen, ceux-là même sur lesquelles la saison 2 s’était clôturée. Là aussi, tout est affaire de contrôle. Certains savent, mais ne divulguent rien. Le sort de l’humanité se joue entre les ultras-riches et ceux qui cherchent la vérité se font évincer. En tant que spectateur, on ne peut que trouver des points communs avec notre réalité dans ces deux temporalités. Et c’est aussi le tour de force de la série, réussir à nous impliquer autant dans le déroulement parallèle de deux histoires qui en font de compte n’en font plus qu’une…
On nous aura prévenu
Si c’est chose connue que la série Silo de Graham Yost a pris des libertés par rapport à son originale, elle garde tout de même un étroit lien avec les textes de Hugh Howey. Et plus les similitudes continuent de se confirmer, plus on ne peut s’empêcher de rire jaune. A l’heure où la canicule nous étouffe, il y a quelque chose de profondément ironique à voir une partie de l’humanité reléguée sous terre, parce que le monde n’est plus habitable. Alors, quand dans chacune des scènes qui se déroulent dans notre présent, vient s’ajouter la mention d’une guerre entre les États-Unis et l’Iran, on a envie de hurler de rire.

On pourrait se dire que la saison 3 de Silo élabore sur la base de l’actualité. Mais non, tout ceci existe aussi dans les romans. Et il y a un détail glaçant, Hugh Howey écrit le premier tome de la trilogie en 2012. Le second, celui qui commence à donner des réponses, en 2013. Et toute l’intrigue qui semble si proche de nous dans la série, alors qu’on est en 2026, se déroule en 2049 dans la version écrite. De fait, avec tous les éléments en main, on se met à faussement sourire. Et la série pousse même le vice à inclure dans ses personnages un milliardaire à l’origine du projet des 50 silos qui ressemble terriblement à Elon Musk.
Enfin on terminera sur ces mots de Hugh Howey, dès le début du tome 2, Silo Origines : « Presque au même moment dans la grande histoire de l’humanité, l’homme avait découvert comment provoquer sa propre ruine. Et comment oublier qu’une telle chose avait pu se produire ». De quoi donner envie, on l’espère, d’aller jeter un œil à la géniale saison 3 de Silo.
La saison 3 de Silo est diffusée depuis le 3 juillet sur Apple TV +
Avis
La saison 3 de Silo coche toutes les cases de la parfaite série de science-fiction, aussi géniale que glaçante dans son reflet involontaire des conflits actuels dans nos sociétés. On attends la saison suivante de pieds ferme.
