Confessions II doit s’écouter fort. Tant pour se laisser porter par le pouvoir de la musique, que pour en saisir toutes les subtilités.
Confessions II en appelle à la valeur refuge de Madonna, les années 70. Elle a lancé sa carrière en 1983 grâce à un groove pétillant, un sample d’Abba l’a ressuscitée en 2005 et elle entend bien réitérer le miracle. Pour cela, elle a misé sur les meilleurs. Qui de mieux que le producteur de Confessions I, Stuart Price, et des inspirations de Giorgio Moroder pour s’assurer le succès ? Et puis, au passage, quelques stars populaires, comme Sabrina Carpenter, pour montrer qu’elle est toujours dans le coup.
Gimme a dj set after midnight
Confessions II a passé un sacré coup de polish sur ses inspirations synth, disco et funk des années 70. Il les a débarrassées de tout ce qui pourrait paraître trop kitsch, pour n’en garder que le noyau dur. N’oublions pas que Madonna fête ses 67 bougies, la moindre sonorité ringarde la conscrirait aux soirées des aînés organisées par le CCAS local. Le travail fabuleux de l’équipe en charge des instrumentales n’a conservé que les pulsations singulières des genres ressuscités, en les mêlant aux standards actuels. Appuyons le terme standard, puisque le talon d’Achille de l’opus réside définitivement dans son manque de diversité.

Le précédent album de Madonna, Madame X, devait en effet son mauvais accueil par sa prise de risque assez étonnante. La chanteuse mêlait des sonorités d’inspirations très diverses, du latino au trap. Et c’est précisément ce qui lui avait valu son flop. Auquel nous ajoutons les bides de tous ses albums sortis depuis Confessions I, ce qui commence à faire beaucoup… Confessions II affiche ainsi une cohérence à toute épreuve. Il se construit comme un dj set, pour passer une soirée mémorable. Les transitions entre chaque titre sont absolument parfaites. Si bien qu’il est tout à fait limpide de lui distinguer trois grandes parties. On démarre la soirée avec du lourd, pour se mettre dans le bain. Puis, on se laisse porter, jusqu’à ce que la fatigue reprenne le dessus, et fasse flotter comme un vague à l’âme dans l’air.
Dancing queen ?
Trois chansons balisent l’expérience Confessions II : I feel so free, Danceteria et Bizarre. Le reste des titres dansants, hélas, demeure plutôt monocorde. D’abord dans l’intensité de leurs mélodies. L’opus manque de tempos marqués comme celui de Martin Garrix sur Bizarre. Souvent, on remue la tête, tout au mieux, alors que l’album se veut dansant. Il compose ainsi avec un certain corps mou, vers son milieu. Pour cause, il a plutôt misé sur les détails, plutôt que sur l’intensité. Il ne s’apprécie que fort, avec du bon matériel, pour en distinguer, justement, tout le raffinement. Chaque titre regorge d’arrangements et il faut plusieurs écoutes pour en saisir toutes les subtilités.
Les titres dansants abordent des thèmes profonds et chers à la chanteuse (comme ses amis Keith Haring et Jean-Michel Basquiat partis trop tôt). C’est une Madonna au summum de sa maturité qui prend le micro pour se confier, expier, faire le bilan. Et c’est la dernière partie de l’opus qui se montre la plus digne de tendre l’oreille. Introspective, elle déploie toute l’authenticité dont sait faire preuve la chanteuse lorsqu’il s’agit de chanter ses failles. Cette vulnérabilité a toujours été là, de Live to Tell à You’ll see ou The power of good-byes. Mais, aujourd’hui, à 67 ans, cela sonne plutôt comme un bilan de carrière, de vie. Car, tout compte fait, Madonna est humaine, comme nous tous, elle porte ses peines et ses fardeaux.
Madonna takes it all
Madonna voulait l’album parfait et elle s’en est remise à sa lucky star, sa bonne étoile, les années 70. Et en un sens, elle a atteint son objectif. Confessions II parvient à revenir aux sources de l’electro des années 70, tout en restant magistralement dans l’ère du temps. Chacun des 16 titres de l’opus regorge de sonorités subtiles, tout en s’enchaînant à la perfection avec le suivant. Rien ne dépasse, tout est sous contrôle. Mais à trop chercher le détail, l’album délaisse les émotions fortes et doit composer avec une certaine monotonie, passée l’euphorie des premiers titres. Peut-être Madonna a-t-elle tout simplement passé l’âge des exentricités, car l’album se révèle réellement dans son dernier tiers, lorsqu’il s’apaise en entamant une introspection touchante.
Confessions II, le quinzième album studio de Madonna, est sorti le 3 juillet 2026.
Avis
Avec Confessions II Madonna signe assurément son meilleur album depuis 20 ans. Travaillé jusque dans ses moindres détails, la Reine de la pop est définitivement indétrônable. Et si l'opus se montre somme toute un tantinet monocorde, la dernière partie introspective valait totalement l'attente.