Le biopic sur Michael Jackson sort enfin en salles ! Conspué par la presse, plébiscité par le public, où se trouve la vérité dans ce Michael qui selon certains serait trop frileux à l’idée d’aborder la part sombre du chanteur ? Notre humble réponse en quelques lignes, faisant écho à la production rocambolesque du métrage et les promesses d’une seconde partie qui aborderont les polémiques d’abus sexuels.
Cela fait près de 6 ans que Michael est en projet, et le film est enfin en salles. Enfin pas tout à fait, étant donné que le long-métrage de 2h réalisé par Antoine Fuqua n’est pas tout à fait ce qui était initialement prévu. Nous l’abordions rapidement dans notre critique, mais le scénariste John Logan (Gladiator, Aviator, Penny Dreadful) avait écrit un long script retraçant toute la vie de Michael Jackson, entre ses succès révolutionnaires et sa descente aux enfers médiatique.
Graham King (Bohemian Rhapsody, Les Infiltrés) l’annonçait même en 2024 lors de la Cinemacon : « il s’agira d’un film trèès long » et « nous voulons montrer le beau et le laid de la vie de la plus grande star de la pop« . La résultante était donc que Michael serait un film de 4h, construit dans la pure tradition du « rise & fall » (structure où l’on suit l’ascension d’un personnage avant sa chute, comme dans un Scarface ou Cloclo).

©Universal
Difficile de vendre un film de 4h : les exploitations de film au cinéma dépassent rarement les 3h comme Titanic, Oppenheimer ou Avatar (seul Killers of the Flower Moon ces dernières années à réussi à sortir avec 3h20 au compteur). L’idée de scinder Michael en deux parties (comme Kill Bill, Harry Potter et les Reliques de la Mort ou le biopic Mesrine) était déjà en discussions, mais un twist est venu remettre du fil à retordre sur cette production à 150 millions de dollars : les représentants de la famille Chandler !
Who’s Bad ?
Pour ceux qui ne le savent sans doute pas : Michael Jackson fut accusé d’abus sexuels et de pédophilie sur le jeune Jordan Chandler en 1993 par le père de ce dernier. L’époque où Michael Jackson invitait des enfants dans son ranch à Neverland (dont le célèbre Macauley Culkin) pour toutes sortes d’activités, et nouait des amitiés étant vues de plus en plus controversées au fil du temps. Une affaire judiciaire qui a défrayé la chronique et terni l’opinion publique autant que la santé mentale de Michael Jackson.

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Une somme de 22 millions aurait été demandée par la famille Chandler, que le chanteur aura ensuite payé via ses représentants s’inquiétant de sa santé (tout comme une affaire similaire en 2005, ce type de procès dure des mois et a impacté le Dangerous Tour). Le tout en craignant que l’acceptation de cette requête soit vue comme un aveu de culpabilité… La suite de l’histoire montre que plus d’une décennie de perquisitions ou de recueils de témoignages avec preuve n’ont jamais été dans le sens des accusations : après la mort de Michael, le père de Chandler s’est suicidé, et Jordan a avoué que tout ceci était un plan pour extorquer de l’argent.
La chute d’une icône
Trop tard, la descente aux enfers de Michael était déjà orchestrée (à tort ou à raison) : dépendances aux anxiolytiques, aux barbituriques, aux morphiniques et aux hypnotiques, Michael Jackson n’a jamais cessé d’être une icône mais quelque chose s’est fracturé en même temps que sa transformation physique. La série Atlanta avait d’ailleurs réussi avec brio à synthétiser ce malaise dans l’édifiant épisode Teddy Perkins…

Réaliser un biopic ample sur la vie de Michael Jackson implique forcément d’embrasser les évènements de cette descente aux enfers (qu’on décide de croire la justice ou non d’ailleurs). Malheureusement, une clause judiciaire signée il y a des années par la famille Chandler (et donc approuvée par les Jackson) interdisait toute représentation de ces derniers dans une future fiction. Pas de bol, la famille Jackson après le tournage terminé de Michael avait oublié ce détail, obligeant donc Lionsgate et toute l’équipe du film d’organiser des reshoots.
C’est donc un tiers du métrage qui a dû être modifié : on ne connait pas encore la teneur de ces modifications, si le nom Chandler sera juste remplacé ou alors complètement évincé au profit d’autres éléments. Plusieurs dizaines de millions de dollars plus tard, Graham King et Universal décident donc d’amortir en coupant définitivement le récit en 2 pour sortir la version de Michael actuellement en salles.
Film coupé en deux
Si un large nombre de critiques conspue le film pour l’absence de ces controverses citées, il faut rappeler que le succès public de Michael imposera nécessairement la mise en route rapide du montage définitif de la seconde partie. En cas de bide total au box-office, autant dire que le fameux biopic du King of Pop s’arrêtera au milieu du guet (et donc ce sera de plus en plus difficile de complètement le défendre).

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De manière objective, on pourrait faire 10 biopics complètement différents à plusieurs étapes de la vie de Michael Jackson, et suivant plusieurs axes (ses romances ? son lien avec le cinéma ? la conception de révolutionnaire de Thriller ? la dynamique familiale avec ses frères et sœurs ? Sa lutte contre le racisme et les inégalités ?). Dès lors, la conception et le traitement global de Michael paraissent cohérents, alors que le script de John Logan se concentre via ce premier film sur la genèse et l’émancipation du chanteur messianique dans un film évoluant vers le triomphe…. avant une second film s’apparentant à la désillusion et la fin de la fame initiale.
Qu’attendre du second film ?
Le réalisateur Antoine Fuqua l’a même dit lors d’interviews ses derniers jours : le second film s’intéresse à Neverland, inclus la performance de Another Part of Me, le clip de Smooth Criminal, le légendaire Superbowl de 1993 et la déchéance de son image alors que les médias et la justice s’emparent du scandale. Quand cette suite arrivera-t-elle ? Alors que que Michael promet un week-end d’ouverture mondial à 150 millions de dollars, nul doute qu’il faudra attendre les prochaines semaines pour espérer un communiqué officiel dans l’attente de juger pleinement le biopic dans son ensemble !
