En développement depuis plus de 5 ans, Replaced débarque enfin sur Xbox et PC ! Premier titre du studio biélorusse Sad Cat Studios, cet héritier de Flashback et Another World est une petite Madeleine de Proust lorgnant entre action/aventure et plate-formes dans un univers cyberpunk en pixel-art !
Replaced vient de loin. Dévoilé lors de l’E3 2021 à la conférence Xbox, le titre de Sad Cat Studios séduisait immédiatement de par son ambiance rétro-futuriste cyberpunk en pixel-art. Et pourtant, les plus alertes d’entre vous savent que c’est bien The Last Night en 2017 (véritable arlésienne encore en développement) qui s’est affiché avec ce style 2,5D rétro complètement unique. Un filon que Sad Cat a évidemment exploité rapidement, pour délivrer une autre proposition.

©Sad Cat Studios
Replaced prend place en 1984, dans une Amérique uchronique faisant irrémédiablement penser à Blade Runner ou Akira ! Alors que la Fondation Phoenix développe REACH (une IA révolutionnaire censée faciliter la recherche de donneurs d’organes), son chercheur principal Warren Marsh fusionne avec sa création. Ne faisant plus qu’un avec son hôte, REACH s’évade du complexe et se retrouve en dehors du grand Mur de Phoenix City. Livré à lui-même, notre personnage découvre une communauté de renégats prônant la liberté face à la main de fer des corporations citadines. Désireux de revenir dans l’enceinte du laboratoire pour inverser le processus, REACH découvrira peu à peu une humanité nouvelle…
Cyberpunk 1984
Et via ce pitch, Replaced transpire l’ADN cyberpunk (bien plus que le scénario d’un certain jeu de CD Projekt d’ailleurs) de ses thématiques à son univers en passant par sa facture visuelle. Et quelle beauté ! Ce qui happe immédiatement dans Replaced tient évidemment en cette direction artistique rétro (Another World, Flashback, Tails Noir) épousant la structure action-aventure en 2D du titre.
Le pixel-art est de toute beauté, et le défilement horizontal des déplacements évitent tout sentiment de redite ou de sensation de rail par la minutie globale de construction des décors. L’œil du joueur est par exemple constamment sollicité du passage d’une salle ou d’un lieu à l’autre à travers un couloir ou la découverte d’un endroit inédit par un jeu de placement d’éléments de décors au premier plan ou au troisième et quatrième plans !

©Sad Cat Studios
De purs éléments de storytelling, tandis que le reste de la narration passe par d’inévitables documents à lire (un peu trop abondants mais facultatifs) et des phases de dialogues statiques émulant la dimension rétro de Replaced. Au final, la dramaturgie n’aura rien de particulièrement novateur, mais Replaced parvient avec une aisance certaine à dérouler son univers et ses situations au service de REACH.
Ghost in the Flesh
En effet, le protagoniste n’existe plus qu’à travers un corps de chair, mais avec un esprit artificiel. Dans la grande lignée des récits cyberpunks (Ghost in the Shell en tête), le scénario réussit son pari en énonçant les pensées prescientes de REACH. D’abord analytique et pragmatique, cette IA évoluera au gré des dialogues et des rencontres avec les quelques PNJs du jeu, dans le but d’appréhender les problématiques socio-économico-politiques de l’univers.
Bref, le B-A BA de la SF cyberpunk en somme, sans réinterprétation majeure, mais sans affadissement non plus ! La progression de Replaced en 9 chapitres offre d’ailleurs une certaine variété bienvenue dans ses décors : entre mines reconverties en QG d’une secte de pillards à la Mad Max, no man’s land surveillés par des drones policiers, complexes de recherche et jungle urbaine, le titre arrive à se renouveler malgré ses 3 boucles de gameplay.

©Sad Cat Studios
Replaced oscille ainsi entre phases d’énigmes, de plate-forme et de combat. La première composante se révèle plus sommaire encore que dans un Inside, et généralement couplée à la deuxième composante (à savoir atteindre une nouvelle zone en bougeant une caisse). Sad Cat Studios a tout de même la chouette idée à mi-parcours d’introduire une fonction de hacking (obligatoire et balisée certes) pour passer certaines caméras. Tout reste finalement au service de phases de plate-formes classiques, mais efficaces malgré le peu de marge d’échec.
Gameplay simple mais maîtrisé
Et là où les phases de sauts et d’infiltration-lite bénéficient d’une animation et d’une inertie de mouvements proches de la rotoscopie, Replaced brille étonnamment dans ses phases de combat dynamiques. Tout comme dans un Batman Arkham ou Sleeping Dogs, les fights (plutôt nombreux mais jamais rébarbatifs), le système de combat se base sur le contre et l’esquive. 5 types d’ennemis (du troufion de base au gros costaud blindé en passant par ceux munis d’armes à feu ou de bouclier) viennent ainsi chercher des noises à REACH, devant jouer de la matraque tout en étant réactif aux coups portés par ses opposants.

©Sad Cat Studios
Un système qui a trouvé ses marques il y a déjà 15 ans (indicateurs rouges pour les attaques ne pouvant être contrées, les jaunes permettant une contre-attaque, la nécessité de briser les protections des ennemis blindés, la possibilité de renvoyer un projectile au bon moment, ou de charger notre pistolet…), et qui fait preuve d’un aspect ludique bien digéré dans Replaced. Les affrontements en 2D peuvent être un vrai foutoir avec divers malotrus à taper, mais le titre se veut toujours fluide et lisible, y compris lorsqu’on enchainera 3 combats de boss (réussis mais trop peu nombreux) ou une séquence de toute beauté sur le toit d’un train futuriste.
Bonbon rétro-futuriste
En résulte une petite fraîcheur facile à prendre en main, à la difficulté croissante (privilégiez le mode difficile tout de même), se permettant même lors de 2 chapitres « interstices » d’ouvrir légèrement son exploration pour arpenter les divers lieux d’une immense Gare reconvertie en village de fortune. De quoi compléter une poignée de quêtes annexes (FedEx mais riches en lore et permettant d’upgrader les compétences de REACH)), notamment une impliquant de craquer le meilleur score de 3 jeux d’arcade.
Vous l’aurez compris, Replaced ne réinvente rien, mais fait globalement tout avec soin, dans un écrin cyberpunk et rétro absolument aguicheur. Et que dire de cette BO au synthé transpirant les 80’s : plus que de la simple nostalgie, Sad Cat Studios livre un premier titre avec du punch, jouable en 10h pour la trame totale, et dont la fin ouverte nous intime désirer une suite plus ample et ambitieuse en terme de game design.
Replaced est disponible sur Xbox Series X/S et PC
avis
Replaced réussit son pari d'une aventure rétro cyberpunk en 2,5D, dopé par une direction artistique pixel-art aux petits oignons, un rythme soutenu balançant efficacement ses diverses boucles de gameplay et une prise en main maîtrisée. Pas mal du tout pour le premier titre titre indé d'un jeune studio biélorusse !
- Histoire
- Gameplay
- Game Design
- Graphismes
- Son
- Durée de vie
