Entre nature japonaise et quête de soi, Franco Faggiani transforme l’histoire insolite de Shizō Kanakuri en roman contemplatif et lumineux dans Le Gardien de la colline aux cerisiers.
Avec Le Gardien de la colline aux cerisiers, Franco Faggiani signe un récit délicat qui mêle sport, contemplation et introspection. Ce texte est inspiré de l’histoire vraie de Shizō Kanakuri (comme d’autres histoires chez Paulsen) marathonien japonais disparu pendant les Jeux olympiques de Stockholm en 1912. ce court roman explore la manière dont un détour peut transformer toute une existence. Entre montagnes japonaises, silence intérieur et rapport apaisé à la nature, l’auteur compose une œuvre douce-amère qui invite à ralentir le pas.
Un auteur entre montagne, silence et contemplation
Journaliste et amoureux des grands espaces, Franco Faggiani vit à Milan et nourrit depuis plusieurs années une œuvre profondément liée à la nature. Ses romans célèbrent les paysages, les rencontres discrètes et les chemins de traverse. Après L’Inventaire des nuages, récompensé par plusieurs prix littéraires, il poursuit avec Le Gardien de la colline aux cerisiers son exploration du lien entre l’humain et le monde vivant.
Sa plume lumineuse capte les détails les plus simples avec une grande finesse. Un sentier de montagne, le souffle du vent ou le rythme d’une foulée deviennent alors des éléments chargés d’émotion et de sens.

Le marathon fou de Shizō Kanakuri
Le roman suit Shizō Kanakuri, jeune coureur japonais repéré pour ses qualités exceptionnelles. Son entraîneur le prépare au marathon des Jeux olympiques de Stockholm en 1912. L’empereur Mutsuhito place beaucoup d’espoirs dans cette participation sportive qui doit renforcer les liens diplomatiques avec l’Occident.
Pourtant, à vers le trentième kilomètre avant l’arrivée, Shizō Kanakuri disparaît mystérieusement. Cette fugue bouleverse son destin et transforme sa course en voyage intérieur. Il lui faudra plus de cinquante-quatre ans pour franchir officiellement la ligne d’arrivée.
À travers ce récit étonnant, Franco Faggiani construit un roman inspiré d’une histoire vraie où la performance sportive laisse rapidement place à une réflexion plus intime sur le sens de la vie. Le marathon devient alors une métaphore du chemin personnel, avec ses pauses, ses détours et ses renaissances inattendues.
Shizō Kanakuri, un héros en quête de sens
Shizō Kanakuri incarne un héros profondément humain. Sa sensibilité, son rapport presque spirituel à la course et sa connexion avec la montagne donnent au récit une atmosphère apaisante. Le personnage avance moins pour gagner que pour comprendre ce qui l’anime réellement.
Autour de lui, les figures secondaires accompagnent discrètement cette quête intérieure. L’auteur privilégie les émotions retenues, les regards et les gestes simples. Cette sobriété renforce la poésie du texte et crée une proximité immédiate avec les personnages.
La nature occupe également une place centrale dans le roman. Les montagnes japonaises, les cerisiers et les sentiers deviennent de véritables compagnons de route. Le Gardien de la colline aux cerisiers rejoint ainsi les grands romans nature japonais qui célèbrent l’harmonie entre l’humain et son environnement.
« Le Comité olympique international, en accord avec le Comité olympique suédois, a l’honneur de vous annoncer qu’aujourd’hui, le 12 mai 1967, vous avez été enregistré dans les documents officiels du marathon olympique de Stockholm de l’année 1912, pour une distance de 40 kilomètres et 200 mètres. Vous avez réalisé un temps de 54 années, 8 mois, 6 jours, 5 heures, 32 minutes, 20 secondes et 3 dixièmes. »

La course à pied comme quête de soi
Sous ses airs de récit sportif, le roman développe une réflexion sensible sur le temps et l’accomplissement personnel. La course à pied dépasse ici la simple performance physique. Elle devient une manière de chercher sa place dans le monde.
Cette dimension contemplative rappelle parfois les œuvres de Jirō Taniguchi, avec leur goût du silence et des émotions discrètes. Franco Faggiani explore la lenteur comme une richesse et transforme le moindre détour en expérience essentielle.
Le livre évoque aussi le poids des attentes sociales et la difficulté de répondre aux ambitions des autres. Le personnage avance progressivement vers une existence plus alignée avec ses propres désirs. Cette approche donne au récit une portée universelle et profondément touchante.
Les amateurs de course à pied et quête de soi trouveront ici un roman sensible qui célèbre autant l’effort physique que la liberté intérieure.
« Il y a désormais deux photographies encadrées sur une étagère de la maison de Tamana où je suis retourné vivre : moi à vingt et un ans portant la maillot blanc numéro 344, et moi à soixante-seize ans, en pardessus noir, rompant le fil de laine dans le stade olympique de Stockholm. Ces deux images représentent le début et la fin d’une longue histoire, qui se déroule en grande partie sur une colline aux cerisiers. »
Faut-il lire Le Gardien de la colline aux cerisiers ?
Avec Le Gardien de la colline aux cerisiers, Franco Faggiani livre un roman délicat et profondément apaisant. Cette histoire inspirée de la vie de Shizō Kanakuri transforme un fait divers sportif insolite en méditation lumineuse sur le temps, la nature et la quête de sens.
Les lecteurs qui aiment les récits contemplatifs, les grands espaces et les personnages en chemin apprécieront particulièrement cette lecture. Ce roman prend son temps, comme une longue marche en montagne ou une course au lever du soleil. Une parenthèse douce et inspirante qui invite à ralentir dans un monde lancé en permanence au sprint.
Franco Faggiani – Le Gardien de la colline aux cerisiers, éditions Paulsen, collection La Grande Ourse, 220 pages, paru le 7 mai 2026.

Avis
Inspiré de l’histoire vraie de Shizō Kanakuri, Le Gardien de la colline aux cerisiers mêle course, contemplation et quête intérieure. Franco Faggiani signe un roman lumineux qui célèbre la nature, le temps long et les détours de la vie.
