Grand Prix de la Semaine de la Critique, La Gradiva a fait office de petite sensation au Festival de Cannes. Et pour cause, cette production franco-italienne est le tout premier long-métrage de Marine Atlan qui a déjà tout d’une grande.
La Gradiva est un curieux titre multi-référentiel : une nouvelle du début du XXe siècle, une sculpture en lien avec l’éruption du Vésuve… un nom aux origines érudites et latine littéralement transcrite comme « la femme qui marche ». Et c’est avec tout ce bagage culturel que Marine Atlan a conçu son tout premier long-métrage, plus de dix après avoir été diplômée de la Fémis en tant que chef opératrice.
Présenté au Festival de Cannes, La Gradiva a non seulement glané la récompense ultime de la sélection de la Semaine de la Critique, mais fut également un des films les mieux reçus de toute la Croisette. Production franco-italienne, ce récit convoquant des acteurs amateurs se veut un film choral prenant place au sein d’une classe de Terminale en plein voyage scolaire.

Ce qu’il y a d’épatant, c’est qu’en quelques secondes la mise en scène au plus près des individus se révèle étonnamment maîtrisée par Marine Atlan. Toni (Colas Quignard) épie son ami Jame (Mitia Capellier-Audat) en train de coucher avec une camarade de classe dans une cabine de train. Plus tard lors d’une scène où la professeure Mlle Mercier (excellente Antonia Buresi) fait un cours sur les plaques tectoniques et auprès d’une peinture antique, c’est Suzanne (Suzanne Guérin), adolescente timide et mal dans sa peau, qui observe le comportement des garçons avant d’éructer de colère.
La tectonique des aspirations
Tout La Gradiva tient dans ses deux séquences, entre du non-dit où tout se passe par l’observation, l’introspection et les désirs refoulés. Puis dans le verbal et l’émotion, quand il est trop tard. Marine Atlan fait de son film une sorte de Breakfast Club par André Téchiné (elle cite d’ailleurs elle-même Les Roseaux sauvages comme inspiration), où l’environnement scolaire dans un cadre solaire devient la boîte de pétri parfaite pour disséquer l’adolescence.

La Gradiva expose ainsi le sens de son titre, en filmant ces individus tentant de gravir les marches de la vie. Toute la symbolique du récit est ainsi impeccablement infusée par les choix créatifs de Marine Atlan, qui place son action au milieu des rues anciennes de Naples ou des monuments antiques. Comment avancer au sein d’un édifice de vie plus vertigineux que nos propres aspirations ? Un questionnement réflexif qui pourrait à lui seul caractériser la déchéance émotionnelle de Toni (Colas Quignard est une vraie révélation), ado en échec scolaire désireux de retourner sur les Terres de sa grand-mère.
Tel un Kechiche, la cinéaste nous fait naviguer dans un écosystème dont la quotidienneté pourrait presque être antinomique avec la volonté de faire du pur cinéma. Mais elle rend autant passionnant un exposé de classe qu’une séquence de soirée sur du Theodora par son simple regard à hauteur d’individus. Les dynamiques qui se jouent en filigrane entre les divers personnages constituent véritablement la sève de La Gradiva.
Coming-of-age contrarié
Porté par un casting majoritairement amateur, le long-métrage fait émaner une énergie et une mélancolie brute, tel un spleen existentiel lié au passage de l’enfance à l’âge adulte. Ce n’est pas étonnant que Marine Atlan place La Gradiva au moment précédant les résultats post-baccalauréat : chacun est en attente de validation de leurs vœux pour parcoursup, et c’est cet espace d’incertitude sur l’avenir qui vient parasiter la psyché de chacun sans réellement le verbaliser.

La professeur qui au détour d’un dialogue affirme le sentiment de solitude qu’elle éprouve dans sa vie, les discussions féminines concernant la désirabilité vis-à-vis de la gente masculine, la libido intériorisée de Suzanne éprouvée lors d’un rêve, Jame qui enchaîne les conquêtes par peur du rejet… La Gradiva capte le pouls de la jeunesse à travers le poids des diktats sociétaux et ses blessures intérieures collatérales.
Là encore, la réussite qui cristallise ce volcanisme bouillonnant tient dans le personnage de Toni, fuyant sa condition (un homosexuel amoureux de son meilleur ami) et sa généalogie (tout son futur tient dans la certitude que sa grand-mère aurait eu une relation avec un riche propriétaire napolitain). De quoi dérouler sans une seule once de pathos un final amer, et d’installer Marine Atlan comme une vraie cinéaste à suivre !
La Gradiva sortira au cinéma le 4 novembre 2026
avis
Avec La Gravida, Marine Atlan frappe fort avec ce premier film étonnamment mature dans son écriture et sa mise en scène. En résulte une virée napolitaine aussi brute que touchante, disséquant la quête existentielle de ces adolescents avec un œil singulier, un casting amateur de talent et une réelle émotion jamais placardée. Fort !
