La première série live action du tiré de l’univers du Spiderverse débarque sur Prime Vidéo avec Spider-noir, version alternative de notre tisseur sauce film noir.
Il y aura donc fallu attendre autant de temps que le catalogue de l’homme araignée se décline sur le petit écran ! Autant dire que Sony et sa patronne Amy Pascal ont quelques trains de retard face à la concurrence. Produit par Lord et Miller, déjà derrière les Spider-verse où Spider-Noir faisait déjà acte de présence et showrunné par Oren Uziel et le vétéran Steve Lightfoot (The Punisher, Hannibal), tout cela donnait l’eau aux mandibules. La série nous a-t-elle pris dans sa toile ?
Elle raconte l’histoire du détective privé Ben Reilly. Suite à la mort de la femme qu’il aime, le héros à remisé son masque. Mais il va devoir le ressortir pour affronter la pègre locale et des surhumains fraichement sorties des fagots. Acceptera-t-il les grandes responsabilités de son pouvoir ? Comme le laisse penser le résumé, le canevas narratif est assez convenu. Et c’est sûrement de ce côté du spectre que la série déçoit le plus. L’histoire, sans être déplaisante, déroule ses files de manière totalement attendue et peine à vraiment créer de la surprise. Ou même avoir une quelconque force dramaturgique. Et cela malgré le mixe évident de deux genre du cinéma : le super-héros et le film noir.

Sur certains aspects le mélange arrive à prendre forme de façon plaisante. Le show va quelque peu à l’encontre d’un manichéisme : Silvermane n’est pas un psychopathe assoiffé de violence, Cat Hardy est aussi bien une allié qu’une adversaire par moment, Ben Reilly a son côté couard alcoolique anti-héroïque. Mais le show peine à rutiler pleine puissance lorsqu’il s’agit de pleinement embrasser le côté vénéneux et moralement ambigu des films noirs. Malgré quelques virevoltes dans le genre, in fine la série retombe sur ses 8 pattes du show super-héroïque classique.
Et même dans cet aspect, elle se retrouve prisonnière de son faible budget pour pleinement fournir l’épique du récit super-héroïque. Certains combats faisant penser dans leur mise en scène à l’époque des séries CW, en mieux fait heureusement. Mais on ne peut s’empêcher de se dire que pour un Spider-Man, il est très souvent cloué au sol… Un peu le syndrome de The Boys où des personnages peuvent littéralement soulever des montagnes mais on les fait combattre dans des petites pièces.
Spider-Noir, une très belle toile
Mais là où la série arrive définitivement à nous choper dans sa toile, c’est grâce à son esthétique. Elle embrasse pleinement les codes graphiques du film noir. Mais sans oublier de les moderniser en usant de moyens techniques d’aujourd’hui. Cela fait de Spider-Noir un hybride unique. La série n’hésite pas à verser parfois dans des excentricités visuelles expérimentales. La direction artistique et la photographie sont de la véritable soie pour les mirettes. Que ce soit pour la version noir et blanc ou la couleur !
Alors qu’on aurait pu penser que seul le noir et blanc serait optimisé, la version couleur resplendit tout autant. Elle travaille une colorimétrie saturée et des décors/costumes absurdement (dans le bon sens du terme) flashy pour rappeler les cases de comics. Concernant la version en nuance de gris, elle réussit là où d’autres productions ont échoué leur conversion, tel Logan ou Fury Road. Elle acquiert une véritable matérialité. La construction de la lumière sculptée par des ambiances fumeuses et les sources extrêmement directionnelles arrivent à construire des images qui impriment la rétine.

Une approche esthétique qui pousse à visionner la série dans chacune de ses versions ! Mais au delà du visuel, elle arrive aussi à trouver son ton unique. C’est la grande force du style Lord & Miller, qui alterne pur écart absurde (à l’image des pantomimes de Cage qui colle bien au rôle) et moment de poésie. Ou bien de pure horreur (on veut en voir plus de ce Man-Spider !). L’ensemble du casting est par ailleurs très convaincant et chacun arrive à développer une corporalité qui lui est propre. Ils sont tous iconisés à un moment et cela fait plaisir.
Spider-Noir est donc à notre sens un semi succès. Elle s’avère décevante dans son aspect narratif convenu manquant d’enjeu. Pour autant elle déroule une histoire pas déplaisante à suivre. Mais sa grande réussite se trouve dans son visuel qui en fait une série vraiment unique. On ne peut que lui souhaite du succès pour avoir le droit à une saison 2 plus ambitieuse. Noir c’est noir, il y a de l’espoir.
Spider-Noir est disponible sur Prime Video à partir de ce mercredi 27 mai.
Avis
Spider-Noir est une série qui marque plus pour ses visuels et sa mise en scène d'orfèvrerie que par sa capacité narrative à nous laisser bouche bée.
