The Furious est un film d’action asiatique multi-référentiel, convoquant des talents du Japon, de Hong-Kong et de l’Indonésie. Mis en scène par Kenji Tanigaki, cet uppercut au scénario programmatique s’impose néanmoins comme un marqueur de par ses séquences de combat absolument exceptionnelles !
The Furious est un drôle de film. De prime abord, on pense forcément qu’il s’agit d’un énième film indonésien musclé dans le sillage de The Raid en voyant Joe Taslim (Mortal Kombat, The Night Comes for Us, Warrior) au casting. De plus, le film se déroule entièrement en Thaïlande, tout en étant produit à Hong-Kong, et emballé par un réalisateur et une équipe technique japonaise !

Un best-of en quelque sorte, piloté par Kenji Tanigaki : le réalisateur de The Furious a en effet fait ses armes à Hong-Kong en tant que chorégraphe et superviseur cascades (City of Darkness, Sakra, Raging Fire) et également réalisateur (la saga Kenshin). Avec ce film, il revient en territoire connu tout en convoquant plusieurs pans du cinéma martial moderne.
Scénario prétexte
The Furious nous présente ainsi deux protagonistes : Wang Wei (Mo Tse) est un immigré muet au passé trouble qui va devoir s’engager dans la traque des ravisseurs de sa fille Rainy. Au même instant, le journaliste Navin (Joe Taslim) recherche sa compagne disparue après avoir enquêté sur le même réseau de trafiquants d’humains. Les deux hommes vont ainsi se joindre dans une même lutte contre ces criminels.
Le scénario de The Furious semble aller vers du hardboiled pour gros yakayo… et nous ne sommes pas si loin de la réalité. Qu’on le dise tout de suite, Tanigaki ne s’embête pas trop en terme de dramaturgie . La narration est prétexte, voire même complètement programmatique pour un scénario régulièrement en pilotage automatique : filature de malfrats, grosses patates dans la margoulette, corruption policière, grands high-kicks dans le scrotum…

Comme dans une structure vidéoludique, The Furious organise une trame simple, ponctuée par les grands moments d’action. Le réel intérêt du métrage donc, d’autant que niveau casting tout le monde se débrouille en faisant le minimum syndical via cette curieuse volonté de tourner le film en langue anglaise. De quoi proposer un amenuisement de toute emphase émotionnelle… et curieusement ce n’est pas si grave que cela !
Non, car pour ce qui est de sa fonction première, The Furious réussit admirablement son postulat d’actioner complètement décomplexé… et même plus encore ! Tout comme un City of Darkness, le film de Kenji Tanigaki va encore plus loin pour proposer une synthèse totale du cinéma martial, tout en s’affirmant comme une nouvelle date dans le genre.
Monuments d’action
Chaque set-piece d’action se révèle unique, et parvient à renouveler sa grammaire et ses propres règles en cours de route. Le premier vrai pugilat de The Furious donne ainsi la couleur : débutant dans un marché désaffecté, le combat à 1v3 se poursuite à l’arrière d’un camion alors que l’opposant se munie d’une barre en fer comme arme de fortune. Enfin, l’action se conclue via une poursuite à pied dans les rues thaïlandaises.

Un mantra infusé le reste du film, nous emmenant dans un nightclub muni d’une cage où la caméra nous tease 2 combattants se jetant l’un sur l’autre comme dans un combat UFC. Toute l’intelligence de mise en scène est encapsulée dans ces quelques instants, en véhiculant au spectateur que chaque composante visible (la cage, les combattants, la verticalité du lieu, le coin VIP à l’étage, les coulisses) sera utilisée dans le déferlement de violence à suivre.
Et cela ne loupe à aucun moment, tant The Furious parvient avec une facilité déconcertante et un montage d’une fluidité admirable à proposer les meilleurs combats martiaux vus dans un film asiatique depuis facilement The Raid 2 ! Comme tout spectateur découvrant le ballet pyrotechnique insensé d’À Toute Épreuve à l’époque, on s’exclamera régulièrement durant ces 1h50 de folie furieuse élevant la baston au rang d’art.
Synthèse multi-référentielle
Fuite dans des couloirs exigus en se protégeant des assaillants avec une simple planche en bois, avant que la suite de l’action n’implique une moto en intérieur ; infiltration musclée avant un « combat de boss » en se balançant des blocs de glace avant de se tataner à coups de massue… The Furious est un bonheur pour tout aficionado du genre, entre influences de jeu vidéo (Sifu, Tekken), HK (difficile de ne pas penser à du Donnie Yen ou du Jet Li par instants) et cinéma indonésien.

Mais outre une technicité et un savoir-faire hors-pair à ce niveau, The Furious propose du jamais-vu dans la construction crescendo de ses scènes d’action. Combinant plusieurs styles de combat (judo, pencak-silat, karaté, kung-fu, jiu-jitsu), la résultante est une symbiose totale magnifiée par un montage rendant pêchu même des enchainements au sol ou des acrobaties délivrés sur des surfaces de 2m carré. Un bel exemple et cet amoncellement d’adversaires que l’ultra-badass Mo Tse tabasse à coups de marteau dans le but de créer un amoncellement de corps à gravir.
Climax qui fait mousser
Et si The Furious garde bien ses cartouches concernant les véritables bad guys du film, c’est pour nous terrasser via un superbe climax à 5 combattants aux styles complètement différents. 2 contre 3, puis 1 contre 1 ou 1 contre 3… tout s’enchaîne avec une science scénographique telle que les plans de coupes se raréfient dans le but d’admirer les changements d’action au sein du même plan !

L’occasion de pleinement utiliser la badassitude de Yayan Ruhia (The Raid) affublé de son arc ou encore du grand nemesis Joey Iwanaga (Alice in Bordeland) dont le look de binoclard fils à papa cache en réalité un redoutable psychopathe. De quoi pardonner la traitement ultra léger de ces personnages, tant The Furious est jusqu’au-boutiste dans l’exploitation de ses ingrédients.
Kenji Tanigaki est tel un amérindien chassant le bison : il utilise chaque partie de l’animal sans rien jeter au compost (cette séquence à coups de vélo avant qu’il ne reste que les pédales ou les chaînes pour se maraver..). En résulte une petite claque et une nouvelle référence du genre, malgré le fait que The Furious peine à donner plus d’incarnation à sa fibre dramaturgique. Reste un casting exploité vers des cimes de jouissance pure, une équipe cascades chefs-d’œuvresque et une grammaire kinétique sans failles.
The Furious sortira au cinéma le 10 juin 2026
avis
The Furious laisse sur le bas côté sa dramaturgie et toute emphase émotionnelle au profit d'un déferlement de violence confiant à la jouissance pure. Une synthèse du cinéma d'action asiatique autant qu'une nouvelle date dans le genre, le film de Kenji Tanigaki révolutionne de par l'exploitation jusqu'au-boutiste de ses set-pieces et la construction de ses incroyables séquences d'action. De la folie furieuse !
