Dans Le Virtuose de Daniel Roher avec Leo Woodall et Dustin Hoffman, Niki est un jeune homme souffrant d’hyperacousie. Apprenti accordeur de piano, formé par Harry Horowitz, Niki voit sa vie basculer lorsqu’il découvre que son ouïe hors-norme lui permet de forcer des coffres-forts. Une capacité qui va vite attirer l’attention de criminels…
Le Virtuose de Daniel Roher réinvente le film de casse grâce à des personnages profondément attachants et une mise en scène rythmée. Avec Dustin Hoffman et Leo Woodall dans le rôle principal, le long-métrage est la promesse d’un bon moment assuré.
Le monde est définitivement trop bruyant
Sur le papier, un film de braquage dans lequel un jeune homme se retrouve pris dans un engrenage sans fin… on connaît. Et pourtant, Le Virtuose réussit à se démarquer. Sans être le chef d’œuvre de l’année, Daniel Roher modernise le film de casse amateur. A l’instar de The Mastermind de Kelly Reichardt ou James avait tout du Monsieur Tout le monde, Niki dans Le Virtuose l’est tout autant, mais avec un fort capital sympathie en prime. Jeune apprenti accordeur de piano, formé par Harry Horowitz (Dustin Hoffman), Niki (Leo Woodall) est doté entre autres de l’oreille absolue. Faisant de lui un accordeur hors-pari, et donc… un virtuose. Un don qu’il ne tardera pas à mettre à profit du crime organisé.

Dans Le Virtuose de Daniel Roher, Niki souffre d’hyperacousie, une condition considérée comme le trouble de l’audition le plus fréquent. Tous les sons sont exacerbés, les rendant ainsi dérangeants voire douloureux. Dans un monde en permanence bruyant, on imagine très bien la souffrance de ceux qui en sont atteint. Certains témoignent même que le son de leur propre voix leur est devenu intolérable. Dans le long-métrage de Roher, Niki ne quitte jamais ses bouchons d’oreilles ou son casque anti-bruit. Une faiblesse qui rend d’autant plus attachant ce grand gaillard un peu taiseux. Parce que oui, Niki n’est pas très bavard, on ne sait pas grand-chose de lui ou de l’accident qui l’a conduit à être ainsi. On sait surtout que c’est un sacré génie !
De l’apprenti accordeur au braqueur en herbe
Cette hyperacousie est ce qui conduit Niki à entrer dans l’engrenage sans fin des braquages, motivé par l’appât du gain croissant. Ce basculement se fait via une faille scénaristique un peu obscure, mais il faut avouer qu’on passe vite outre. De la raison qui le pousse à se rendre compte qu’il peut ouvrir les coffres fort à l’oreille, à sa première rencontre avec la bande d’Uri, tout ça est un peu grossier. Mais le fond affectif nous fait vite passer l’éponge. En effet, la carte du vieil oncle ou mentor qui se retrouve endetté fonctionne toujours. Dustin Hoffman endosse ce rôle à la perfection dans Le Virtuose. Très grand acteur que l’on ne présente plus, Hoffman, ses 88 ans et son sourire enjôleur ne peuvent que nous émouvoir. On aurait presque eu envie que le personnage d’Harry prenne plus d’importance.

Lorsque Niki découvre son « don », la frontière entre fiction et réalité s’affine. On ne peut s’empêcher d’entendre cette fameuse phrase « ça n’existe que dans les films ». Certes, Le Virtuose en est un. Mais il y a quelque chose d’assez ironique à le voir regarder un tuto sur YouTube pour expliquer comment forcer un coffre-fort. On a tous en tête l’image de celui qui écoute au stéthoscope avant de faire signe à ses comparses. Ici, c’est un niveau au-dessus, Niki a juste besoin de retirer ses propres écouteurs conçu pour amortir les sons. C’est sans aucun doute dans cette particularité du personnage que réside l’originalité du film. Parce que si on voit venir les problèmes à des kilomètres, Le Virtuose parvient à nous faire rester et à piquer notre curiosité.
Des personnages qui changent tout
Dans Le Virtuose, s’il y a le personnage d’Harry, il y a bien évidemment aussi celui de Ruthie (Havana Rose Liu), elle nous offre une autre palette de la personnalité de Niki. Elle est cette jeune pianiste extrêmement douée qui rencontre Niki au détour d’un accordage. Si on sait, dès l’instant qu’elle apparaît à l’écran que ces deux-là vont avoir une idylle, il n’en est pas moins qu’ils sont tous les deux adorables. Harry, Ruthie et Martha nous donne des clés sur Niki, étayant sa personnalité d’apparence plutôt renfermée. Lorsqu’on est soi-même sensible à certains sons, on ne peut que se reconnaître dans le comportement de Niki dans Le Virtuose. Aussi bien dans le repli sur soi, que dans ce choix d’éviter certaines situations. De fait, même dans ses silences, Leo Woodall touche dans le juste.

La vie que mène Niki lorsque la nuit tombe, est nécessairement vouée à mal se terminer. Rien de bien nouveau, si la caméra tourne c’est pour raconter quelque chose. Curieusement, c’est un personnage auquel on ne s’attendait pas trop qui amène la tension scénaristique à son paroxysme. Dans Le Virtuose Jean Reno incarne un grand maître que Ruthie cherche à impressionner, dans le but de devenir son assistante. Cette rencontre entre les deux personnages est ce qui va tout bouleverser, et ce, à cause d’une erreur de Niki. Malheureusement, le personnage de Reno détonne fortement. Si tous les autres membres du casting sont relativement crédibles dans leur rôle, la démarche presque cartoonesque du dernier brise l’illusion. Particulièrement dans la dernière scène, Reno casse la magie de la rédemption de Niki et on est presque content de le voir disparaître.
Malgré quelques incohérences et faux-pas, Le Virtuose de Daniel Roher s’inscrit parfaitement dans la lignée des films de casses léger, oscillant entre romance naissante et dilemme morale entre légalité et criminalité.
Le Virtuose sortira en salles le 27 mai 2026
Avis
Le Virtuose est le genre de film qu’on a plaisir à regarder. Des personnages très attachants, un scénario qui réussit à ne pas trop verser dans le déjà-vu, l’assurance d’un bon moment à passer !
