15 longues années après la fin de la série, voilà que Scrubs est de retour pour une saison 10, ou un revival (on ne sait pas vraiment) qui s’annonce aussi délicieusement nostalgique que malheureusement daté.
Médecin généraliste en banlieue, J.D. remet les pieds au Sacré Coeur pour suivre une patiente et retrouve Turk, Elliot, Carla & le docteur Cox, et la machine repart comme si de rien n’était. Le revival de Scrubs a été lancé sur ABC le 25 février 2026 (sur le territoire américain) avec deux épisodes d’un coup, mais ne sera diffusée que depuis le 15 avril chez nous, pour ceux qui voulaient attendre la VF d’antan. L’attente valait-elle le coup de se replonger das ce mélange singulier entre médecine, névrose, camaraderie et petites fulgurances sentimentales qui faisait le sel de la série d’origine ? Eh bien justement, rien n’a vraiment changé, ou alors pas de la meilleure des manières…

ABC vend l’ensemble comme une saison 10 de Scrubs, suite directe des saisons précédentes au sein du Sacré-Coeur. Commandée en juillet 2025 via le créateur Bill Lawrence (Shrinking, Ted Lasso…), ici producteur exécutif, et Aseem Batra, showrunner de ce retour, la série permet donc de retrouver Zach Braff, Donald Faison et Sarah Chalke en réguliers, pendant que John C. McGinley et Judy Reyes gravitent autour d’eux dans l’hôpital, entourés d’une génération plus jeune chargée d’assurer le relais, malgré des internes plus sentimentaux ou adeptes de Tiktok. Une suite en bonne et due forme, avec quelques rides en plus et un contexte un peu rafraîchi.
Scrubs un jour, Scrubs toujours
Ce qui frappe, et c’est ce qui faisait peur aux puristes que nous sommes, c’est de voir à quel point la narration n’a presque pas bougé, ce qui est, de prime abord, jouissif. Revoir J.D. partir dans ses visions mentales, entendre Carla jouer les boussoles morales, retrouver Cox et ses railleries, ça nous titille pile là où ça fait du bien ! Scrubs (mais surtout Bill Lawrence) comprend très bien ce qu’on venait chercher, soit le plaisir de revoir tout le monde, avec leurs failles, leurs rancœurs, leurs petites tristesses d’adultes et cette façon de transformer l’hôpital en terrain de jeu sentimental. On retrouve même, par instants, une façon très simple d’être ému sans que la série ait besoin d’en faire des caisses, via une musique de Coldplay appuyée ou un sourire compatissant bien placé. Ils sont forts.

Là où le bât blesse c’est que ces deux épisodes paraissent un peu trop appliqués. Comme s’ils voulaient rassurer et nous montrer que les personnages étaient toujours là, identiques à ceux qu’on connaissait 15 ans plus tôt. Du coup, le fan service prend parfois toute la place et certains personnages réapparaissent comme on cocherait une case de présence. De quoi lisser la série au lieu de la faire évoluer alors qu’elle est elle-même consciente de ce qui a changé depuis les années 2000. Elle pige (et explicite via les personnages) les nouveaux réflexes, les nouvelles sensibilités ou les nouveaux tabous (d’où est-ce que J.D. appelle Turk « ours des mers » et non « ours brun » ?!), sauf qu’à force, de méta elle en devient parfois artificielle. Un peu datée, un peu figée, un peu cringe, comme une série qui aurait peur d’être elle-même tout en refusant vraiment de devenir autre chose. Une sorte de madeleine de Proust mais dessechée.

Heureusement, il reste les acteurs, et ils sauvent beaucoup. Zach Braff a encore cette maladresse flottante qui rend J.D. immédiatement fréquentable, Donald Faison garde sa vivacité de pote idéal, celui qu’on retrouve comme si on l’avait quitté la veille et Sarah Chalke, elle, apporte quelque chose de plus nerveux, de plus vivant. Même quand les scènes appuient un peu trop leurs retrouvailles, leur alchimie fait tenir l’ensemble, tout comme la forme du show, elle aussi, fidèle à son ADN. Une sitcom vive, légère, farfelue, agréable, oui, mais c’est aussi là qu’elle plafonne, sans jamais tenter quoique ce soit de neuf.
Ces deux premiers épisodes de Scrubs version 2026 proposent un retour aimable, touchant, parfois franchement réjouissant, mais trop souvent prisonnier de sa propre identité. Au final on sent que la série aura du mal à être autre chose qu’un souvenir bien rangé dans une blouse propre.
Scrubs 2026 est diffusée depuis 15 avril sur Disney+.
Avis
Ce revival de Scrubs version 2026 est aussi appréciable qu'une belle madeleine de Proust croustillante, sauf qu'à trop suivre la même recette, elle parait finalement plutôt desséchée...
