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Accueil - Cannes 2026 – Critique Clarissa : drame social nigérian émouvant signé Chuko et Arie Esiri
Critique Clarissa - drame social nigérian émouvant signé Chuko et Arie Esiri
© Per Capita Productions
Cinéma

Cannes 2026 – Critique Clarissa : drame social nigérian émouvant signé Chuko et Arie Esiri

Mathis Moser Mathis Moser25 mai 2026Aucun commentaireIl vous reste 5 minutes à lireUpdated:26 mai 2026
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Femme de la bourgeoisie nigériane, Clarissa profite d’une réception chez elle pour revoir d’anciennes connaissances. Les frères Esiri proposent une fresque contemporaine du Nigéria, avec un portrait en beauté et en simplicité.

Les héroïnes sont mises à l’honneur dans ce festival de Cannes, et notamment au sein de la Quinzaine des cinéastes. Au Nigéria, on rencontre Clarissa, femme affable de la haute société qui, au détour d’une soirée en grande pompe, va se plonger dans ses souvenirs : ses relations actuelles et passées, les amours, les destins manqués. Une belle réflexion sur la haute société mais aussi l’insurrection ou encore l’introspection qui émane de sa singularité narrative.

Librement inspiré du roman Mrs Dalloway de Virginia Woolf, les deux réalisateurs Chuko et Arie Esiri transplantent ce récit dans le Nigéria contemporain. En reprenant les personnages de Septimus, jeune ex-militaire traumatisé par la guerre, mais surtout de Clarissa, ou Mrs Dalloway, ils réitèrent ce questionnement de la double identité, à travers l’introspection. Dalloway est l’image sociale et bourgeoise renvoyée aux autres, et Clarissa est la femme, l’intériorité.

On voit double avec Clarissa

Et pour réaliser cette fresque de la société, Chuko à l’écriture et Arie à la réalisation décident d’opter pour un récit à double narration. Ce choix nous pousse à la réflexion sur son reflet et la notion de double. L’altérité déjà entre la bourgeoisie et les classes populaires. Mais aussi en tant qu’image de soi et celle qu’on renvoie aux autres. Et c’est en plongeant dans ces souvenirs qu’on comprend un peu plus le personnage. Sophie Okonedo incarne la Clarissa bourgeoise tandis qu’India Amarteifio (Bridgerton) interprète à merveille une Clarissa plus dans la compréhension de soi, dans une jeunesse qui cherche à comprendre qui elle est.

Critique Clarissa - drame social nigérian émouvant signé Chuko et Arie Esiri
© Per Capita Productions

Le modèle d’origine est respecté, et même très bien réapproprié. L’œuvre originale sur laquelle les deux frères peignent devient une vision plus personnelle, ils y reflètent leur histoire, leur culture, et réussissent cette transition de la littérature aux salles de cinéma. Un exercice pas facile du tout, et peu maîtrisé. Si ce double récit est parfois compliqué à mettre en place, sans perdre son spectateur ou bien parfois trop l’expliciter, Clarissa est bien plus qu’un film introspectif.

Un contexte fort et pourtant mis au second plan

L’un vrai sujet du film est d’aborder des sujets plus sociaux et politiques, déplacés en second plan de manière consciencieuse, pour montrer cette distance de la haute société avec un monde opposé. Dès les scènes de flash-back, on voit comment les gestes et les mœurs de la bourgeoisie choquent Clarissa et son groupe d’amis. En revenant dans le présent, on voit qu’ils s’y sont tous accommodés, ils les poursuivent même. Cette déconnexion est montrée de manière intelligente et montre comment les rapports de classe dans la bourgeoisie nigérienne ont continué de perdurer.

Critique Clarissa - drame social nigérian émouvant signé Chuko et Arie Esiri
© Per Capita Productions

L’une des brillantes idées des deux jumeaux Esiri est d’aborder le conflit armé et le contexte politique du Nigeria. En suivant Septimus, on aborde l’insurrection du pays, toujours très marqué par le colonialisme, mais aussi la peur et les tensions armées du pays. Le personnage et même ses traumatismes sont relayés au second plan, c’est la déliquescence de l’État. Le sujet des démocraties, de la religion, est toujours abordé au détour d’une conversation mais jamais jusqu’à Clarissa, représentant le sommet de cette bourgeoisie. La Nigériane entend parler de Septimus et n’a que de la peine et de l’incompréhension. 

Un récit qui suffit au film

Si le rythme du film et les propositions créatives dans le montage, la mise en scène ou la composition des plans pourraient mériter un travail plus insistant, le long métrage réussit quand même à briller, et à se démarquer. Cette confrontation douce-amère avec le passé amène à des propositions plus qu’intéressantes : on interroge le concept d’avenir, celui vu par les bourgeois comme par les militaires. Et se plonge dans les relations de Clarissa, qui ose enfin à la fin du film décrocher son masque et avouer qu’elle n’est pas si heureuse que ça. Un grand pas, qui résonne avec les temps si nostalgiques et les séquences tout de suite plus colorés de la jeunesse.

Critique Clarissa - drame social nigérian émouvant signé Chuko et Arie Esiri
© Per Capita Productions

Avec un format 35 millimètres, la caméra met l’accent sur sa photographie, elle fait respirer ses acteurs et leur offre de très belles scènes. On retrouve Ayo Edebiri et Toheeb Jimoh qu’on a vu grillés récemment dans les géniales séries : The Bear et Ted Lasso, respectivement. Dans les rôles titres, plus adulte, on retrouve les magnifiques Sophie Okonedo et David Oyelowo. Le jeu d’acteur et la poursuite du développement de leur personnage sont rondement menés, notamment grâce à une direction d’acteurs si bien menée.

Clarissa : un pari réussi

Les deux frères réussissent brillamment cette libre adaptation en lui donnant une plus-value : créer une réflexion sur le Nigéria actuel, ses classes sociales et comment l’histoire du pays, mais aussi le contexte historique, sont parfois délaissés et ignorés par les classes plus riches. L’évolution de Clarissa marque les problèmes et le fonctionnement profond de la société dans laquelle elle évolue et qu’elle représente désormais, bien qu’elle n’ait pas toujours été comme ça.

Clarissa reste quand même un beau drame, assez émouvant, qui se démarque par sa proposition narrative et laisse sur le côté une vraie identité visuelle marquante et profonde. On se contente d’une photographie et d’une distribution qui représentent à merveille ce scénario. On traite de la nostalgie, des amours de jeunesse, de destins manqués, et ce sont universellement des thèmes qui nous touchent, alors pari réussi !

Clarissa sortira dans les salles françaises courant 2026. Retrouvez tous nos articles du festival de Cannes ici.

avis

7 Sublime comédie dramatique

Arie et Chuko Esiri saisissent parfaitement l’essence de l’œuvre originale en proposant un projet avec du sens et une grande pertinence. Plongés dans le Nigéria contemporain, Clarissa nous parle de dualité, d’idéalisation sociale et de crise politique. Si la forme pouvait proposer plus de matière, le fond lui est maîtrisé du début à la fin.

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Cannes
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