Le Resident Evil de Zach Cregger (Barbare, Évanouis) peut se targuer d’être le meilleur film adapté d’un jeu vidéo. En tant que grand fan de la franchise de Capcom, le réalisateur a-t-il réussi la transposition du survival horror sur grand écran ? Retours sous le signe du spoiler :
Ahhh on l’attendait ce Resident Evil ! Et ce pour plusieurs raisons : tout d’abord il s’agit du troisième film du surdoué Zach Cregger, après les réussites qu’étaient Barbare et Évanouis. De l’autre, la saga Resident Evil (ou Biohazard pour les puristes japanophiles) a beau être en belle forme vidéoludiquement (notamment à travers les Remakes des jeux originaux ou son 9e opus best-of), toutes ses précédentes adaptations ont échoué à transcrire les codes fondamentaux de la franchise.
On a beau avoir (parfois) de la sympathie pour le film de 2002 (voire même celui de 2004) lors de soirées pizzas-bière, difficile d’excuser le je-m’en-foutisme total des navets impliquant Milla Jovovich. Pire : le fameux Bienvenue à Raccoon City sorti en 2021 semblait apposer le dernier clou du cercueil en signant un produit à peine digne d’un direct-to-video des années 2000.
Réal qui sait de quoi il parle
Mais lorsque Resident Evil revient avec à la barre un réel passionné de la franchise, autant qu’un cinéaste supérieur dans le genre, on ne peut que frétiller. Et autant le dire d’emblée : le résultat est à la hauteur ! Pourtant, on tient là un drôle d’objet lorsqu’on s’y penche de plus près. Point de membres intrépides des S.T.A.R.S, pas d’Albert Wesker faussement nébuleux, ni de Léon S. Kennedy adepte de punchlines des 80’s.

©Metropolitan Films
Pourtant, Zach Cregger réadapte Resident Evil de manière à la fois fidèle et singulière. En effet, on y suit Bryan (un Austin Abrams absolument parfait en Pierre Richard pas si éloigné de son rôle dans Weapons), un coursier mandaté pour transporter un colis à l’hôpital de Raccoon City. Problème : il s’agit là encore du théâtre d’une invasion zombie, véritable point de départ de la saga vidéoludique.
Mais là on suivait (dans les opus 1 à 3) des policiers compétents, le Resident Evil de Zach Cregger nous propose un récit complètement stand-alone comme RE Outbreak. Une véritable force, qui évite tout fan-service grossier, et permet ainsi une plus grande latitude créative. D’aucun pourrait dire qu’il s’agit ici d’une tentative éhontée de capitaliser sur une IP pour faire un vulgaire film de zombies (en y mettant de la neige), mais il ne faudra pas bien longtemps pour comprendre que ce ride ininterrompu d’1h30 fait une véritable diégèse de l’ensemble des opus.
Quand le personnage tertiaire devient protagoniste
En effet, on peut aisément se dire que cette traversée jusqu’à l’hôpital (où quelques scientifiques d’Umbrella Corporation travaillent sur un antidote au virus T) se déroule en même temps que RE 2 et RE 3, mais Cregger parvient dans un super numéro de diégèse à convoquer toutes les tonalités de la franchise. Le film enchaîne ainsi tour à tour séquences de pure tension (cette chorégraphie filmique initiale autour de la voiture de police ou au sein de la maison), de gore craspec (globalement chaque mise à mort ou le tiers final du film) et même d’humour.

©Metropolitan Films
Ce recours au second degré peut être vu comme un dialogue métatextuel de la part de Cregger adepte de clins d’œil, mais c’est oublier que Resident Evil en tant que franchise nous a aussi abreuvé de franches rigolades (voire de moments nanardesques) en trois décennies. Le théorème de l’élastique est ainsi appliqué, alors que le spectateur expérimente toutes les sensations éprouvées par le joueur : de l’anxiété anticipatoire en se demandant quelle menace est présente dans un lieu (les quelques plans en FPS sont d’ailleurs judicieusement placés), le travail sur le hors-champ à travers le son, la recherche d’armes et la gestion des rares munitions, la nécessité de viser sous pression, des cadenas verrouillant chaque accès (beau ressort comique), l’isolement quasi-intégral du protagoniste, des rencontres allant crescendo dans le cradingue avec les monstres…
Festival mutant
Le Resident Evil vu par Zach Cregger offre donc paradoxalement un regard largement plus sincère et fidèle vis-à-vis du matériau d’origine que ce qu’on pourrait croire. Conscient que la figure de l’infecté zombiesque est passé de mode (28 Ans Plus Tard, The Last of Us) depuis ses origines italiennes avec Romero et Fulci, le réalisateur convoque avant tout un bestiaire principal bien plus vaste, et directement hérité des jeux : on pense évidemment aux chiens (dont la première apparition haute en couleurs fait mouche), mais surtout aux amalgames difformes (très Inside-like dans l’âme) inhérents aux symbioses engendrées par le virus T.
La rencontre avec la fillette dans le camping-car est ainsi particulièrement réussie, jouant habilement avec la figure innocente de l’enfant, son pied difforme et la finalité explosive de cette altercation pour combiner le vrai fun gonzo cher à l’ADN de Resident Evil. De quoi offrir une recette qui dénote du tout venant horrifique cinématographique, quelque part entre After Hours et The Thing.

©Metropolitan Films
On regrettera peut-être une portée intimiste finalement prétexte (le thème de la paternité comme Exit 8), ainsi qu’un récit finalement primaire dans ses intentions. Mais après tout, Zach Cregger fait du Resident Evil, et c’est justement dans cet aspect que cette adaptation transpose efficacement la substantifique moelle d’une saga qui a plus à voir avec un mariage immersif des genres et de tons que de lore hasardeux.
La meilleure adaptation de jeu vidéo au cinéma
Et jusque dans son final grand guignolesque résolument réjouissant, Resident Evil clôt toute porte ouverte à une suite ou échappatoire pour Bryan alors que l’antidote lui échappe. Seul reste sa carcasse de Tyran protéiforme en ligne de mire des missiles d’hélicoptère, avant que Racoon City ne soit rasée. Zach Cregger nous abreuve ainsi d’une vraie série B irrévérencieuse et ultra généreuse dans son humilité, qui ne perd jamais le néophyte, tout en abreuvant le fan avec sa propre sensibilité, comme si on suivait le court (mais intense) périple d’un personnage secondaire. La meilleure adaptation d’un jeu vidéo sur grand écran ? Très certainement !
