Présenté en Séance de Minuit au Festival de Cannes 2026, Jim Queen est un film d’animation français produit par Bobbypills (Crisis Jung, Creature Commandos) et réalisé par Nicolas Athané & Marco Nguyen. Le résultat est autant une quête émancipatoire fendarde et une satire à boulets rouges sur le monde queer.
Jim Queen peut se targuer de proposer d’emblée le pitch le plus loufoque de 2026. Présenté à Cannes en Hors Compétition et à Annecy, ce film du studio français Bobbypills prend place dans un monde uchronique. Nous sommes à Paris, et l’essentiel de la population est… homosexuelle ! Et dans ce monde plus précisément queer, le spectateur est immédiatement introduit auprès du personnage éponyme Jim Parfait, à savoir un gros baraqué accro à la muscu et véritable star des réseaux sociaux.

Malheureusement, la vie de l’influenceur sera bouleversée par l’hétérose : cette nouvelle maladie virale transforme en effet les homosexuels en hétérosexuels ! Tandis que Jim Parfait perd sa stature d’icône de la scène parisienne, il va faire la rencontre fortuite de Lucien, un jeune éphèbe timide secrètement amoureux de lui. Ensemble, le duo va s’engager dans une aventure picaresque pour trouver un remède à ce virus menaçant le monde queer.
It’s a Queer World
Bref, Jim Queen affiche immédiatement une identité pop absolument délectable, servie dans une animation 2D flashy et stylisée. Véritablement frondeur, le film embrasse dès son introduction chantée (émulant les codes « Disney-iens ») toute une iconographie LGBTAQIA+. La résultante relève à la fois de la présentation d’un monde à part, mais également d’un macrocosme normalisé avec ses règles.

On pourrait en effet penser que Jim Queen arbore une posture déviante ou bien un regard disséquant la bizarrerie sous-jacente de toute cette culture. Mais dans un équilibre parfaitement tenu, le duo de réalisateurs réussit à rire de ce monde, tout en le normalisant. Cela passe par une peinture hyperbolique des différentes strates (les kiffeurs rôdant la nuit en parc, les drags maîtres du show nocturne…) d’un univers presque présenté comme un regroupement de clans d’un film de fantasy.
Ce sera particulièrement probant concernant ces accros aux chemsex représentés comme des goules zombifiées craignant la lumière, ou bien la caste antagoniste de la « Gaystapo » (des sado-masochistes déguisés en SS). De quoi proposer un cocktail détonnant et incroyablement fun, épousant les pérégrinations loufoques de Jim et Lucien dans une dynamique proche du buddy movie et de la comédie romantique.
Brûlot qui passe tout seul
Et si la mécanique prend finalement des sentiers plus classiques à mi-parcours, sous forme de récit émancipatoire, Jim Queen amène sans besoin de forceps une vraie dimension socio-politique. Cela passe par l’arc narratif centré sur Lucien, un « twink » comme décrit dans le film, refoulant son homosexualité aux yeux de sa mère Christine Bayer (un mix totalement assumé entre Christine Boutin vis-à-vis de son combat contre le mariage gay et le rôle des laboratoires Bayer pour l’histoire du sang contaminé).

Une antagoniste de choix, vouant sa vie à lutter contre ces « dégénérés d’homos » et contrer la chloroqueer du Dr Ragout (vous l’avez ?). Le résultat est une petite friandise singulière, qui tape juste : on est parfois proche d’un Dune de Frank Herbert (ces visions de Lucien parlant à sa prostate..) dans une diégèse irrévérencieuse et nécessaire.
Car là est l’exploit de Jim Queen : outre sa mécanique humoristique sans réelle limite, et derrière sa structure narrative référencée, le film parvient à fièrement lever le voile sur une contre-culture sans prosélytisme ou dolorisme forcé. L’animation n’est qu’un procédé, et prouve une nouvelle fois qu’il s’agit du meilleur médium en terme de proposition aussi unique qu’universelle. Pas mal non ? C’est français !
Jim Queen sortira au cinéma le 17 juin 2026. Retrouvez tous nos articles du Festival de Cannes ici.
avis
Avec Jim Queen, le studio français Bobbypills livre une petite perle d'irrévérence, jouant habilement des codes iconographiques queer dans le but de structurer sa quête émancipatoire. Le résultat est hilarant, et surprenamment politique. Une franche réussite !
