Critique Once Upon a Time… in Hollywood : la Madeleine de Proust de Tarantino

3 ans après son western glacial en huis-clos (Les 8 Salopards), Quentin Tarantino revient chez Sony Pictures pour un nouveau projet personnel au titre évocateur : Once Upon a Time… in Hollywood !

Once Upon a Time… in Hollywood est un Tarantino atypique d’ailleurs, plus lent, qui se regarde moins, mais qui est en totale adéquation avec toutes les thématiques de son cinéma (en questionnant d’ailleurs le réel et le fictionnel avec un côté sincèrement touchant)

Tout d’abord c’est un réel bonheur de naviguer dans cet Hollywood de 1969 recréé à la perfection que ce soit les rues, les studios, les costumes, la playlist encore une fois géniale. Le fait de reprendre bon nombre de personnages pré-existants comme vestiges d’un Age d’Or oublié (Steve McQueen, Martin Schwarz, ou bien sûr Sharon Tate) est sublimé par le grain de la photographie de Robert Richardson.

Critique Once Upon a Time in Hollywood
© Sony Pictures

On se plaira à deviner le scénario de Once Upon a Time… in Hollywood, qui va son évocation du conte mais également du western-spaghetti, résume à lui seul les intentions du film.

Once Upon a Time…un fantasme

En prenant 2 personnages lambdas fictionnels (l’acteur de TV Rick Dalton tenant de percer au cinéma, et son cascadeur Cliff Booth, homme à tout faire et meilleur pote contraint de rester dans l’ombre), Tarantino réhabilite finalement les figures oubliées ayant participé à ériger cet âge d’or qu’il affectionnait tant. Il le critique également avec légèreté en dressant une peinture de l’entertainment sous le signe de la loi de la jungle, et réussit finalement un numéro d’équilibriste hors-pair en ce qui concerne de laisser le « réel exister », lui qui se réfugiait toujours dans le fantasme fictionnel.

Critique Once Upon a Time in Hollywood
© Sony Pictures

Le film a des allures de virée dans une machine à voyager dans le temps, et si on est pas du niveau chef-d’oeuvresque d’un Roma qui arborait le même procédé, le tout se révèle passionnant. Ce malgré les digressions importantes du métrage (que ce soit une Margot Robbie/Sharon Tate, très bonne, se regardant au cinéma, montrant que tout le monde aspire à être aimé et appréciée au sein de ce milieu ; ou bien encore montrer le quotidien de nos 2 personnages).

Un Tarantino plus mélancolique

Entre scènes de films d’époque intra-diégétiques (où on retrouve le côté sale gosse et outrancier du réalisateur) et récit contemplatif tout en retenue, Tarantino distille tous les pions nécessaires jusqu’à un final jouissif (une échappatoire émotionnelle) porteur du message du film dans un sens mélancolique et utopique. La réalité rejoint la fiction, où le fantasme et la rêverie sont prônés, tout en y montrant une limite et une critique du Nouvel Hollywood qui s’annonce.

Critique Once Upon a Time in Hollywood
© Sony Pictures

Les saillies d’humour burlesques sont moins présentes qu’à l’accoutumée (ainsi que les effusions de sang), mais utilisées avec parcimonie au sein d’une histoire qui certes pourra diviser de par un caractère désabusé, mais qui reste passionnante et montre une certaine maturité chez son réalisateur.

Un casting en or massif

Concernant le casting, Leonardo DiCaprio est évidemment impérial en acteur bipolaire aspirant à une place dans ce monde (une scène impliquant la jeune Julia Butters est tout simplement excellente). Son duo avec un Brad Pitt transpirant le badass et la cool attitude (avec de vrais moments de bravoure Tarantiniens) n’a pas de prix. Une paire de potes dans la plus pure tradition du réal. Si le reste de la distribution (de Margaret Qualley à Margot Robbie, en passant par Kurt Russel et Al Pacino) ont souvent des rôles faisant office de caméos, il n’y a pas de fausse note.

En conclusion, Once Upon a Time…in Hollywood est un très bon film tout simplement. Un excellent tour de force de part ses sous-couches de lecture et le fait d’avoir une capsule temporelle fabriquée avec autant de soin et d’amour.

CharleyD

Once Upon a Time … in Hollywood est sorti le 14 août 2019, et en DVD/Blu-Ray le 14 décembre 2019

Avis

8 Très bon
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