Butterfly Jam a ouvert la sélection de la Quinzaine des Cinéastes au Festival de Cannes. Ce troisième film de Kantemir Balagov est malheureusement une déception, malgré son casting (Barry Keoghan, Riley Keough et Harry Melling).
Kantemir Balagov est un jeune réalisateur tcherkesse (communauté circassienne dont le territoire fut assimilé par l’ex-URSS) qui avait frappé fort avec Tesnota et Une grande fille. Butterfly Jam est ainsi un retour des années plus tard, pour son premier film tourné en langue anglaise. Pour autant, cette proposition ramassée d’1h40 bénéficie toujours de la patte de son réalisateur, intéressé à explorer la diaspora tcherkesse de Newark.

Pour autant, Butterfly Jam affiche dans son casting principal des acteurs comme Barry Keoghan (Bird), Riley Keough (Under the Silver Lake) et Harry Melling (Pillion). Au centre de cette petite famille tcherkesse se tient le jeune Temir (Talha Akdogan), le fils d’Azik (Barry Keoghan). Ce dernier tient un restaurant spécialisé dans les delens (galettes typiques de la diaspora), tandis que le fils de 16 ans s’entraîne pour devenir lutteur.
Mais lorsqu’Azik s’engage dans une décision censée impacter son business, la trajectoire du père et du fils va drastiquement changer. Il y a dans Butterfly Jam une énergie initiale pas si éloignée du cinéma des Safdie ou d’un Sean Baker. Entre le film de genre et la chronique familiale ou culturelle, Kantemir Balagov parvient grâce à son œil de cinéaste à transcrire un réel sentiment d’authenticité vis-à-vis du milieu dépeint.
Une histoire de confiture
Cela passe par cette ambiance de Newark (pourtant le film a été tourné dans le Nord de la France et non dans les rues de The Sopranos!), mais par ses séquences de vie communautaires. L’ouverture de Butterfly Jam est d’ailleurs la meilleure séquence du film, prenant place autour d’une table où delens, dialecte tcherkesse (accent des comédiens américains-britanniques à l’appui) et présentation de personnage se superposent naturellement.

Ce faisant, le protagoniste d’Azik est immédiatement caractérisé comme un roublard typique du cinéma de gangster : un pater familias à la petite semaine proche de l’escroc au grand cœur. Tout est encapsulé dans le titre du film et dans cette tirade de Barry Keoghan, affirmant avoir réalisé la meilleure confiture en prenant comme ingrédients des papillons.
« Je peux faire de la confiture avec n’importe quoi » est ainsi le mantra du personnage et véritable moteur de Butterfly Jam. Le souci est que pendant 50 minutes, Kantemir Balagov délaye complètement toute la dramaturgie installée (à l’image du personnage de Temir, s’entichant d’une autre lutteuse atteinte d’acné). Le film pâtit ainsi d’un rythme sans tenue, jusqu’à un double évènement perturbateur. Le tragique fracasse l’équilibre familial branlant, avant que le script se révèle timoré dans l’exploitation du drame central.
Thématiques présentes sans rigueur dramaturgique
Pourtant, Butterfly Jam affiche en filigrane tout un regard équivoque sur la notion d’héritage, de recherche de fierté… et de masculinisme ambiant consubstantiel. Des idées instinctivement transcrites et comprises par le spectateur, tout comme l’utilisation relativement étonnante de Monica Bellucci (déifiée et idéalisée dans une peinture murale avant d’apparaître plus âgée en tenant un stand sur une route paumée).

Malheureusement, Kantemir Balagov échoue à rendre engageant ou émotionnel cette histoire embuée au sein du microcosme tcherkesse. Le plus bel exemple tiendra dans la trajectoire du personnage de Temir, dont l’émancipation passe uniquement par le traumatisme sans réel cheminement dramaturgique derrière. Harry Melling joue un personnage moqué pour son apparente « faiblesse » : là encore toute sa trajectoire paraît logique via le traitement du regard d’autrui vis-à-vis de cet oncle simplet.
Butterfly Jam loupe ainsi le coche de proposer une vraie tenue narrative pour pleinement explorer la psyché d’un casting surtout circonscrit au point de vue masculin (malgré Riley). En résulte une déception tout simplement, faisant presque office de premier jet de scénario.
Butterfly Jam sortira au cinéma en 2026. Retrouvez tous nos articles du Festival de Cannes ici.
avis
Avec Butterfly Jam, Kantemir Balagov sacrifie la tenue dramaturgique au profit de l'authenticité. En résulte une plongée dans la diaspora tcherkesse plutôt incarnée, mais délayant son intrigue et desservant ses thématiques abordées. Pas terrible !
