Le Vertige et Full Phil sont deux films de Quentin Dupieux (Le Daim, Yannick, L’Accident de Piano) présentés au Festival de Cannes. Le petit trublion du cinéma français s’essaye ainsi à projets drastiquement différents, toujours sous le signe de l’absurde.
Le Vertige et Full Phil font presque office de passage obligés sur la Croisette. En effet, le papa de Le Daim, Mandibules, Yannick, Fumer fait tousser, Daaaaaali! ou encore L’Accident de Piano enchaîne toujours les projets à un rythme de deux projets par an. Tournant à l’économie, Quentin Dupieux nous a habitué à proposer des films-concept dépassant rarement les 1-10-1h20, avec sa bande de stars habituelle et un ton loufoque.
Le résultat n’est pas toujours à la hauteur, mais bénéficie toujours de la patte iconoclaste de Mr Oizo. Cette fois-ci, Dupieux a présenté Full Phil, film porté par Woody Harrelson et Kristen Stewart dans une relation père-fille pour le moins surprenante. En effet, le premier (Philip Doom) invite la seconde (Madeleine Doom) dans un hôtel du premier arrondissement dans le but de renforcer le dialogue et leur relation.
Demi-Phil
Cependant, Madeleine semble plus intéressée à regarder un vieux film en noir & blanc sur son lecteur DVD portable (très réminiscent de La Créature du Lac Noir) et à s’empiffrer de plats en tous genres. La mécanique comique s’articule ainsi autour de cet axe, avant que Full Phil n’intègre Charlotte Le Bon en hôtesse envahissante. Le problème étant que ce Dupieux tourné en langue anglaise affiche une rythmique comique moins maîtrisée, à l’image de cet opening enchaînant les lignes de dialogue avec exagération de Woody Harrelson.
On appréciera tout de même ce segment fictif du film dans le film (avec la partition la plus aisée de la carrière de Emma Mackey) où des scientifiques dissèquent la fameuse créature. Full Phil amène tout de même la thématique de la création dévorant son créateur. Mais tout ceci relève du gimmick plus qu’autre chose, dans ce qui est un Dupieux bien mineur.

Le Vertige est quant à lui une autre proposition autrement plus audacieuse. En effet, Quentin Dupieux s’est entouré de 5 animateurs sortis des Gobelins pour créer son film dans une low-esthétique proche des modélisations de personnages PS1 ! Ce faisant, Le Vertige présente Alain Chabat, Jonathan Cohen et Anaïs Demoustier en avatars de polygones questionnant la perception de leur univers.
Vertige 32 bits
Avec Le Vertige, Quentin Dupieux comprend que l’humour passe aussi par le visuel. Et il y a quelque chose de réellement fendard à voir se mouvoir des versions pixélisées d’acteurs que l’on reconnait, avec tous les défauts inhérents en terme de gestuelle ou d’interaction avec le décor. On est proche du mouvement des machinimas ou des phénomènes à la Skibidi Toilet (des court-métrages réalisés à partir d’un moteur de jeu vidéo comme le Source Engine).

Mais passées les 30 premières minutes, Le Vertige part vers une autre direction, délaissant les promesses de personnages voulant voir de l’autre côté du miroir. Quentin Dupieux abandonne donc au milieu du guet les possibilités liées à son concept. C’est bien dommage, même s’il continue à jouer avec le concept de réalités (chose qu’il avait fait en mieux dans Réalité d’ailleurs). Le Vertige et Full Phil s’articulent ainsi comme des propositions audacieuses de Dupieux, mais pas totalement satisfaisantes malgré leurs saillies humoristiques et thématiques.
Le Vertige sortira au cinéma le 10 juin 2026. Full Phil n’a pour le moment aucune date de sortie. Retrouvez tous nos articles du Festival de Cannes ici.
avis
Quentin Dupieux ose s'attaquer à un nouveau médium tout en conservant la patte iconoclaste de son cinéma. Le résultat oscille ainsi entre idées comiques bien exécutées et potentiel gâché, pour un résultat en demi-teinte !
