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Accueil - Critique Love Lies Bleeding : queer sous stéroïdes
Critique Love Lies Bleeding : queer sous stéroïdes
© A24 © Metropolitan Films
Cinéma

Critique Love Lies Bleeding : queer sous stéroïdes

Charley Charley14 mai 2024Aucun commentaireIl vous reste 4 minutes à lireUpdated:22 mai 2024
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Après le très sympathique Saint Maud, la réalisatrice Rose Glass revient avec Love Lies Bleeding. Ce thriller porté par Kristen Stewart et évoluant entre la romance queer et le film noir se veut régulièrement inspiré, à défaut d’être complètement maîtrisé dans son écriture !

Après un Saint Maud plutôt réussi (et surtout tenu dans sa descente aux enfers d’une femme isolée), Rose Glass a rapidement pu développer Love Lies Bleeding auprès de la désormais célèbre écurie A24 (Moonlight, Uncut Gems, Midsommar, The Florida Project, Civil War..). Un film de genre ayant eu sa première au festival de Sundance en janvier, couronnée d’une réception critique plus que positive.

Critique Love Lies Bleeding : queer sous stéroïdes
© A24 © Metropolitan Films

Mais qu’est-ce donc que Love Lies Bleeding ? L’histoire est simple : nous sommes en 1989, et Lou Langston (Kristen Stewart) gère la salle de gym d’un patelin californien rural. C’est ainsi qu’un soir elle fera la rencontre de Jackie Cleaver (Kathy O’Brian), une bodybuildeuse en pleine itinérance dans le but d’être championne.

Une relation amoureuse va rapidement se nouer entre ces deux âmes solitaires, avant qu’un drame survienne. En opposition au compagnon violent de la sœur de Lou (Jena Malone), mais surtout face à son père criminel (Ed Harris), l’union de nos deux héroïne sera mise à mal vers des proportions plus meurtrières et étranges que prévues !

Anti 80’sploitation

D’entrée de jeu, Love Lies Bleeding jouit du savoir-faire plastique de sa réalisatrice, parvenant instantanément à nous plonger dans une ambiance nocturne à fleur de peau. Effet renforcé par le score synthétique de l’excellent Clint Mansell (Requiem for a Dream, Black Swan), ancrant le métrage dans un registre de thriller noir. On pense en effet à un Bound dopé au cinéma de Friedkin/Bigelow, alors que ce qui s’apparente à une douce romance queer laisse place à quelque chose de plus musclé (au sens propre comme au figuré).

Une tessiture visuelle et même parfois sensorielle que l’on doit bien sûr à la mise en scène de Rose Glass, capable d’osciller entre le charnel et la viscéral avec la même soin. Et comme tout trope de film noir, la mort d’un personnage périphérique va entraîner les deux héroïnes dans un engrenage se muant en étau progressif.

Critique Love Lies Bleeding : queer sous stéroïdes
© A24 © Metropolitan Films

Love Lies Bleeding arbore ainsi une structure connue (on pense même à Thelma & Louise alors que le lien unissant les personnages ne peut qu’exister dans la fuite émancipatoire), mais très vite la réalisatrice amène une dose d’étrangeté bienvenue : alors que Jackie décide de s’entraîner pour sa compétition de culturiste, elle a accès à des stocks de stéroïdes injectables à la provenance douteuse.

Fantastique timoré

Chaque shoot opère donc un début de transformation chez le personnage. Rien de graphique, mais Love Lies Bleeding cultive l’art du teasing et de l’anticipation, tandis qu’on ne sait jamais si le métrage plongera tête la première vers le body horror. Mais c’est bien là que la problématique première du film se situe, alors que la second partie de l’intrigue opère un fâcheux virage moins maîtrisé.

La faute non-seulement à quelques balbutiements narratifs, mais aussi thématiques via l’exploitation de cette imagerie fantastico-horrifique. Jusque dans son climax rapidement exécuté, on se dit que tout aspect plus fantasmé qu’incarné manque à la fois de chair mais surtout de véritable gravitas pour supporter la dramaturgie de l’intrigue.

Critique Love Lies Bleeding : queer sous stéroïdes
© A24 © Metropolitan Films

Une dramaturgie qui use donc de circonvolutions assez dommageables passée l’impeccable première heure, laissant penser que Rose Glass s’intéresse plus à la culture et la quête sans fin du corps parfait. Une dimension qui trouve un bel écho lors d’un passage de concours virant au cauchemar, mais beaucoup trop décorrélé de ce que raconte le film pour pleinement convaincre.

Super duo sous stéroïdes

Un aspect de greffe facile, au même titre que le méchant campé par Ed Harris, rapidement traité comme un malfrat à la petite semaine (reste le talent de l’acteur et une coupe de cheveux délicieusement improbable). Malgré ces faiblesses, difficile de jeter la pierre à ce Love Lies Bleeding, dont l’énergie tellurique et venimeuse infuse à chaque instant, jusque dans ses moments de violence sèche.

Enfin, le cœur du film tient bien sûr dans la relation entre Kristen Stewart et Kathy O’Bian, toutes deux aussi excellentes l’une que l’autre. Une relation faisant d’autant plus sens que tous les autres personnages du film se veulent déshumanisés ou meurtris (à l’image de la victime représentée par Jena Malone, ans aucun arc rédempteur). Un vrai duo de cinéma à l’alchimie certaine, et à la complémentarité exemplaire. De quoi faire de Love Lies Bleeding une trouvaille non-dénuée d’intérêt malgré ces imperfections !

Love Lies Bleeding sortira au cinéma le 16 juin 2024

avis

6 dopé aux phéromones

Moins tenu que son précédent film, Love Lies Bleeding est néanmoins la confirmation du talent formel de Rose Glass. Faisant de son film noir un thriller queer aussi charnel que viscéral, la réalisatrice pallie aux bugs narratifs de son second métrage via une maîtrise certaine de sa mise en scène et son très bon duo Kristen Stewart-Kathy O'Brian. Imparfait, mais incarné !

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