Le Corset est un film d’animation franco-belge réalisé par Louis Clichy (Astérix – Le Domaine des Dieux et Le Secret de la Potion magique). Prenant place dans la Beauce de la fin des années 80, ce long-métrage au visuel à l’aquarelle est tout simplement une pure merveille d’inventivité et d’émotion !
Le Corset fait partie de ces films d’animation présentés à Un Certain Regard au Festival de Cannes, et en Compétition au Festival d’Annecy. Derrière ce court titre se cache en réalité un projet en production depuis plus de 4 ans entre la France et la Belgique, réalisé par Louis Clichy. Après avoir été diplômé de la prestigieuse école des Gobelins, le français originaire de la Beauce a tenté l’aventure américaine en travaillant chez Pixar.
Des Gobelins à Pixar en passant par Astier
Ayant bossé en tant qu’animateur sur Wall-E et Là-Haut, Clichy est revenu en France : on lui doit les deux films Astérix co-écrits avec Alexandre Astier (Le Domaine des Dieux et Le Secret de la Potion magique). Et après ces deux adaptations dans l’esprit de Goscinny & Uderzo, Le Corset se veut un projet complètement original basé sur ses propres expériences d’enfance.

Prenant place dans la Beauce près de Chartres, Le Corset nous présente Christophe (doublé par le jeune Gary Clichy!), un enfant de 11 ans découvrant qu’il a une scoliose. En effet, ce dernier a la fâcheuse tendance de pencher sa tête vers la gauche : de ce fait, le médecin lui impose de porter un corset en métal censé soigner sa posture ! Un moyen thérapeutique vu comme un fardeau par Christophe, désormais plus limité dans ses mouvements.
En parallèle, Le Corset nous présente toute sa famille et leur quotidien pour entretenir leur ferme en difficulté financière. Obligé de « filer droit » vis-à-vis de son père, Christopher va ainsi découvrir la musique dans la paroisse locale, et faire la rencontre de Clara, une jeune fille plus âgée et rebelle. De quoi orchestrer une chronique personnelle… et plus encore !
Magnifique aquarelle
Ce qui capte d’entrée de jeu dans Le Corset est sa patine visuelle absolument unique à l’encre de Chine. Telle une succession d’estampes à l’aquarelle (que l’on doit également à l’excellente directrice artistique Cécile Guillard), les plans se succèdent dans un expressionnisme de pure BD, jouant des imperfections de certains traits (notamment sur les décors) pour nous plonger dans une véritable œuvre d’art mouvante !

Un exploit en soit, transportant le spectateur à l’aide d’un écrin visuel et de fabrication résolument singuliers. Mais outre ces indéniables qualités en terme de technique, c’est bien dans l’écriture que Le Corset transcende le dessin. En puisant dans son vécu personnel, Louis Clichy irrigue son récit d’une authenticité rare. Jamais misérabiliste, le réalisateur use de l’humour comme levier pour traiter chaque strate de son récit.
Que ce soit dans la caractérisation des personnages (à part Alexandre Astier en touchant joueur d’orgue, Jean-Pascal Zadi en prêtre et Rod Paradot en grand frère, tout le cast vocal est non-professionnel), les dynamiques familiales, les séquences de quotidienneté, la représentation de la France rurale des 80’s (tubes à la radio compris) et la psyché adolescente. On se prend donc immédiatement d’affection pour cet enfant voyant le monde par le prisme de sa condition.
Du rire aux larmes
Et là où Le Corset émeut, voire bouleverse complètement, tient dans la justesse des sentiments mis en scène. Là encore, le medium de l’animation prouve qu’il s’agit du plus beau moyen d’expression possible. La beauté et la douceur absolues du métrage de Louis Clichy éclaboussent dans les séquences les plus intimistes (un trajet en bus ou un vol à l’étage comme moyen de créer la complicité amoureuse ; un repas de famille traditionnel comme vecteur de conflit), et se déploie dans des élans surréalistes presque fantastiques (la pathologie de Christophe étant représentée tel un super-pouvoir).

De quoi proposer dans la seconde partie de Le Corset de purs moments de grâce, où envolées expressionnistes de l’animation, trajectoire de personnage, émotion et musique (cette utilisation du Requiem en D mineur de Fauré ou Ouragan de Stephanie de Monaco) se conjuguent pour atteindre des cimes lacrymales insoupçonnées. Car derrière cette plongée enfantine, se cache également une radiographie d’un milieu agricole en difficulté malgré sa consubstantielle nécessité. Louis Clichy accouche d’un petit classique instantané du cinéma d’animation français, et rien que pour ça on remercie ce beau corset !
Le Corset sortira au cinéma le 14 octobre 2026. Retrouvez tous nos articles du Festival de Cannes ici.
avis
Avec Le Corset, Louis Clichy transcende son récit intimiste en cartographie d'une France rurale/ Le résultat est à la fois unique via ses visuels aquarelle, empli de justesse de par son focus intimiste, terriblement attachant grâce à l'écriture des personnages, et bouleversant à travers les émotions convoquées. Une perle absolue !
