Critique Birds of Prey : émancipation, castagne et harlequin

Sorte de suite et spin-off de Suicide Squad, Birds of Prey est une nouvelle itération du personnage d’Harley Quinn campée par Margot Robbie, dans une aventure impliquant d’autres personnages de l’univers DC. Warner prouve avec ce film qu’après Joker, les films adaptés de comics peuvent être rated-R. Le résultat est plutôt plaisant, à défaut d’être une vraie réussite !

Birds of Prey est évidemment centré sur Harley Quinn, en pleine émancipation après sa rupture avec le Joker (vous l’avez le
message ?). Brisage du 4e mur, voix off, retours rapides et flashbacks… c’est elle qui dicte le rythme et la narration du film ! Cette recherche de dynamisme et du cool fait penser à Deadpool, mais cela présentera un certain inconvénient.

Car très vite on fera la connaissance des autres personnages féminins, ayant plus ou moins de temps de présence à l’écran. Toutes graviteront autour de Harley et d’un mystérieux diamant convoité par Roman Sionis, parrain de la pègre local adepte d’art et de masques…

Une histoire d’émancipation

Pas de gros problèmes au niveau de l’histoire (extrêmement simple) si ce n’est qu’on passe une grosse partie du temps à faire de l’exposition, de la présentation de personnages via quelques scénettes entrecroisant les divers protagonistes afin d’amener l’enjeu principal du métrage. Inspiré par le mouvement #MeToo, le discours sur l’émancipation et la place des femmes est présent en filigrane, mais heureusement pas asséné au marteau-piqueur sur notre visage, ne parasitant aucunement l’intrigue.

En résulte une bonne caractérisation de l’équipe féminine centrale, mais un récit qui a curieusement l’air de faire du sur-place une bonne partie du temps avant de décoller lors de la dernière demi-heure. C’est dommage, car la première partie prise indépendamment est celle qui ose le plus d’expérimentations de montage. Cathy Yan (qui s’attelle au blockbuster pour la 1e fois) livre une réalisation fluide et claire, aidée par Chad Stahelski (papa de John Wick) lors de scènes d’action coup de poing de bonne tenue.

Critique Birds of Prey : émancipation, castagne et harlequin
© DC © Warner Bros.

Allié à une photographie de Matthew Libatique (A Star is Born) qui flatte la rétine, Birds of Prey est très souvent un vrai plaisir pour les yeux, avec ces multiples explosions de couleurs et sa production design inspirée. Dans un Gotham allant de Los Angeles à une fête foraine brumeuse désaffectée, nos héroïnes usent de battes, de maillets, de poings et autres joyeusetés avec une énergie communicative lors de phases de castagne musclées, au découpage fluide. C’est suffisamment rare dans le blockbuster actuel, c’est donc une des forces de Birds of Prey !

Le casting est réussi, en tête Margot Robbie : il faut le dire, elle apporte une vraie folie joviale au Dr Harleen Quinzel, cette fois dotée d’une vraie évolution contrairement à sa précédente apparition. Elle est le personnage principal et porte le film entier sur ses épaules. Hystérique, triste, en colère ou complètement sous coke (oui), Margot Robbie n’est jamais dans l’excès ni agaçente. Un exercice d’acting qui emporte l’adhésion !

Des oiseaux de proie qui mordent bien

Jurnee Smolett (une Black Canary au jeu de jambes et à la voix sans pareil) et Mary Elizabeth Winstead (une Huntress socialement inexpérimentée) campent toutes 2 des personnages badass (bénéficiant de moments d’action plutôt jouissifs) et charismatiques. Dommage qu’elles soient reléguées au second plan. C’est un peu le même cas de figure concernant Rosie Perez en Renee Montoya (inspectrice tout droit sortie des 80’s) et Ella Jay Basco (une Cassandra Cain qui sera le centre de l’attention pour la 2e partie du film)… en attendant la suite ? Cette équipe improbable fonctionne bien néanmoins lorsqu’elle se forme enfin.

Ewan McGregor semble s’amuser en Black Mask, dans un rôle de mafieux excentrique cabotin. Pas forcément original, mais le voir sadique et parfois proche d’une hystérie maladive amuse, seulement supplantée par son acolyte Victor Szasz, faisant le sale boulot tel l’homme de main d’un vilain de James Bond (Chris Messina est très bon)

Critique Birds of Prey : émancipation, castagne et harlequin
© DC © Warner Bros.

En résulte un film qui méritait une meilleure balance de personnages et de gestion de sa narration mais bénéficiant d’une rigueur bienvenue dans son action, supplémentée par un R-Rated qui a de quoi surprendre. Massacre d’une famille, vulgarités à gogo, brisage de membres et j’en passe…voir ces personnages de comics évoluer dans un contexte de violence réelle est un bon point qui ne fait pas gadget, et il faut saluer la démarche de Warner et DC de pousser cette liberté de ton.

Maintenant, Birds of Prey n’est pas non plus une grande réussite, peinant à créer de véritables enjeux ou d’amener une certaine gravité. Et lorsqu’il veut le faire, c’est en usant de son montage et sa narration non-linéaire pour tenter de dynamiser un récit qui méritait plus de soin.
L’OST de Daniel Pemberton (Spider-Man New Generation) est bonne, dommage cependant de trop utiliser une soundtrack adjacente et assourdissante, empêchant une certaine cohésion musicale.

Birds of Prey est un visionnage sympatoche, souvent inspiré, à l’ambiance dark cartoonesque délectable. On regrettera cependant une intrigue en dents-de-scie moins intéressante que ses personnages, et la volonté de parfois être un produit pseudo punk moins adulte qu’il veut en avoir l’air. Un spin-off assez singulier qui cherche à se démarquer, à défaut d’être transcendant.

Birds of Prey, sorti en salles le 5 Février 2020

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CharleyD

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