Lucy Lost est l’adaptation du roman jeunesse de Michael Morpurgo. Film d’animation sélectionné à Cannes et au Festival d’Annecy, le film d’Oliver Clert fait office de jolie bouffée d’oxygène entre Ghibli et la BD franco-belge.
L’animation française et sa myriade de talents n’est plus à prouver. Que ce soit en série ou en film, les artistes français sont sollicités de par le monde via l’excellence de leur formation. Olivier Clert (co-scénariste sur Klaus et Le Petit Prince) s’attaque à la réalisation de Lucy Lost, adaptation du livre jeunesse éponyme.
Le film partage ainsi la même trame : nous sommes pendant la Première Guerre mondiale de 14-18, dans une île fictive européenne. La petite Lucy est une jeune fille aux cheveux blancs qui a été adoptée par une famille aimante. Mise à l’écart à cause de ses capacités uniques (elle a des visions hallucinatoires), elle est vue comme une sorcière par le reste des habitants insulaires.

Désireuse d’en connaître plus sur ses origines et souhaitant retrouver son père parti à la guerre, Lucy va faire la rencontre d’une mystérieuse jeune fille nommée Milly. Cette dernière affirme venir de l’autre côté de l’Atlantique en Amérique, et seule Lucy parvient à la voir. Cette rencontre sonnera ainsi le début d’une grande aventure.
Ghibli à la française
Lucy Lost a tout du récit initiatique, magnifié par la patte graphique du studio Xilam (J’ai perdu mon corps). En résulte une charte visuelle fortement inspirée du travail du studio Ghibli : on pense pas mal à Kiki la petite sorcière ou Le Château ambulant avec cette esthétique très japonaise dans les traits, mais baigné dans un imaginaire très européen.
Le film est évidemment de toute beauté, et offre un regard empli de tendresse vis-à-vis de son héroïne vue comme une schizophrène ou une malade ostracisée. Lucy Lost amène cette dimension avec pudeur sans volonté de choquer le grand public, via un focus sur l’emphase émotionnelle vis-à-vis de ses doubles-héroïnes. Mais rapidement, le récit se veut plus sombre en épousant le deuil et le trauma des divers personnages.

Le film trouve d’ailleurs son point d’orgue au bout d’une heure, tandis que les tensions liées à la Guerre chassent littéralement Lucy de son quotidien chatoyant. Le récit ne va pas en profondeur ni toucher la source même d’un racisme consubstantiel au contexte belliqueux, tout ceci restant une toile de fond pour la quête identitaire du personnage. De quoi amener une universalité de propos derrière son cadre précis.
Contemplation au détriment de l’aventure
Là où Lucy Lost déçoit un tantinet cependant, c’est dans sa dimension aventureuse. Cette traversée vers l’Amérique reste bien classique dans ses élans de mise en scène, allant jusqu’à citer le naufrage du Titanic (on parle bien de la version de James Cameron !). De quoi amener une trame plus attendue, et plus loin de la poésie et du ton contemplatif qu’Olivier Clert amenait jusqu’alors !
Malgré tout, c’est bien la tendresse, son regard sur la résilience et l’entraide, sa mélancolie saupoudrant le fond thématique de Lucy Lost qui l’emporte : il y a quelque chose de profondément beau à voir cette (double) protagoniste accepter sa différence, et se sublimer face à l’adversité. Le résultat parvient à être plutôt émouvant, malgré un film sous influences. Pas mal du tout !
Lucy Lost sortira au cinéma le 28 octobre 2026. Retrouvez tous nos articles du Festival de Cannes ici.
avis
Lucy Lost a beau rester sous influences, notamment dans un périple moins engageant que la dimension psychologique de ses double-héroïnes? Mais le film de Xilam et Olivier Clert parvient à être touchant à travers cette quête d'acceptation. Un beau film d'animation tous publics en somme !
