Un soleil cubique, un deuil familial, une réincarnation. Sandra Wollner réalise avec Everytime un film comme elle seule sait les faire : touchant et plutôt inattendu.
Cette année, Everytime ne déroge pas à la règle des films audacieux de la sélection Un Certain Regard de Cannes. La jeune réalisatrice autrichienne Sandra Wollner avait déjà brillé avec son premier film The Impossible Picture, une œuvre étonnante qu’on avait adoré et installait déjà les prémices de son style narratif mais aussi cinématographique. Wollner revient cette année avec Everytime, un long métrage toujours aussi surprenant, cette fois-ci sur le deuil familial.

Pour son troisième film, la réalisatrice impose son style : un récit commun mais plus que tout personnel, un puzzle narratif, et une écriture de personnages complexes mais très humains. On retrouve le thématiques phares de la scénariste comme le deuil mais aussi la féminité, la famille ou encore la mémoire. Sortez les mouchoirs, il vaut mieux, car si la forme du film et les libertés qu’il prend peuvent vous décontenancer, il n’en reste pas moins un drame psychologique fort et émouvant.
Après le soleil, vient la pluie
Ella est une mère divorcée et débordée de deux enfants : Jessie et sa petite sœur Melli. Alors que Jessie passe du temps avec son petit ami Lux, un évènement tragique va se dérouler dans la famille et chacun va devoir apprendre à faire son deuil, gérer ses émotions, chacun à sa manière. Au casting : que de jeunes talents prometteurs, entourés par la sagesse de Birgit Minichmayr, qu’on avait vue aux côtés d’Isabelle Huppert dans The Blood Countess ou encore dans Le Ruban blanc.
Sans effet tire-larme, Everytime nous plonge au sein d’un drame bouleversant, qui nous interroge sur le deuil, la construction d’une famille et notre rapport aux souvenirs. Le retour de Gregory Oke, photographe d’Aftersun, se fait d’ailleurs clairement ressentir dans deux œuvres au dénominateur commun (une certaine scène dans une boîte de nuit avec quelques flashs sera d’ailleurs assez familière aux fans du long métrage de Charlotte Wells). Alors, est-ce que Everytime réussit son coup ?
Une souffrance débridée et un peu cubique
Ce qui réussit haut la main au sein d’Everytime, c’est l’interprétation mais aussi l’écriture des personnages. Chacun vit le deuil à un âge différent, aborde un sentiment différent : le déni, le regret, la solitude. Et il faut dire que nous devenons vite attachés aux personnages. Wollner réussit à raconter sans expliciter, en laissant le spectateur réfléchir à ce qu’il a vu, cela grâce à la finesse de son écriture. Les personnages peinent à accepter la situation, et la réalisatrice vient elle aussi semer des doutes dans la tête de ces personnages et du spectateur.

Wollner représente notamment avec la mère ce phénomène de surprotection après une disparition si inattendue. Elle qui n’a pas réussi à sauver son enfant, elle essaye de le faire avec tout le monde désormais. Et que ce soit mauvais ou non, le film et le spectateur n’omettent aucun jugement, car finalement, le long métrage cherche à nous parler d’histoire personnelle, de survivants. On passe par différentes étapes de la vie : jeunesse, adolescence, parentalité, tout ça pour parler de la mort.
Everytime c’est disparaître mais pas des souvenirs.
Avec Everytime, la réalisatrice évoque le deuil d’une nouvelle manière. Si ce nouveau projet n’a pas la fougue de ses deux premiers films, il est plus calme, plus posé, et nous rappelle que les proches que l’on chérit n’ont pas disparu, mais vivent encore avec nous. Spécialement dans nos souvenirs. Parfois dans des coïncidences, des signes, parfois lorsqu’on se monte un peu trop la tête. Et la fin du film, si elle a laissé beaucoup de gens sur le carreau, montre comment chaque jour, chaque souvenir, même un simple coucher de soleil, peut nous ramener à cette époque.

Wollner prend comme toujours des tournants assez inattendus. On parle surtout de la dernière demi-heure et de la rencontre avec la jeune fille, mais aussi de ce brouillage entre passé et présent, entre réalité et souvenir. Et c’est cette audace, cette proposition peu orthodoxe qu’on aime tant ! Chacun est libre d’interpréter et de ressentir le film comme il a envie, et même de pleurer comme une madeleine s’il veut. Car le film reste très touchant, malgré que certains moments soient, on vous l’avoue, assez spéciaux ou parfois trainés en longueur. On ne sait pas dans quelle direction aller, mais qu’importe.
Le futur âge d’or du cinéma autrichien ?
Un nouveau coup d’essai réussi pour la réalisatrice qui nous offre un nouveau film sur ses thématiques phares mais avec un regard plus mature. Un Certain Regard pour ce troisième film, en lice pour la compétition officielle pour le prochain ? On se réjouira de l’ambiance estivale, avec les références aux années 2010 qui vont bien. Sandra Wollner joue avec notre esprit, avec les frontières de son propre film d’une manière consciencieuse, et nous invite à interroger tout ce que l’on voit.
La réalisatrice autrichienne confirme son rôle d’artiste émergente à suivre de très près. Le film reste dans un coin de notre tête encore quelques jours après, soit car certains détails nous sont passés à côté, soit parce que cette histoire nous a tant parlé. Dans les deux cas, c’est le résultat d’un film réussi, qui a l’ambition d’être une œuvre intime, un remède pour ceux qui ont perdu un proche, et un défouloir pour les cinéphiles qui aiment se lancer dans leurs théories préférées. En tout cas, on a vraiment envie de faire un câlin à tous ces personnages.
Everytime sortira fin 2026 au cinéma. Retrouvez tous nos articles du Festival de Cannes 2026 ici.
AVIS
Avec un excellent premier film, Everytime est forcément moins épatant, mais impose un peu plus Sandra Wollner comme une réalisatrice émergente avec un style et des thématiques qu'elle maitrise comme personne. Cette nomination à Cannes est bien méritée, et nous avons hâte de voir la suite !