The Social Reckoning est une suite thématique de The Social Network, toujours écrite par Aaron Sorkin. Explorant les dessous de la fuite de données de Facebook en 2021, ce film d’investigation journalistique est une déception malgré son casting et son sujet.
« Quoi ? On va faire un film sur Facebook ? » Une question qui a sans nul doute été posée de manière circonspecte bien avant la sortie de The Social Reckoning. Et pour cause, le scénariste Aaron Sorkin (Les 7 de Chicago, Steve Jobs) pondait le script très verbeux de The Social Network, réalisé par David Fincher en 2010. Le résultat était non seulement une plongée dans les origines du célèbre réseau social, mais avant tout un pur objet de cinéma encapsulant à lui seul des dynamiques sociales, technologiques et stylistiques propulsant le film au rang de chef-d’œuvre du cinéma moderne.
Facebook Files au grand jour
Pendant plusieurs années, Aaron Sorkin étudiait la possibilité d’une suite, et ce n’est que récemment que The Social Reckoning s’est enfin concrétisé. Et pour cause : Facebook a acquis encore plus de pouvoir par rapport au début des années 2010, en acquérant Instagram, Whatsapp et tout un tas d’autres services contribuant à notre monde hyper-connecté.

© Sony Pictures
Mais l’axe qui intéresse Sorkin dans ce nouveau film tient dans une période entre 2019 et 2021, alors qu’une lanceuse d’alerte travaillant au sein de la compagnie a divulgué des fichiers sensibles nommés « Facebook Files ». Plusieurs centaines de datas confirmant le fait que la société était au courant que leurs plateformes contribuaient à l’incitation à la haine, au harcèlement en ligne et à la atteinte envers la santé mentale. Pire : l’algorithme contribuait à faire du chiffre, notamment via la mise en avant de fausses informations ou des publications « clickbait » à caractère néfaste.
Un post-Watergate des réseaux sociaux à l’ère d’Internet en quelque sorte, qui a contribué à faire en sorte que Facebook se renomme en Meta. On comprend donc aisément ce qui a plu à Sorkin dans le projet, faisant de The Social Reckoning non pas une suite à The Social Network, mais bien un prolongement thématique qui a plus à voir avec un film d’investigation (on pense à Pentagon Papers, The Insider ou bien Les Hommes du président) qu’au film de 2010.
Mise en scène fonctionnelle
Rapidement, un gros hic viendra inonder l’écran : Aaron Sorkin n’est pas David Fincher. Et sans vouloir vilipender une production par la simple comparaison avec un chef-d’œuvre n’ayant rien à voir en terme d’intentions créatives, The Social Reckoning manque d’une vraie vision de cinéaste. Malgré le retour de Jeff Cronenweth (Fight Club, Gone Girl) à la photographie, la mise en scène se veut fonctionnelle au possible.
Ce qui en l’état n’est sans doute pas un problème, Sorkin ayant réussi à proposer des long-métrages de qualité en étant lui-même à la barre ces dix dernières années. Pour le coup, c’est aussi du côté de la direction globale du projet et de sa portée que le résultat souffle le chaud et le froid. Il faut ainsi voir The Social Reckoning comme un pamphlet à deux versants : d’un côté nous suivons Jeff Horwitz (journaliste travaillant au pour le Times et interprété avec aisance par Jeremy Allen White) et Frances Haugen (la lanceuse d’alerte incarnée par la merveilleuse Mikey Madison) tentant de faire sortir les infos compromettantes.

© Sony Pictures
De l’autre, le cœur de Facebook avec notamment Mark Zuckerberg (Jeremy Strong) se comportant comme un androïde dans le but de répéter son interview suite à la fuite de documents. Et c’est bien ce segment qui coince : Aaaron Sorkin empile les lapalissades à ce niveau, comme frileux à l’idée de taper où ça fait mal. Résultat : le spectateur évolue dans un enfonçage de portes ouvertes, recrachant texto les excuses précédemment divulguées (« on connaissait le problème mais on tentait de l’endiguer »).
La faute à pas de chance
En terme de dénonciation, The Social Reckoning se contentera donc au mieux de segments monochromes désaturés, où les pontes de Meta sont filmés comme des maîtres du mal (jusque dans le jeu mimétique de Jeremy Strong, rendant le personnage plus figuré qu’incarné). Et ce sans réel autre portée pamphlétaire, y compris dans son final tentant de lier le tout aux élections de 2020. Sans nul doute la plus grosse faiblesse du film en somme, surtout que tout ce qui a trait au duo principal du métrage fonctionne efficacement.

© Sony Pictures
C’est ainsi un petit plaisir que de suivre un Jeremy Allen White en journaliste old school n’ayant aucun pied dans le monde technophile (il est l’avatar du spectateur en quelque sorte), tentant d’extirper des informations à cette data scientist solitaire (le trait d’union avec le Jesse Eisenberg de The Social Network n’est pas loin) se cachant derrière ses mitaines. Mikey Madison est véritablement le gros point fort du métrage, ainsi que la véritable voix de la raison de The Social Reckoning (le personnage voit les avantages des réseaux sociaux, et souhaite endiguer sa part sombre quitte à saborder sa carrière).
Ce sera donc d’autant plus dommage in fine de voir à quel point le film d’Aaron Sorkin se veut timoré. Où est l’étau et la pression du travail journalistique pour ce qui est de remonter la chaîne alimentaire ? Ce qui aurait pu s’apparenter à un thriller vertigineux préfère régulièrement verbaliser le linge sale de Facebook (trafics en tous genres, body shaming…) plutôt que utiliser l’outil cinématographique pour les mettre en avant. Seul son judicieux prologue fait curieusement exception à cette règle ! En résulte un The Social Reckoning loupant sans doute son coche, agrémenté d’un score anonyme de Desplat.
The Social Reckoning sort au cinéma le 7 octobre 2026
avis
The Social Reckoning déçoit dans son manque de direction et un enfonçage de portes ouvertes. Le résultat se veut donc un film d'investigation journalistique recrachant des lapalissades, quitte à rendre caricatural tout ce qui a trait au cœur névralgique de Facebook. Heureusement, Aaron Sorkin sait toujours être un vrai dialoguiste, s'entourant d'un casting de talent pour rendre les pérégrinations de Mikey Madison et Jeremy Allen White plaisantes et incarnées. Reste une finalité malheureusement inoffensive.
