Verity voudrait renouer avec le thriller érotique pervers et sulfureux mais en récupère surtout les clichés en s’inspirant de ce qui fait de pire dans le genre. Attention, spoilers.
Lowen Ashleigh (Dakota Johnson), romancière en galère, accepte de terminer les livres de Verity Crawford (Anne Hathaway), autrice à succès lourdement handicapée après un accident, et s’installe chez elle auprès de son mari Jeremy (Josh Hartnett). Sur le papier, Verity a tout du plaisir coupable idéal, un peu sexy, un peu violent, jusqu’au moment où on pige qu’il s’agit d’une adaptation de Colleen Hoover réalisé par Michael Showalter. Douche froide.

Effectivement, ce long-métrage adapté du best-seller de Colleen Hoover, hérite de tout un imaginaire de dark romance et de roman de gare où désir, violence et trauma se mélangent douloureusement. Des livres souvent écrits pour être dévorés, où chaque chapitre doit provoquer son petit frisson et chaque révélation relancer la machine. Soit. Sauf que ce Verity, le film, reprend exactement cette mécanique, sans jamais parvenir à la transcender, au contraire, puisque Michael Showalter donne l’impression d’avoir simplement piqué sa structure chez d’autres films bien connus du genre. En résulte un cas d’école de ce que la dark romance fait de pire, au cinéma.
Sex intentions
On pense forcément à La Femme de ménage de Paul Feig qui tentait d’assumer son statut de thriller érotique un peu beauf, porté par Sydney Sweeney et une caméra fascinée par sa plastique. Certes c’était gras, évident, un poil vulgaire et du coup Verity tente une approche plus classieuse et distinguée, et fait constamment monter la température sans jamais déboutonner son jean. Tout est langoureux, doucereux, légèrement moite et on voit Dakota Johnson, sexy en diable, qui se mord la lèvre, se caresse dans son bain en faisant la moue, tandis qu’Anne Hathaway répond avec ses yeux de prédatrice et Hartnett avec son air de beau veuf un peu teubé. Pourtant, le film reste bizarrement timide avec ce trouple inégal. Ça veut être charnel sans être cru, pervers sans se salir, racoleur sans vraiment assumer ce qu’il racole, bref ça pue le sexe, mais ça ne mord jamais les draps. Les têtes de bois en lit, oui, ça ok, mais pas les draps.

Difficile alors de ne pas repenser à Cinquante nuances de Grey, autre monument du désir bourgeois aseptisé où l’on retrouvait déjà Dakota Johnson dans un même mélange de sexualité supposément osée dans un produit pourtant très prudemment conservateur. Ici, Verity joue également avec la domination, l’adultère, la violence et le fantasme du mâle trouble, tout en restant bizarrement consensuel et magistralement crétin. Surtout que Michael Showalter filme l’ensemble comme un mauvais téléfilm avec ses lumières sages, ses décors trop propres et ses effets de focales pour imager la luxure. Gros plan décentré avec du flou sur l’amorce et voilà, on a la patine globale du métrage pour montrer cette sexualité puritaine un peu tabou. Pas si fou.
Basic instincts
Mais le plus gros problème de Verity reste sa narration parce que Lowen découvre très tôt le manuscrit secret de l’autrice qui comprend l’entièreté du scénario. Toute l’histoire du film, les rebondissements, les révélations, bref la totale. Ses pensées, ses pulsions, son couple, ses mensonges, la mort de sa fille… Si bien que le film s’offre, sans forcer, le mode d’emploi complet de sa propre intrigue et doit trouver des raisons pour ne surtout pas le lire trop vite.
Dakota Johnson parcourt quelques pages, repose le manuscrit, le reprend, le jette, le récupère et le récit s’étire artificiellement pendant qu’Anne Hathaway s’offre des monologues entiers d’exposition en voix off. Toute tension potentielle est tuée dans l’oeuf par ce MacGuffin un peu bidon et, comme La Femme de ménage, le film empile alors les twists capillotractés. Ça s’épie, ça se touche, ça manigance, ça se mordille la bouche, ça tue etc jusqu’au moment où Lowen finit par prendre la vie de Verity, en lisant son intimité, en occupant sa maison et (évidemment) le lit de son mari. Inédit.
En bref, Verity se regarde, parfois même avec un certain plaisir coupable, mais on rit jaune devant cet ersatz de Femme de ménage qui se prend pour beaucoup plus distingué qu’il n’est. En somme, cinquante nuances de ratage.
Verity est sorti depuis le 30 septembre 2026.
Avis
Avec Dakota Johnson, Verity rejoue Cinquante nuances en mode La Femme de ménage, où le sexe parait prude et puritain, sans surprise et surtout sans beaucoup de talent.
