20 ans après sa présentation légendaire au Festival de Cannes, Le Labyrinthe de Pan revient dans une version restaurée 4K. Présentée par Guillermo Del Toro sur la Croisette, ce chef-d’œuvre terminal du genre se veut toujours aussi brillant et bouleversant. Retour sur un très grand film !
En 2006, Le Labyrinthe de Pan se dévoilait au Festival de Cannes et entrait dans la légende via une standing ovation finale de 22 minutes ! Un record inégalé, cachant encore aujourd’hui l’incompréhension devant l’absence du film de Guillermo Del Toro au Palmarès de la Compétition. Peu importe, le succès fut en marche au box-office autant que dans une réception critique dithyrambique. Mais plus encore, « El Laberinto del Fauno » reste dans les esprits du monde cinéphile.
L’acmé de Guillermo Del Toro
Sorti de L’Échine du Diable, Blade 2 puis Hellboy, Guillermo refusa la réalisation de Blade Trinity et de Harry Potter 3 & 4 pour se consacrer à ce nouveau métrage. Le Labyrinthe de Pan est cependant un récit créé dans la douleur : tourné à hauteur de 14 millions de dollars en Espagne, il s’agit du segment central d’une saga sur le fascisme (avec L’Échine du Diable, La Forme de l’Eau et Pinocchio).

En effet, Le Labyrinthe de Pan prend place au sein de l’Espagne franquiste de 1944. Ofelia (Ivana Baquero) est une enfant de 10 ans qui déménage avec sa mère auprès du nouveau mari de celle-ci : le terrible capitaine Vidal (Sergi López), traquant les maquisards rebelles dans les bois environnants. Mais c’est dans ce contexte funèbre qu’Ofelia fera la rencontre d’un Faune (un esprit sylvestre hérité du paganisme).
Cette créature forestière aux intentions troubles lui apprend qu’elle est la réincarnation de la princesse disparue Moanna. Pour accéder au royaume souterrain, elle va devoir surmonter 3 épreuves distinctes, permettant d’obtenir les clés d’accès à cette dimension cachée. Le début d’un récit versant à la fois dans le merveilleux et le cauchemardesque, hanté par le spectre horrifique du fascisme.
Réflexion (dés)enchantée
Plus encore qu’en 2001, Guillermo Del Toro semble lucide, voire carrément amère via son regard sur une condition humaine constamment rattachée à la mort et aux péchés humains. Certes, l’immense Sergi López est bien l’antagoniste principal du film (un franquiste complètement sadique), mais c’est bien la masculinité toxique, la guerre et le fascisme qui sont l’opposition phares de Le Labyrinthe de Pan.

Tout comme Hayao Miyazaki dans Le Vent se lève et Le Garçon et le Héron, Guillermo Del Toro va au-delà du concept du fantastique pour porter un regard réflexif et inquisiteur sur notre propre Histoire. On le sait depuis le temps, Del Toro verbalisait que les monstres lui ont sauvé la vie plus jeune, tandis que les récits de Lovecraft ou encore les livres occultes lui ont permis de fuir la torpeur ou le trauma. Amoureux du genre, le mexicain a toujours traité chaque élément fantastique de ses films comme l’échappatoire d’autrui, ou encore comme des éléments supplantant l’humain.
Et c’est dans Le Labyrinthe de Pan que Del Toro joue avec cette dynamique de manière jusqu’au-boutiste, tandis que le récit s’organise à deux niveaux. D’un point de vue primaire, Ofelia se veut comme Alice au pays des merveilles, allant de plus en plus profondément dans le terrier du lapin : une imagerie à la Lewis Caroll citée ouvertement dans cette séquence où la jeune fille se salie dans le repère d’un crapaud géant. La mécanique du merveilleux et de l’horrifique trouvera d’ailleurs son point d’orgue dans une séquence inoubliable face à un ogre (campé par Doug Jones, et bénéficiant d’un maquillage absolument époustouflant signé David Martí et Montse Ribé) hérité de Goya.
Reflet du miroir
Mais via une sous-couche narrative supplémentaire, Del Toro essaime l’idée que les fées et créatures rencontrées ne sont vues qu’à travers les yeux d’Ofelia, questionnant finalement cette dimension fantastique. Véritable monde de l’autre côté du miroir uniquement visible par les individus dignes (donc la princesse réincarnée) ? Échappatoire fantasmagorique d’une enfant ? Les 2 versants de Le Labyrinthe de Pan sont autant valables l’un que l’autre, et Guillermo Del Toro en fait la diégèse avec une maturité rare : le fantastique et la puissance de l’imaginaire seront toujours là face à l’obscurité du quotidien.

La résultante est un film aussi magnifique (Guillermo Navarro glanera l’Oscar de la meilleure photographie) que psychologiquement abrasif (aspect renforcé par la musique chantonnée de Javier Navarrete). Si des années plus tard Del Toro avancera sans filet avec Nightmare Alley pour explorer la monstruosité des hommes, c’est bien en 2006 que le cinéaste livre son œuvre la plus poétique, désenchantée, introspective et bouleversante. Un très grand cru dont on ne se lasse jamais, désormais dans le plus beau des écrins !
Le Labyrinthe de Pan sortira en Version Restaurée 4K en 2026. Retrouvez tous nos articles du Festival de Cannes 2026 ici.
avis
Le Labyrinthe de Pan conserve son aura désenchantée et sa puissance émotionnelle dans ce qui reste l’œuvre terminale de la carrière de Guillermo Del Toro, voire même du fantastique. Un récit aussi réflexif que bouleversant, dont les visions horrifiques et de merveilleux se conjuguent dans un cauchemar éveillé aussi beau qu'incarné. Un chef-d’œuvre qui ne vieillit pas d'un iota !
