Présenté à la Mostra de Venise, Wild Horse Nine est le nouveau film de Martin McDonagh (Bons baisers de Bruges, Les Banshees d’Inisherin). Porté par Sam Rockwell et John Malkovich, cette comédie mélancolique a valu à ce dernier la Coupe Volpi du meilleur acteur. Et à la vue du métrage, on comprend aisément pourquoi !
Wild Horse Nine est un nouveau cadeau de Noël avant l’heure. En effet, depuis plus d’une quinzaine d’années maintenant, c’est toujours un plaisir de découvrir un film de Martin McDonagh, dès l’hilarant In Bruges. Depuis, le bougre a su constamment se réinventer en poursuivant ses obsessions, jusqu’aux excellents 3 Billboards Outside Ebbing, Missouri et Les Banshees d’Inisherin.

Présenté à la Mostra de Venise, Wild Horse Nine est dans la plus grande tradition de sa filmo un autre « buddy movie » entre deux personnages contraires mais complémentaires. Nous sommes en 1973, alors que le chef régional de la CIA MJ (Steve Buscemi) envoie sur l’île de Pâques deux de ses agents. En effet, Chris Carlisle (John Malkovich) est un agent vétéran malheureusement atteint d’un cancer en phase terminale, et souhaite profiter de ce séjour pour enregistrer ses mémoires.
Des documents sensibles évidemment, que son acolyte Lee Chesterfield (Sam Rockwell) doit recueillir. Ce qui s’apparente à des vacances crépusculaires va néanmoins prendre une tournure plus sombre, étant donné que MJ fait pression pour que la langue bien pendue de Chris ne puisse pas révéler de sombres secrets américains à l’orée du renversement politique à venir…
L’agonie c’est aussi de bons moments
Wild Horse Nine a ainsi tout des prémices d’un thriller politique autant qu’une comédie dramatique, mais ne nous voilons pas la face : le métrage fonctionne avant tout sur un registre comique pur plutôt que sur un équilibre parfaitement tenu comme pour les Banshees d’Inisherin. La comparaison avec l’avant-dernier film de McDonagh fait d’ailleurs sens, tant les deux œuvres s’articulent autour d’un même axe : à savoir un duo de personnages truculents en plein crépuscule introspectif, avec en toile de fond un contexte socio-historique précis.

Dans Wild Horse Nine cependant, McDonagh tient compte du régime totalitaire chilien à venir et du rôle obscur de la CIA sans que cela soit réellement un sujet avant la dernière portion du métrage. De quoi nous abreuver de tropes connus de son cinéma en terme de rythmique humoristique, tandis que l’intrigue se reposera avant tout sur ce duo de fortune et cette cohabitation contrariée en terme de moteur dramaturgique.
Forcément, difficile de lui jeter la pierre, tant le duo est stellaire. On retiendra par ailleurs cette relation à distance entre Sam Rockwell et Parker Posey, et bien sûr l’interprétation d’un John Malkovich au summum de son acting. C’est simple, c’est une de ses meilleures performances à ce jour, en vieux briscard dont la mémoire et le positionnement idéologique se délite peu à peu alors que l’arrivée de son trépas approche.
Duo au sommet
Wild Horse Nine est donc un pur bonheur à ce niveau primaire d’interactions acidulées, même si la mécanique répétitive est désormais connue. Heureusement, McDonagh a la belle idée d’implanter un duo de jeunes étudiantes révolutionnaires (dont la révélation Mariana Di Girolamo) pour amener dans son ultime mouvement un versant nettement plus musclé en terme de tension.

Car in fine, le réalisateur-scénariste sait pertinemment qu’il s’adresse à un public moderne, et que les sujets abordés il y a 50 ans (l’influence politique en sous-marin pour contrôler les masses) ont de toute manière une protée universelle et intemporelle. Wild Horse Nine n’a peut-être pas la subtilité et le caractère poignant des Banshees encore une fois, ni le caractère tragique de 3 Billboards, mais ses éléments se retrouvent tout de même ici encapsulés dans la performance riche de Malkovich (capable de plaisanter sur le fait qu’il est impliqué dans l’assassinat de Kennedy et d’apporter une réelle amertume existentielle la seconde suivante en un battement de cils).
Oui, le rôle élève à lui seul Wild Horse Nine, mais ce serait également oublier qu’en terme de mise en scène et de fabrication, on est accueilli avec des chaussons, un peignoir confortable et des petits biscuits. La photographie de Ben Davis ponctue les dialogues de superbes panoramas de Rapa Nui, tandis que l’incontournable Carter Burwell fait à nouveau le trait d’union avec le cinéma des Coen : l’absurde, la réflexion et la gravité peuvent cohabiter sur la même partition de manière incarnée !
Wild Horse Nine sortira au cinéma le 4 novembre 2026
avis
Wild Horse Nine est un nouveau bonbon doux-amer de Martin McDonagh, prouvant à nouveau que le réalisateur irlandais sait toujours faire évoluer des personnages admirablement croqués au service d'un vrai propos socio-politique. La mécanique narrative et ses outils dramaturgiques semblent désormais connus, mais le film fait mouche via son admirable duo Sam Rockwell-John Malkovich.
