En développement depuis 16 ans, Wildwood – la prophétie de la forêt est le nouveau film du studio LAIKA ! Les papas de Coraline et Kubo parviennent à livrer une aventure épique pleine de féérie qui fera date dans l’Histoire du cinéma d’animation.
Cela faisait des années qu’on attendait Wildwood. En effet, Laika Studios est (avec Aardman) le dernier représentant d’un cinéma d’animation en stop-motion produit à large échelle. Pourtant, leurs productions n’ont jamais le succès qu’elles méritent en salle, à l’exception du fantastique Coraline (le premier long-métrage du studio). La dernière fois que le studio de Portland a fait surface était avec Missing Link (inédit chez nous) avant le Covid.
Pourtant, les bougres de chez Laika n’ont définitivement pas lâché les manettes, avec plusieurs projets en cours. Et outre des irruptions vers le live-action (Les Maîtres de l’Univers, Bumblebee), Travis Knight n’est pas non plus resté les bras croisés concernant la stop-motion. Après avoir sorti le magnifique Kubo et l’armure magique, Wildwood était déjà en pré-production depuis 2011 !
Le projet le plus ambitieux de l’Histoire de la stop-motion
16 ans plus tard, et après une phase de production de 6 ans, le projet le plus ambitieux de Laika comporte tous les éléments phares de leur filmographie. Prenant place en Oregon (dans la ville même du studio), Wildwood introduit le personnage de Prue McKeel, une adolescente vivant avec ses parents (ex-hippies) et son petit frère Mac. Lors d’une promenade en ville avec ce dernier, des corbeaux enlèvent le nourrisson pour l’amener dans la forêt impassible voisine.

© Metropolitan Films
Épaulée de son camarade de classe Curtis, Prue va s’aventurer dans un royaume champêtre magique en proie à une guerre sans merci. En effet, une armée de coyotes à la solde de la régente déchue Alexandra livre bataille contre les peuples de la forêt depuis la mort de son enfant des années plus tôt. Wildwood introduit donc un univers fantasy pas si éloigné d’un Narnia ou d’un conte, pour y dérouler un récit emprunt de monomythe.
Fantasy appliquée
Et à ce titre, Wildwood ne viendra probablement pas bousculer la formule : une adolescente héroïne au milieu d’une guerre, un royaume magique, un peuple opprimé proche de la nature, une Evil Witch, des secrets enfouis… Le métrage lorgne même parfois du côté de Ghibli (on pense parfois à Nausicaa), sans toutefois évoluer vers les mêmes cimes thématiques ou scénaristiques.

© Metropolitan Films
Néanmoins, Laika parvient à donner vie à l’ensemble par un soin tout bonnement hallucinant dans chacune de ses composantes, à commencer par sa fabrication. 142 000 visages sculptés en 3D, 728 arbres fabriqués, 1000 kilomètres de câbles utilisés, des centaines de costumes conceptualisés… Wildwood est ce qu’on a eu de plus ample dans le genre, et va même plus loin en étant le film en stop-motion le plus révolutionnaire de l’Histoire. Un bond technique et d’artisanat qu’on avait sans doute pas entrevu depuis Dark Crystal, et qui transparait à chaque plan via la mise en scène appliquée de Travis Knight.
Dès son plus d’introduction nocturne où chaque feuillage vibre au vent, où les expressions faciales complexes s’animent sous nos yeux, et où des dizaines de personnages se meuvent dans le même cadre, Wildwood laisse bouche béé même le spectateur le plus averti. On connaissait le talent du studio, mais le film est une merveille d’ingénierie pure, dont la sincérité globale et la minutie transparaît jusque dans la mise en scène et l’aspect émotionnel des personnages qu’investissent le récit.
Un émerveillement constant
C’est au-delà du somptueux (tant en termes de panoramas que via la photographie du chef opérateur Caleb Deschanel ou la BO opératique de Marianelli), et il faut régulièrement se pincer devant cette animation au micron qui annihile désormais l’effet de saccade caractéristique de la stop-motion. La fluidité est telle que chaque personnage (qu’il s’agisse d’un humain, d’une souris, d’un hibou géant ou de l’aigle majestueux doublé par Angela Bassett) parvient à exister, y compris lorsqu’il n’a qu’une seule séquence.

© Metropolitan Films
Le trombinoscope de Wildwood est large tout au long de ses 2h20 (un record pour le médium !), sans annihiler la gravitas de ce que traverse le duo principal. Certes, leur arc narratif reste légèrement balisé, mais derrière cette coming-of-age story (et c’est particulièrement vrai pour Curtis, passant de pleutre timide à valeureux héros de la résistance) tenue se cache un récit plus sombre abordant le deuil et la guerre sans fard.
Heart of Darkness
Même si l’humour fait mouche via quelques comic reliefs bien troussés et quelques situations rocambolesques, les artistes de Laika n’hésitent pas à embrasser le tragique et la violence de l’univers de Wildwood : morts à l’écran, effusions de sang, prisonniers fusillés, tentative sacrificielle…. le tout prend littéralement son envol lors d’une bataille finale à la Braveheart où les impacts de flèches et de hache sur les chairs se ressentent.

© Metropolitan Films
Un maelström de fabrication qui compte parmi les prouesses dingues de Wildwood, dont le niveau de détails affiché au sein de chaque photogramme laisse pantois : une course-poursuite dans un manoir avec des dizaines de convives de toutes sortes, un rassemblement spirituel dans un village, un envol à travers les arbres en proie à des assaillants volants, ou bien la conclusion du moment de bravoure final sont autant de séquences jamais vues à l’écran qui à elles seules devraient sérieusement faire considérer des Oscars des meilleurs effets visuels et de production design.
Car outre son aspect magique d’emblée intemporel et sa puissance évocatrice, Wildwood permet ce que peu d’œuvres parviennent à réaliser aujourd’hui : susciter une capacité d’émerveillement et de découverte totale, à travers des artistes ayant tout donné pour produire quelque chose de nouveau. En résulte un spectacle pantagruélique qui fera date dans l’Histoire du cinéma d’animation.
Wildwood sortira au cinéma le 9 décembre 2026
avis
Avec Wildwood, le studio Laika repousse les limites de la stop-motion en délivrant une aventure épique et touchante, dont la féérie monomythique et l'ampleur est décuplée par un artisanat tout simplement révolutionnaire. Portée par la BO magistrale de Dario Marianelli, on tient là une date dans l'Histoire du cinéma d'animation !
