Le chef-d’œuvre de Victor Hugo revient : Les Misérables est à nouveau adapté au cinéma, dans un grand film de 3h mis en scène par Fred Cavayé (Pour elle, Mea culpa). Bénéficiant d’un casting de renom (Vincent Lindon, Tahar Rahim, Noémie Merlant, Camille Cottin, Benjamin Lavernhe…), que vaut cette superproduction française ?
« Pourquoi diable produire une énième adaptation filmique pour Les Misérables ? » direz-vous. Et nul doute que la question est légitime, tant le roman-fleuve de Victor Hugo (considéré à juste titre comme une des plus grandes œuvres littéraires de l’Histoire) continue d’infuser presque 200 ans plus tard. Films muets, réinterprétations, production américaine, mini-série britannique, comédie musicale…. Les Misérables passionne, et sa puissance d’évocation ne laisse traîner aucun signe de tarissement.
Nul doute que le phénomène Le Comte de Monte-Cristo, ainsi que la volonté récente de superproductions françaises d’époque (Les Trois Mousquetaires, La Bataille de Gaulle…) dépêche la mise en chantier de ce nouveau Les Misérables à hauteur de 33 millions d’euros. Pour autant, il faut remonter à 1982 pour trouver un film français adaptant le récit, et une bonne dizaine d’années pour le souvenir douloureux de la baudruche de Tom Hooper.
Entre respect et modernité
Faire une nouvelle version française ambitieuse n’est donc pas un problème en soit, d’autant que c’est Fred Cavayé aux manettes. Le réalisateur de thrillers des années 2010 a certes perdu son mojo dans des productions qui ne lui ressemblent pas, mais le bougre reste un cinéaste de métier capable de mener à bien une telle entreprise. Et en parlant de cette dernière, il faut avouer que l’introduction au récit rassure, entre respect du matériau source et prises de liberté réfléchies.

Durant toute la première partie du XIXe siècle, Les Misérables nous invite à suivre le destin de plusieurs personnages au destin lié : l’ex-bagnard Jean Valjean (Vincent Lindon) devenu maire de Montreuil-sur-Mer des années plus tard fuyant la justice personnifiée par l’inspecteur Javert (Tahar Rahim) ; la grisette Fantine (Noémie Merlant) tentant de gagner sa vie pour subvenir aux besoins de sa fille Cosette (Megan Northam) ; cette dernière laissée au service des Thénardier (Benjamin Lavernhe et Camille Cottin) dans un climat de République où la misère règne.
Ce nouveau film parvient à globalement conserver la moelle du récit, malgré ses 3 heures (oui c’est presque peu en y réfléchissant). Soyons honnêtes, si on veut faire une transposition 100% des plus fidèle, le format le plus pertinent tiendrait en une mini-série de 6-8 épisodes. Si on omet quelques raccourcis dans la temporalité, ou bien encore un épilogue (trop ?) simplifié, Cavayé place régulièrement le curseur où il faut en jonglant avec la dizaine de personnages présents pour leur laisser le temps de briller.
Casting pas si misérable du tout
Et quel casting ! La grande force de cette version 2026 tient indéniablement dans son casting de talent, confirmés comme débutants. L’évidence se reflète dans chacun des membres (y compris Louis Peres en Valjean jeune), que ce soit dans un mutisme tout en intériorité et intensité (Vincent Lindon et Tahar Rahim), dans des partitions évitant globalement de tomber dans le pathos (Noémie Merlant et Marie Colomb), ou encore ceux évoluant dans des zones si grises qu’on aime les détester (Lavernhe et Cottin offrent de jolies trésors d’interprétation).

De quoi donner vie aux nombreux dialogues de Les Misérables renforçant le plaisir de visionnage, d’autant que le réalisateur réussit régulièrement à donner corps aux divers axes narratifs (le polar/thriller, le drame social et la charge historico-sociale), quitte à parfois surligner sa portée thématique. La faute à une musique oscillant entre la mesure et la sur-signifiance, comme si la seule mise en scène du réalisateur et la plume indémodable de Victor Hugo ne suffisaient pas !
C’est dommage, car là encore, tout y est dans cette cuvée 2026 de Les Misérables : la rédemption de Jean Valjean à travers sa relation avec Cosette, l’ambivalence morale des Thénardier qui tentent de faire survivre leur propre famille quitte à devenir de viles personnes, les révoltes étudiantes incluant Marius (Vassili Schenider dans un rôle similaire à celui de Le Comte de Monte-Cristo)… Le film se permet même quelques modifications cohérentes, comme une Cosette plus pro-active dans le dernier segment, ou bien des origines gitanes refoulées à Javert voyant en sa fonction une lutte identitaire et cathartique franchement bien catalysée par le jeu sec de son acteur.
Identité visuelle anonyme
Mais derrière ce professionnalisme ambiant rendant le visionnage plaisant, se cache un vrai questionnement : où est la flamboyance de mise en scène ? Lors de plusieurs soubresauts (une embuscade en appartement, le changement de paradigme moral de Valjean, une apparition solaire de ce dernier à Cosette, une révolution matée sous le regard de Javert…) la réalisation de Fred Cavayé se hisse tout juste au-delà du minimum syndical.

Néanmoins, difficile de ne pas émettre des regrets devant une telle production se dotant d’un vernis visuel proche d’un produit streaming. Une photographie numérique sans organicité, qui peine à rendre palpable cette époque où le froid, la pluie et les rats constituent normalement une composante atmosphérique majeure. Le plus bel exemple de ce manque d’ampleur tiendra dans ce plan numérique dispensable aux suites de Waterloo, peinant à nous immerger autrement que par le verbe.
Point de sens du tragique, voire du romanesque donc (malgré des tentatives évidentes), Les Misérables emballe la chose avec métier sans trop de personnalité. Mais malgré cette tare, on tient là une adaptation honnête, comprenant le roman-source, sans pleinement transcender. Et c’est probablement plus que ce qu’on espérait étrangement…
Les Misérables sortira au cinéma le 14 octobre 2026
avis
Les Misérables bénéficie d'une cure de jouvence sous la houlette de Fred Cavayé. Il lui manque néanmoins une vraie dimension tragique et romanesque pour faire briller cette adaptation tout de même respectueuse, bénéficiant d'un très bon casting. De quoi en partie compenser une facture visuelle cruellement anonyme. Pas trop mal ?
