Ramayana est le film le plus cher de l’Histoire du cinéma asiatique, et un des blockbusters les plus onéreux de l’Histoire du cinéma. Bollywood a en effet mis les bouchées doubles pour transposer un des mythes fondateurs de l’Inde, et le résultat est tout simplement impressionnant !
Ramayana est un film d’une importance capitale lorsqu’on s’y penche de près. Tout d’abord, il s’agit d’une nouvelle adaptation d’un des deux mythes fondateurs de la culture hindoue, avec le Mahabharata. Nouvelle, car ce récit datant du IIIe siècle avant notre ère a pu par le passé proposer des adaptations filmiques en animation (dont une plutôt réussie en japanim) ou bien en série TV. Pourtant, Bollywood se devait de mettre un jour en chantier LA version en live capable d’aligner les moyens suffisants pour donner de l’incarnation à l’ampleur mythologique du poème.

Ramayana arrive donc en 2026, après déjà plusieurs années de croissance exponentielle d’un cinéma pan-indien capable de proposer des épopées de plus en plus spectaculaires : elles-mêmes plus ou moins indirectement influencées par les mythes fondateurs du pays (RRR, Baahubali, Kalki 2898 AD). Pas de super-héros, pas de propriétés intellectuelles étrangères, l’Inde puise à la source de son patrimoine culturel.
Il était une fois en Inde
Ainsi, Ramayana ne surprend pas forcément le connaisseur, y comprend le spectateur adepte des récits monomythiques. Dans un excellent montage prenant bien quinze minutes à présenter l’univers, le film nous introduit tout son contexte avec fluidité. Brahma (le Dieu des Dieux et créateur du monde), Vishnou (le Dieu protecteur) et Shiva (le Dieu destructeur) assurent l’équilibre du monde. Et ce qui vient perturber cet équilibre tient dans une guerre ancestrale entre les Devas (affiliés à Vishnou) et les Asuras (affiliés à Shiva), menée par des Demi-Dieux. Les Devas parviennent ainsi à vaincre les Asuras, et les placer en exil sous-Terre pendant des décennies.

C’est dans ce contexte que Ramayana introduit ainsi Ravana, fils de sages Asuras qui implorera des semaines durant Brahma de lui accorder une invulnérabilité magique dans le but de renverser les Devas. Le fils prodigue revient donc pour mener son peuple à une violente révolte, devenant ainsi un empereur tyrannique. Tout ce contexte n’est que le point de départ, car c’est à cet instant que le récit se concentre sur la famille royale de la cité d’Ayodhya. Parmi les 4 fils du roi Vishvamitra, c’est bien Ram qui semble se distinguer en étant le nouvel avatar de Vishnou, capable de contrer les Asuras. Ramayana nous conte ainsi le long parcours de ce héros légendaire, via sa rencontre avec sa femme Sita et son exil en dehors du royaume.
Le film le plus cher de l’Histoire du cinéma asiatique
Ramayana fait véritablement office de Bible, et Bollywood s’est donc penché sur Nitesh Tiwari (réalisateur de Dangal, le plus gros succès de l’Histoire du cinéma indien) pour mettre en boîte ce qui sera finalement un diptyque. Épaulé par le scénariste Shridhar Raghavan (responsable des films d’action du YRF Spy Universe avec Pathaan ou encore War), on aurait pu penser à un mélange difficilement poreux pour transposer ce qui fait partie d’un patrimoine aussi important.
Mais dès les premiers plans, Ramayana impressionne, et ce tout au long des 3h15 constituant ce qui n’est que la moitié d’un récit ample. L’équivalent de 250 millions de dollars de budget aide forcément, faisant du métrage une super-production bénéficiant d’effets visuels de la société DNEG (Le Seigneur des Anneaux, Dune, Avatar). Allié à divers sets massifs, on se retrouve ni plus ni moins que devant un vrai festin coloré entre le folklore indien et l’heroic fantasy pure.

Armées avec des centaines de figurants, décors pharaoniques, armes magiques, animaux fantastiques, char volant ressemblant à une montgolfière de fantasy, visions grandioses de divinités…. Ramayana renouvèle finalement le genre malgré son matériau d’origine mille fois repris. Certes, certains décors apportent une certaine artificialité dans leur conception, comme ces passages en forêt avec des démons ressemblant à des orcs de Warcraft.
Pour autant, Nitesh Tiwari donne une cohérence à l’identité visuelle globale d’un métrage n’ayant de toute façon pas besoin de verser dans le réalisme (on est loin de Ponniyin Selvan). Pourtant, derrière la sidération constante provoquée par Ramayana, le film souffre sans doute d’un tiers central plus statique, centrée sur des exploits de Ram (joué avec révérence par la superstar Ranbir Kapoor).
Dialogues sur-explicatifs et ampleur spectaculaire
Le film suit globalement avec grand respect les écrits ancestraux, mais à cet instant se contente d’emballer ces séquences de banquets ou d’accès à l’arc sacré de Vishnou sans réel enjeu dramaturgique ni exploration de la psyché de ces personnages. Un aspect plus programmatique donc, d’autant que l’écriture et la mise en scène des dialogues affiche une dimension statiques et explicatives relevant presque du didactisme (mention spéciale pour tout ce qui a trait à l’exil de Ram).
De quoi amener une sérieux coup de mou à Ramayana, avant une dernière heure qui ré-appuie sur l’accélérateur vers le grand spectacle. Le tout, saupoudré d’un superbe score signé Hans Zimmer (avec ses basses appuyés caractéristiques) et A.R. Rahman (proposant des élans de musique ethnique absolument somptueux). L’Orient et l’Occident se rencontrent donc, trouvant leur point d’orgue dans des morceaux d’action résolument épiques comme seul la Chine nous avait habitué (Creation of the Gods).

On pense à cette séquence de fuite face à une armée Azura, ou bien les pugilats ultra-violents du personnage de Ravana (Yash, la star Kannada de KGF, est absolument parfait de charisme machiavélique) face à des dizaines d’assaillants. Et après un segment plus faible divisant pour de bon le trio de héros principal, Ramayana se conclue par un climax complètement dément impliquant le Demi-Dieu ailé Patayu.
Un pur bonheur techniquement impressionnant et brutal à des centaines de mètres d’altitude. C’est dans ce moment de bravoure que Ramayana brille définitivement, parvenant à proposer un spectacle qui n’a absolument pas à rougir face à Hollywood, puisant dans le sève même de la mythologie indienne pour faire bouger l’échiquier du blockbuster mondial. De quoi allègrement gommer les faiblesses structurelles du métrage, et d’attendre fébrilement une Partie 2 qui s’annonce déjà comme un rendez-vous immanquable.
Ramayana sort au cinéma le 6 novembre 2026
avis
Malgré quelques faiblesses structurelles inhérentes à sa fonction de Partie 1, difficile de rester de marbre face à cette adaptation de Ramayana proposant un spectacle démesuré. Encapsulant tout le folklore mythologique des origines avec une ampleur rivalisant avec les plus hauts faits de l'heroic fantasy cinématographique, le blockbuster de Nitesh Tiwari affirme un peu plus le cinéma pan-indien comme un des grands acteurs du cinéma populaire mondial. Épique !
