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Accueil - Critique Have a Good Day : vous avez raté un opéra unique !
Critique Have a Good Day : vous avez raté un opéra unique !
© Modestas Endriuska
Spectacle

Critique Have a Good Day : vous avez raté un opéra unique !

Lucine Bastard-Rosset Lucine Bastard-Rosset30 octobre 2024Aucun commentaireIl vous reste 4 minutes à lireUpdated:10 février 2026
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Du 22 au 24 octobre s’est joué au Théâtre du Rond Point un opéra d’un autre genre. Programmé dans le cadre du Festival d’Automne, Have a Good Day ! est une performance lituanienne qui fait de la répétition son mode de communication.

A l’instar d’une ritournelle, le trio lituanien composé de Vaiva Grainytė, Lina Lapelytė et Rugilė Barzdžiukaitė revient au Festival d’Automne. Après leur performance Sun & Sea en 2023 – qui mettait en lumière le réchauffement climatique – elles présentent Have a Good Day !, un opéra qui scanne les codes absurdes du métier de caissière dans notre monde consumériste. La répétition des gestes se propage jusque dans la musique et la mise en scène, devenant le motif principal d’une œuvre politique et épurée.

Sous la lumière froide des néons

Les dix caissières présentes sur scène n’ont pas attendu l’entrée des spectateurs pour commencer à scanner les codes barres à l’aide de leur douchette. Assises face public sur des chaises en fer disposées sur des praticables, elles arborent toutes le même regard tourné vers le bas et focalisé sur leurs mains. Vêtues d’une blouse bleue de travail, elles réalisent le même geste en boucle, tandis qu’un agent de sécurité attend patiemment au bout de la rangée, assis devant son piano. Au-dessus d’elles, la lumière froide et crue des néons blancs s’avance jusqu’au milieu des gradins ; la scène se prolonge, les spectateurs devenant les clients potentiels d’un supermarché où tout doit être acheté.

Les caissières automatiques

Tout est mécanisé dans Have a Good Day !, les identités propres n’ont pas lieu d’être. Ici, les femmes ne sont que des robots automatiques dont les gestes perdent tout leur sens et sont réduites à vendre des produits pour gagner un salaire qui leur permettra d’acheter de nouveaux produits. Un cycle interminable dont l’absurdité se retrouve dans les paroles des chansons : le mal-être est partout et même « les yaourts souffrent d’insomnies ». Les aliments anthropomorphes deviennent le reflet d’une société envahie par un brouhaha constant, marquée par la guerre et les conflits. 

© Rugile Barzdziukaite

“BONJOUR ! MERCI ! BONNE JOURNÉE !” s’affichent en lettres capitales, traduisant des textes lituaniens ponctués de bips incessants. Alternativement, les caissières prennent seules la parole mais les solistes sont rapidement rejointes par le chœur. L’unicité devient l’unité, ces femmes partageant un même quotidien et affrontant une souffrance commune. La violence point à travers des chants relativement doux, qui s’apparentent parfois à des comptines pour enfants. Le plus souvent a cappella, les voix de Indrė Anankaitė Kalašnikovienė, Liucina Blaževič, Vida Valuckienė, Veronika Čičinskaitė-Golovanova, Lina Valionienė, Rima Šovienė, Erika Viselgė, Rita Račiūnienė, Svetlana Bagdonaitė et Kristina Svolkinaitė sont parfois rejointes par les notes tourmentées du pianiste qui crée des boucles lancinantes. 

Un ostinato lancinant

On ne peut pas écouter cet opéra sans avoir en tête les compositions de Philip Glass ou encore celles de Steve Reich, deux musiciens incontournables de la musique répétitive. La boucle comme procédé de création devient ici un moyen de mettre en musique le travail aliénant de la caissière. Dans Have a Good Day !, les mêmes motifs reviennent inlassablement. Composée par Lina Lapelytė, la partition musicale oscille entre des modulations récurrentes au demi-ton et des gammes pentatoniques omniprésentes. Les polyrythmies se multiplient, instaurant un climat instable accentué par des dissonances. Le canon devient le moyen de faire dialoguer deux voix qui disent finalement la même chose. La musique se fait le vecteur d’une émotion, transmettant sur 55 minutes les voix puissantes d’un chœur au féminin.

© Rugile Barzdziukaite

Malgré cette uniformisation imposée par le système et la société de consommation, certaines caissières racontent leur lutte avec une naïveté presque poétique. Au milieu de phrases automatisées transparaissent les personnalités singulières de femmes qui parlent de leur vie et de leurs désirs. Tandis que l’une, qui est ici car personne n’embauche de diplômée des Beaux-Arts, rêve de reprendre sa thèse, une seconde mentionne son voyage en Angleterre sans son mari dont on comprend qu’il vient de la quitter ; alors qu’une troisième, enfin, a l’impression de devenir folle. Elles se livrent à cœur ouvert, dépassant ce pourquoi on voudrait les programmer.

Have a Good Day ! est un “opéra pour dix caissières, des sons de supermarché et un piano” qui donne la voix à des femmes instrumentalisées par une société. Une performance lituanienne à rejouer encore et encore !

Have a Good Day ! s’est joué pour la première fois à Paris du 22 au 24 octobre au Théâtre du Rond-Point dans le cadre du Festival d’Automne.

Avis

8 En choeur !

Have a Good Day ! est un opéra lituanien pas comme les autres, une performance pensée pour dix caissières, des sons de supermarché et un piano. Chants a cappella, chœurs, solistes, polyrythmie, dissonances, tout est construit autour de la répétition, une manière de composer qui entre en résonance avec le travail aliénant de la caissière.

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