Cannes 2019 – jour 3 : alea jacta est

À Cannes, le bonheur ne se limite pas à se prélasser sur la plage, à regarder des films et à squatter des soirées. Le plus grand plaisir du festivalier, c’est de tomber sur des films qu’il n’aime pas. Certains se laissent aller à des huées – ce qui est ridicule, car les personnes qui ont travaillé dur pendant des mois ou des années ne méritent pas cela – d’autres prennent leur plu… leur clavier pour atomiser le long-métrage façon puzzle.

Je suis plutôt fier de me situer dans la seconde catégorie. Ce triste sort aurait pu arriver aux Misérables, un film qui veut choquer et qui s’effondre en chemin, mais heureusement pour lui, il avait assez de qualités pour ne pas être submergé totalement par ses défauts. Je prends donc mon mal en patience et j’attends, tapis dans l’ombre, prêt à en découdre…

Hélas ce n’est pas Bacurau qui va me le permettre non plus, avec son ultra violence mélangée à un humour cynique, complètement désabusé, le tout emballé dans un scénario entre l’univers de Peckinpah et d’Astérix.

Cannes 2019 - jour 3 : Alea jacta est

Les 12 travaux d’Astérix

En parlant du plus célèbre des gaulois, je tiens à signaler que les 12 travaux d’Astérix sont à l’honneur aujourd’hui. Ce n’est pas à travers une projection sur grand écran, mais par un sentiment de vivre la même histoire que nos deux héros dans la maison qui rend fou, elle-même inspirée de l’univers décrit par Kafka dans le Procès.

En effet, après avoir passé deux contrôles de sécurité aux côtés d’un groupe de valeureux italiens, on a tenté d’aller au balcon où on nous a repoussé gentiment en nous pressant de nous rendre à l’orchestre. Devant nous, une porte se ferme et un agent nous signale qu’il reste des places en porte 1. On y va, c’est fermé. « Pas de place ici, allez en porte 6 ».

Kafka est parmi nous.

Je sens les Italiens à deux doigts de perdre leur sang froid et j’espère intérieurement qu’ils se lâchent avec leurs plus belles expressions verbales. Lorsqu’on arrive à la porte 6, devinez quoi, non seulement la porte est fermée mais en plus on nous dit d’aller à la porte 1. Comme une balle de tennis qui n’a pas le choix de sa destination, on se prend un superbe revers une main qui nous renvoie directement à cette porte tristement célèbre. Bien entendu, elle est close et les morts la gardent – les fans du Seigneur des anneaux comprendront – on aurait pu arrêter les frais là, mais non !

Un agent avec soit de bonnes intentions, soit un certain penchant pour le sadisme, nous signale qu’il faut aller au balcon, là où on s’est fait refouler en premier lieu. Les Italiens partent définitivement en vrille et n’essayent même plus de parler français – c’est beau des Italiens en colère.

Alors, je vous passe les derniers détails, sinon on va croire que je suis payé au nombre de caractères, mais le résultat est le suivant : on nous refoule sur les escaliers du tapis rouge de Cannes qu’on venait de gravir. Les stars peuvent se vanter de les avoir montés, moi de les avoir montés et descendus en l’espace de 10 minutes. Veni, vidi, vici.

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Nicolas Diolez

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