[Critique] Léviathan, Russie sous silence

Le Léviathan, c’est une créature mythologique évoquant « un cataclysme terrifiant capable de modifier la planète, d’en bousculer l’ordre et la géographie ». Un chaos aux formes diverses, ici personnifié par le metteur en scène Andreï Zviaguintsev à travers une Russie broyeuse d’individus, assoiffée de pouvoir. La Russie de Poutine, à deux pas de chez vous.

Pour autant, Zviaguintsev reste à échelle humaine et se garde bien de tirer sur l’ambulance. Récit d’un scandale judiciaire et portrait d’une fratrie en éclosion, Leviathan prend le pouls de ses personnages autant que de sa sublime mer de Barents, cadré dans un scope lumineux. Il en résulte un rythme à contre-courant de la forte dramaturgie contenue au sein de l’intrigue, dans une forme de simplicité qui paie sur le long.

Et puisque son metteur en scène n’a pas peur de mettre les mains dans la boue, le château de cartes qui progressivement s’écroule se teinte d’une amertume déchirante envers une Russie humainement en lambeaux. Le montage met en lumière la petite et la grande échelle jusque dans un final qui offre le frisson d’une mécanique imparable. Et tristement réelle et palpable dans un pays où la vérité a le devoir du silence. Nécessaire.

Léviathan est sorti le 24 Septembre dans les salles, auréolé d’un Prix du Scénario à Cannes.

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