Tout au long du Festival OFF d’Avignon 2026, nous rassemblons ici les pièces de théâtre contemporain qui ont retenu notre attention. Certaines sont des créations originales, d’autres des adaptations de textes récents, mais toutes portent des récits bien ancrés dans notre époque. Sujets de société, formes immersives ou récits sensibles : voici les propositions à suivre cette année.
Pour une vue d’ensemble du programme, retrouvez aussi notre sélection de spectacles à voir au Festival OFF d’Avignon 2026.
Girls & Boys

Déjà découvert lors d’une précédente édition du Festival OFF, Girls & Boys reste l’un des spectacles que nous avions envie de remettre en avant cette année. Avec ce texte de Dennis Kelly, on entre dans le récit d’une femme, d’une mère, dont la vie bascule peu à peu. La progression est redoutable, l’écriture puissante, et l’interprétation d’Ophélie Audon laisse une empreinte durable. Un moment de théâtre aussi bouleversant que nécessaire.
Infos pratiques : à voir au Théâtre du Tremplin, du 3 au 25 juillet à 12h, relâche les jeudis.
Nous avions déjà consacré une critique complète à ce spectacle, à retrouver ici.
Made in France

Avec Made in France, La Poursuite du Bleu signe une comédie engagée autour de la fermeture d’une usine et de la désindustrialisation. Le spectacle trouve un bel équilibre entre humour, rythme et regard social, sans jamais affaiblir le propos qu’il défend. Quiproquos, énergie collective et colère ouvrière se répondent dans une mise en scène fluide, portée par une troupe très solide. Une pièce vive, intelligente et franchement efficace.
Infos pratiques : à voir au 11 Avignon, du 4 au 23 juillet à 12h, relâche les vendredis.
Nous avions déjà consacré une critique complète à ce spectacle, à retrouver ici.
Le mystère Ophelia

Le mystère Ophelia nous plonge dans une histoire vraie qui a secoué le Londres des années 1850 : celle d’une muse enfermée à jamais dans un tableau. Entre tragédie romantique, récit historique et trouble intime, le spectacle déploie une atmosphère fascinante. On y retrouve cette part de mystère propre aux destins d’artistes et aux figures féminines que l’histoire a parfois réduites à une image. Une proposition à suivre pour son intensité et son pouvoir d’évocation.
Infos pratiques : à voir au Théâtre des Corps Saints, du 4 au 25 juillet à 10h05, relâche les jeudis.
Nous avions déjà consacré une critique complète à ce spectacle, à retrouver ici.
Terreur

Avec Terreur, le public ne se contente pas d’assister à un procès : il en devient le jury. Dans cette pièce de Ferdinand von Schirach, une pilote de chasse est accusée d’avoir abattu un avion de ligne détourné par un terroriste pour empêcher une catastrophe encore plus grande. La question posée est aussi simple que vertigineuse : avait-elle le droit de sacrifier des passagers pour en sauver des milliers d’autres ? Un spectacle immersif, passionnant et troublant.
Infos pratiques : à voir au Théâtre des Lucioles, salle Mistral, du 4 au 25 juillet à 18h10, relâche les 8, 15 et 22 juillet.
Nous avions déjà consacré une critique complète à ce spectacle, à retrouver ici.
Son odeur après la pluie

Adapté du livre de Cédric Sapin-Defour, Son odeur après la pluie raconte le lien unique entre un homme et son chien. Mais derrière l’histoire d’attachement se dessine aussi une réflexion profonde sur l’amour, la présence, la perte et ce que les animaux changent dans nos vies. Marie-Hélène Goudet porte ce récit avec beaucoup de sincérité et de délicatesse. Un spectacle intime, tendre et profondément humain.
Infos pratiques : à voir au Théâtre Essaïon – Avignon, du 3 au 25 juillet à 15h10, relâche les jeudis.
Nous avions déjà consacré une critique complète à ce spectacle, à retrouver ici.
Ce qui reste d’un amour

Avec Ce qui reste d’un amour, Carlotta Clerici explore les zones fragiles et contradictoires de la passion amoureuse. Porté par Caroline Devismes et Thomas Le Douarec, le spectacle avance avec simplicité, justesse et une belle finesse d’interprétation. Il y est question de ce que l’amour laisse derrière lui, de ce qui résiste, de ce qui brûle encore. Une pièce sensible, sobre et touchante.
Infos pratiques : à voir au Théâtre des Lucioles, du 4 au 25 juillet à 19h15.
Nous avions déjà consacré une critique complète à ce spectacle, à retrouver ici.
Le silence de Claire Lagrange

Dans un établissement spécialisé, aux abords d’une forêt, Claire Lagrange ne parle plus. Après une grave crise psychotique, assommée par les médicaments, elle peint ce qu’elle ne parvient plus à dire. C’est ce monde intérieur que le spectacle dévoile peu à peu, dans une atmosphère trouble et inquiétante, portée par une mise en scène très singulière. Sur scène, des Playmobil sont manipulés dans un décor miniature projeté sur écran, tandis que le récit fait surgir tout un monde de personnages. Le dispositif intrigue d’abord, puis il happe complètement. Derrière Le silence de Claire Lagrange, le spectacle interroge aussi une société pressée, qui se fissure, oublie le lien, la contemplation, et malmène la santé mentale. Un objet théâtral original, profond et particulièrement marquant.
Infos pratiques : à voir au Théâtre des Doms, du 4 au 25 juillet 2026 à 12h30, relâche les mercredi.
Laisse-moi partir

Mathieu vit avec sa mère et sa sœur dans leur maison de campagne. Un quotidien fait de chamailleries, de complicité et de parties de Scrabble où l’amour compte toujours triple. Pourtant, un jour, en pleine nuit, Mathieu décide de partir en laissant une lettre. Tout quitter par amour, ça n’a pas toujours le sens que l’on croit… Romain Poli signe un texte sensible et touchant, sans excès, qui nous va droit au cœur. Sur scène, dans un décor vivant et chaleureux, il incarne Mathieu aux côtés de Cécile Covès et Christine Gagnepain, tout aussi touchantes et attachantes. À eux trois, ils forment une famille comme tant d’autres qui, face à la maladie, continue à faire le choix de la vie. La mise en scène d’Aurélie Camus, sobre et délicate, accompagne avec justesse ce glissement permanent entre rires, pudeur et émotion. Un moment plein de sincérité, qui parvient à aborder un thème lourd tout en nous laissant le cœur léger.
Infos pratiques : à voir à l’Espace Saint-Martial, du 4 au 25 juillet 2026 à 19h20, relâche les dimanches.
Chrysalide

La chrysalide, c’est l’état intermédiaire avant que la chenille ne se change en papillon. C’est l’espace où la vie prend forme, où la beauté se prépare, où l’espoir jaillit. C’est ce qui se passe aussi dans cette nouvelle création d’Émilie Chevrier et Renaud Dupré, jusqu’alors habitués à nous faire de très belles propositions jeune public (Dedans moi ; Vie). Comme un cri du cœur, ils s’adressent cette fois à un public plus large, mais toujours avec la même générosité, la même poésie, pour aborder notre rapport au monde qui s’embrase, au vivant menacé, aux peurs qui nous tétanisent, à l’autre dont on s’éloigne. Les tableaux s’enchaînent entre installation plastique, vidéo, slam et théâtre, formant une fresque foisonnante. On peut être un peu troublé par la densité parfois débordante de l’ensemble, mais on ne peut qu’être touché par l’engagement, la sincérité et tout le cœur qu’ils y mettent. Plus qu’un spectacle, c’est avant tout un moment de joie partagée et de communion qu’ils nous offrent, comme une tentative noble et pleine d’espoir de sauver ce qui peut encore l’être.
Infos pratiques : à voir au théâtre L’Adresse, du 4 au 25 juillet à 14h05, relâche les mercredis. À partir de 12 ans.
Le lave-vaisselle

Si vous avez pris la mauvaise habitude de mettre les couteaux la pointe vers le haut dans le lave-vaisselle, préparez-vous à changer vos habitudes ! On vous rassure, ce n’est pas vraiment le propos de la pièce, même si le lave-vaisselle miniature disposé sur la scène est le point névralgique où se jouent les tensions au sein de ce couple. Les reproches sur l’intendance du quotidien et la manière de remplir et de vider cette fichue machine ne sont qu’un prétexte pour s’attaquer au seul vrai problème : l’autre. Flor Lurienne et Frédéric de Golfiem incarnent avec délice ce couple en crise. Elle est fougueuse, incandescente. Lui, sarcastique. La tension monte et les reproches fusent en même temps que s’invitent les frustrations de l’un, l’amertume de l’autre, la lassitude peut-être. La joute est pleine de cruauté, d’ironie, de douceur, d’espoir aussi, et l’analyse qui s’en dégage est fine et pleine de justesse. Chacun de nous pourra s’y retrouver quelque part.
Infos pratiques : à voir au théâtre Transversal, du 4 au 25 juillet à 17h45, relâche les mercredis.
La danse des cavaliers

Si vous voulez une bonne dose de tendresse, ne cherchez plus, vous êtes au bon endroit. La danse des cavaliers, c’est l’histoire de Max et Léon : deux enfants, deux ados, deux adultes, deux personnes âgées, mais pas forcément dans cet ordre. L’histoire d’un lien qui traverse le temps avec ses hauts, ses bas, sa complicité, ses bêtises, ses premiers amours, ses rêves, ses éloignements, ses incompréhensions, ses retrouvailles, ses drames… Et puis cette passion pour les échecs qu’ils partagent depuis toujours. Hugo Metais et Gabriel Rodriguez, qui signe également le texte, sont touchants dans ces rôles qui voyagent librement d’une époque à une autre pour nous faire approcher au plus près de ce lien fraternel, sans jamais chercher à faire diversion ni ajouter de superflu. À leurs côtés, Jeanne Arsac est la toute jeune voisine, Rose, drôle et pétillante. La fin est de toute beauté, si poétique et intelligemment pensée… mais on ne vous dévoilera évidemment rien. Un pur moment d’humanité, de tendresse et de drôlerie, doux comme une étreinte.
Infos pratiques : à voir au Théâtre des Béliers, du 4 au 25 juillet à 15h55, relâche les jeudis.
Nos lendemains

Nous avons trouvé notre madeleine de Proust de cette édition 2026 du Festival OFF d’Avignon ! Nos lendemains nous fait retraverser toute notre existence en accéléré à travers celles de Christian et Annie, alias “Tianou” et “Nini”, et leurs regards posés sur les moments historiques, sociaux, politiques qui ont marqué chaque époque. Mais aussi et surtout à travers une bande-son qui nous a fait sourire d’un bout à l’autre et nous donne inévitablement envie de pousser la chansonnette. On y retrouve une multitude d’extraits de grands tubes de l’époque où l’on disait encore « tube », mais aussi des extraits sonores d’interviews de personnalités des années 70, 80, 90, 2000, à nos jours. Et l’on adore les commentaires qui imaginent un avenir que nous, spectateurs, avons déjà vécu ! Lisa Chevallier et Rémi Bourdeau incarnent avec beaucoup de naturel et de simplicité ce duo complice, drôle et attachant, que l’on quitte le sourire aux lèvres, mais que l’on n’oubliera pas.
Infos pratiques : à voir au Théâtre de l’Optimist, du 3 au 25 juillet à 10h30, relâche les jeudis.
Chang’E et la lune

Voilà l’une de nos plus jolies surprises de ce festival. Nous ne savions pas vraiment à quoi nous attendre, et nous avons découvert un univers féérique dans lequel nous nous sommes laissé transporter avec émerveillement. Portée par le Collectif Le Manège, cette création écrite par Clara Saadoun et mise en scène par Sarah Zaher revisite un mythe chinois ancestral pour en faire une fable sensorielle, poétique et très actuelle. Chang’E, déesse de la lune, tombe amoureuse d’un astronaute qu’elle décide de suivre secrètement sur Terre. Intrigués par cette créature étrange qui ne maîtrise pas leur langage et semble ne pas vieillir, des scientifiques l’enferment dans un laboratoire pour l’étudier. Inutile de vous en dire plus, le mieux est de se laisser porter. Tout est fascinant dans cette création : ce conte chinois teinté de science-fiction qui questionne notre rapport à l’existence et notre fascination pour la jeunesse éternelle, la mise en scène immersive qui offre une place de choix aux bruitages et à la musique live ainsi qu’aux animations graphiques, et bien sûr le jeu d’une grande sensibilité des comédiens. Gabriel Bizi, Clara Saadoun, Baudouin Sama et Emma Varichon nous captivent d’un bout à l’autre, et cette dernière est particulièrement hypnotique dans le rôle de cette déesse chinoise à la gestuelle et à la manière d’être en contact avec l’autre si particulières. La poésie s’invite dès les premiers instants, s’installe, et ne nous quitte plus. Un moment de toute beauté qui nous a fait vivre une expérience assez unique, une parenthèse hors du temps.
Infos pratiques : à voir au Théâtre du Rempart, du 4 au 25 juillet à 18h, relâche les jeudis.
À pile ou face

Nous aurions pu ne pas choisir ce spectacle parmi les plus de 1700 propositions de cette édition du Festival Off d’Avignon. Un choix possible parmi tant ! Nous aurions aussi pu faire comme Adélie et Eliott et organiser notre programme en jouant à pile ou face… Après une rencontre inattendue dans une situation qui l’est tout autant, ils décident ainsi de confier chaque choix de leur journée au hasard, en jouant à pile ou face. Dans le public, un ou une volontaire est donc chargée de faire parler la pièce de monnaie à chaque fois qu’un choix doit être fait, donnant l’impression que le spectacle se construit devant nos yeux. Nous n’aurions d’ailleurs pas été contre un peu plus de ces moments de choix. Sur scène, Elisa Birsel et Peter Dervillez donnent vie à ces deux personnages, et interagissent avec de nombreux autres personnages qui apparaissent régulièrement sur des écrans. L’histoire est assez légère et repose essentiellement sur ce procédé original et surprenant. La mise en scène et les décors s’appuient également sur ces écrans, pour un rendu très cinématographique, parfois même onirique. Une expérience théâtrale originale et divertissante.
Infos pratiques : à voir au Théâtre La Luna, du 4 au 25 juillet à 10h30, relâche les 16 et 23.
Diabolo Menthe

C’est un bien joli moment d’humanité et de tendresse que nous offre Diabolo Menthe. On découvre d’abord l’histoire d’amour naissante et passionnée entre Céleste et Benjamin alors qu’ils sont au lycée. Un soir, ils font le pari de se retrouver au même endroit vingt ans plus tard, jour pour jour, pour cocher une liste de promesses. 20 ans plus tard, Benjamin est au rendez-vous, mais c’est Esmée qui l’attend à la place de Céleste, avec la fameuse liste… Qui est-elle ? Quel lien l’unit à Céleste ? En navigant d’une époque à l’autre, la pièce explore avec beaucoup de douceur et de justesse les liens d’amour et de famille soumis à l’épreuve du temps, de nos peurs, de nos choix, et nous fait traverser de nombreuses émotions. On s’attache à ces deux duos dont les histoires s’entremêlent et qui nous bouleversent chacun à leur façon. Aux côtés de Dena Pougnaud et Guillaume Petit, Albane You nous a particulièrement touchés dans le rôle d’Esmée, jeune femme écorchée et courageuse. La mise en scène, très fluide et poétique, joue avec les lumières, les ambiances sonores, les atmosphères, et entremêle parfois habilement les souvenirs et le présent. Ils nous ont fait fondre et, pour une fois, la chaleur n’y était pour rien.
Infos pratiques : à voir au Théâtre du Roi René, du 4 au 25 juillet à 11h20, relâche les mercredis.
Gratte-gratte

Avec Gratte-gratte, la compagnie 22h22 nous plonge dans un récit très ancré dans le réel, du côté d’une jeunesse rurale rarement mise en lumière au théâtre. À travers l’histoire de deux amis d’enfance, la pièce raconte les rêves d’ailleurs, les frustrations, les silences, mais aussi l’addiction aux jeux d’argent, qui s’invite dans le quotidien jusqu’à fragiliser les rêves, les liens. La pièce se nourrit aussi d’une matière documentaire, qui se mêle subtilement à la fiction sans jamais l’alourdir. Les comédiens sont très touchants, et l’écriture avance avec justesse, sans surplomb, portée par des personnages auxquels on s’attache peu à peu. Une création sensible, sincère et profondément humaine, qui donne à entendre des voix que l’on entend trop peu sur scène. À retrouver également dans nos coups de cœur !
Infos pratiques : à voir au Théâtre des Béliers, du 4 au 25 juillet à 20h50, relâche les jeudis.
Après la fin

Si vous aimez l’univers sombre et sans compromis de Dennis Kelly, ce thriller psychologique sur fond de fin du monde ne devrait pas vous laisser indemne. Louise se réveille dans un bunker où elle est enfermée aux côtés de son collègue Mark, qui lui assure l’avoir sauvée d’une apocalypse nucléaire. Si elle n’a aucun souvenir de ce qui s’est passé et est terriblement inquiète pour ses proches à l’extérieur, elle est rapidement troublée par le calme dont son compagnon de bunker fait preuve face à cette situation dramatique. Le fameux calme avant la tempête… Car, très vite, le comportement de Mark se fait de plus en plus impulsif, obsessionnel, colérique, jusqu’à devenir violent. Et c’est finalement face à une relation d’emprise entre deux êtres solitaires que l’on se retrouve dans ce huis-clos étouffant, mené avec une intensité folle par Claudia Fortunato et Julien Grisol. La tension est permanente, l’atmosphère inflammable, et l’on se demande si ce n’est pas finalement à l’intérieur de ces murs en béton que se situe le véritable danger. Une expérience qui secoue.
Infos pratiques : à voir à L’Oriflamme, du 4 au 25 juillet à 11h30, relâche les jeudis.
Avertissement : violence sexuelle.
L’affaire du tueur de l’ombre

Si, comme nous, vous aimez les enquêtes criminelles, vous allez adorer cette pièce immersive et tout aussi captivante qu’un épisode de ‘Faites entrer l’accusé’ ! L’affaire, ici, est celle d’un meurtrier qui sévissait dans la petite ville de Nogent-sur-Oise dans les années 70. Ses cibles : des femmes brunes, toujours, qu’il assassinait en pleine nuit. Il aura fallu cinq années d’enquête, six meurtres et l’arrivée d’un jeune inspecteur passionné par l’affaire pour offrir un dénouement à cette longue traque. Celui-ci s’appuie notamment sur des techniques de profilage encore méconnues en France. On se retrouve plongés dans un thriller captivant, particulièrement bien mené par des comédiens excellents. Grégory Bellanger donne une belle profondeur à ce jeune inspecteur pour qui cette affaire tourne à l’obsession, au point de négliger sa famille. On a adoré la mise en scène ingénieuse avec ses panneaux blancs sur lesquels certaines scènes apparaissent à travers des jeux d’ombres, et notamment les scènes de crimes. Ajoutez à cela le décor façon polar des années 70, les projections vidéo et la bande-son qui vient accentuer la tension, et l’on obtient une pièce dont l’esthétique n’a rien à envier au cinéma. On en redemande !
Infos pratiques : à voir à Présence Pasteur, du 4 au 25 juillet à 16h20, relâche les jeudis.
La confiture de coings

Interpelés par la poésie de son affiche, nous avions depuis longtemps envie de découvrir ce spectacle qui a déjà joué à Paris. Mieux vaut tard que jamais ! Si vous avez envie ou besoin d’un bon bain de tendresse, vous êtes au bon endroit. La jeune compagnie 22h22, à qui l’on doit également Gratte-gratte, autre merveille de ce festival dont nous vous parlions un peu plus haut, a décidément bien du talent. Clara Navarro et Hugo Samperiz nous emmènent dans l’intimité de Jules et Romane, dont la vie de couple est rythmée par les petits goûters de 16h. Et toute l’originalité de cette pièce, c’est que nous suivons la vie de ce couple à travers les âges… mais en commençant par la fin ! Ils ont donc 90 ans quand nous les rencontrons, puis le temps se rembobine, dévoilant des instants de vie, de joie, de désaccord, de doute, d’espoir, qui ont construit leur histoire et se font subtilement écho. Les deux comédiens sont très touchants dans leur interprétation pudique et dans la complicité qu’ils installent entre leurs deux personnages. Margaux Lebrun signe une fois de plus un texte poétique, porté par une mise en scène délicate, le tout avec une authenticité et une sensibilité rares. Une délicate traversée amoureuse, qui laisse le cœur tout doux.
Infos pratiques : à voir au théâtre Pierre de Lune / La Luna, du 4 au 25 juillet à 16h05, relâche les 8 et 15 juillet.
Hier a duré 4 jours

Le Collectif des Sales Mômes : voilà une autre jeune compagnie qui a su nous charmer pendant ce festival. Enchantés par Diabolo Menthe, dont nous vous parlions un peu plus haut, nous avons eu envie de découvrir une autre de leurs créations. Et nous ne l’avons pas regretté ! Au cœur de l’été, Jo, Léon, Louna et Sasha, un groupe d’amis, passent une journée ensemble, comme tant d’autres… jusqu’à l’arrivée de Roman qui vient bouleverser leur équilibre et tout faire basculer. Une journée qui malmènera leurs liens, leurs espoirs, leurs cœurs, et qui marquera la fin de l’adolescence. Une journée qui donnera l’impression d’avoir duré 4 jours, comme un dernier été avant la fin de l’innocence. On entre très vite dans cette histoire qui sonne vrai, sans artifices de jeu ni de mise en scène. L’interprétation est d’une grande sincérité, on croit à l’amitié de cette bande de potes qui nous touche, à leurs doutes, leurs émois, leurs angoisses, leurs rêves. On peut même s’y retrouver quelque part, l’adolescence n’est jamais si loin… La musique s’intègre joliment à l’ensemble, qui vient nous caresser le cœur sans oublier de nous faire sourire. Un très joli moment de théâtre et une jeune troupe bourrée de talent.
Infos pratiques : à voir au Théâtre de l’Ange, du 4 au 25 juillet à 18h40, relâche les mercredis.
Le village des sourds

C’est une expérience originale, émouvante et poétique que nous invitent à vivre Léonore Confino et Catherine Schaub avec cette création. Sur scène, un duo de comédiens merveilleux et attachants : Romain Cottard et Ariana-Suelen Rivoire. Tous deux nous accueillent au sein d’un village perdu dans le grand Nord où vit Youma, une jeune fille sourde, à laquelle Gurven prête sa voix tandis qu’ils communiquent ensemble en langue des signes. Un village où les habitants vivent harmonieusement et ne manquent de rien, riches de leur langage… jusqu’à ce qu’un marchand débarque pour leur proposer tout un tas d’objets inutiles, qu’ils pourront payer avec leur seule monnaie : les mots. Les mots vendus ne devront plus être utilisés sous peine de sanctions. Et tandis que l’envie de possessions superflues grandit, la langue disparaît peu à peu et les tensions et rivalités se font de plus en plus fortes entre les habitants. La langue des signes devient alors une langue de résistance. Derrière cette fable touchante et une scénographie très poétique se tisse une réflexion intelligemment amenée sur le pouvoir des mots, sur l’importance de la richesse et de la subtilité du langage dans les liens que nous entretenons les uns avec les autres, ou encore sur la société de consommation et la manière dont le capitalisme peut peu à peu nous asservir. Une fable aussi délicate que politique, qui rappelle qu’une langue n’est jamais seulement un outil : c’est une manière d’exister ensemble.
Infos pratiques : à voir au Théâtre du Balcon, du 4 au 14 juillet à 20h35, relâche le 9 juillet. Spectacle traduit en langue des signes française.
Dans l’ombre de Jorge Donn

C’est une histoire comme on les aime : celle d’une passion trop longtemps refoulée, d’une lumière intérieure étouffée qui finit par brûler si fort au-dedans que la laisser briller n’est plus une envie mais un besoin. C’est l’histoire de Daniel, fasciné depuis toujours par son oncle, le célèbre danseur argentin Jorge Donn, révélé au grand public par le Boléro de Ravel, et dont il apprend un jour la mort à la télévision. Danser à son tour, c’est toujours en lui, il le sent, même s’il a arrêté la danse à 15 ans parce qu’il y a rarement deux génies dans une même famille, paraît-il. Mais entre sa femme qui ne le soutient pas dans cette aspiration et l’arrivée prochaine d’un enfant qui le pousse à se consacrer à son travail, Daniel renonce à ce qui frémit au fond de lui. Jusqu’à sa rencontre avec Anna, une professeure de danse qui va l’amener à se reconnecter à lui-même et à tracer son propre chemin vers son accomplissement. Aliocha Itovich est très touchant et attachant dans ce rôle de Daniel, inspiré de son histoire personnelle, et dans la tendre complicité qu’il tisse avec Anna, interprétée par la pétillante Vanessa Cailhol. Nous avons en revanche été moins convaincus par le personnage, assez rugueux, d’Hélène Degy, par son évolution au fil de l’histoire, et avons eu du mal à croire à ce couple. La mise en scène, très rythmée et ponctuée d’extraits vidéo et de brefs moments dansés, fait joliment cohabiter les époques, la réalité et les rêves, les doutes et les espoirs. Une jolie leçon de vie qui donne envie de dépoussiérer ce qui dort au fond de nous et de réveiller nos rêves.
Infos pratiques : à voir à La Factory – Roseau Teinturiers, du 3 au 25 juillet à 16h40, relâche les jeudis.
Ne t’arrête pas de courir

C’est l’histoire d’un athlète de haut niveau au destin de champion olympique avorté par une fâcheuse tendance à… braquer des pharmacies la nuit. Spécialiste du 400 mètres, Toumany Coulibaly enchaîne les records et court après son rêve. Mais la spirale de l’addiction court plus vite que lui et sa compulsion pour le vol l’arrête finalement dans sa course. Loup-Denis Elion incarne avec beaucoup de charisme ce rôle inspiré de la véritable histoire de Toumany Coulibaly, que nous avons d’ailleurs eu la chance d’avoir dans la salle le jour de notre représentation. Un athlète exceptionnel dont la carrière a pris fin à 29 ans avec une peine de trois ans de prison dont 20 mois avec sursis. Sur fond de musique électronique, l’adaptation de Johanna Boyé et Thibaud Houdinière retrace ce parcours hors-norme où l’athlète et l’homme se confrontent dans une mise en scène signée Tristan Petitgirard qui nous donne la sensation de courir nous aussi ce 400 mètres. L’amitié qui naît des nombreux entretiens entre Coulibaly et un journaliste obsédé par son histoire, interprété par Kamel Isker, est touchante et fait apparaître de très jolies nuances de jeu chez les deux comédiens. Dans sa manière d’explorer les failles et les fragilités de l’homme derrière le sportif, la pièce ne cherche nullement à excuser les faits, mais invite subtilement à s’interroger sur la possibilité d’un nouveau départ. Une renaissance, peut-être, et l’espoir lumineux d’un autre destin.
Infos pratiques : à voir au Théâtre Actuel, du 3 au 25 juillet à 11h50, relâche les mercredis.
Ceux qui restent

On aime particulièrement les pièces qui nous invitent en douceur à aller là où ça pique un peu, là où l’on évite souvent d’aller par peur de l’émotion forte, du bouleversement. C’est souvent là pourtant que l’expérience vient s’ancrer un peu plus profondément dans nos souvenirs. Et pour ce qui est de l’émotion, ici, vous êtes au bon endroit : on rit, on sourit et on pleure. L’histoire est celle d’Étienne, un trentenaire interprété avec beaucoup de douceur par Pablo Gallego, qui accompagne sa mère malade en Suisse pour un suicide assisté. Et tandis que la mort se prépare d’un côté, l’amour naît de l’autre alors qu’il rencontre Juliette. C’est ainsi que la pièce nous fait naviguer entre les derniers moments passés ensemble et les premiers instants de la rencontre, entre les souvenirs heureux que l’on se remémore et ceux que l’on commence à écrire ensemble, entre les derniers « je t’aime » et les premiers émois. Nous avons particulièrement été émus par Anne de Peufeilhoux, qui interprète le rôle de la mère avec une délicatesse, une sincérité et une lumière dans le regard qui tiennent ce personnage à mille lieues du tragique. Son énergie solaire et son humour contribuent grandement à faire triompher la vie dans ce récit poignant et infiniment tendre autour de la mort. Si bien qu’au moment des applaudissements, c’est avec la larme à l’œil et le sourire aux lèvres que l’on quitte ces personnages qui n’auront pourtant pas fini de nous accompagner.
Infos pratiques : à voir à La Scala Provence, du 4 au 25 juillet à 10h10, relâche les lundis.
Filles d’Ariane

L’histoire est originale, et mise en scène avec autant d’originalité. Elle est celle de Fleur, 15 ans, qui n’a jamais connu sa mère. Mais lorsqu’elle croise la route de Leandro, elle comprend que celui-ci va pouvoir éclairer les zones d’ombre de son histoire. Nous voilà alors plongés dans un récit labyrinthique où s’entrecroisent de nombreux personnages liés par des histoires d’amour, de famille, des drames et des secrets, des séparations et des retrouvailles. Pour interpréter tout ce petit monde, deux comédiens seulement sur scène : Valentine Daruty en alternance avec Constance Arnoult, et Thomas de Fouchécour en alternance avec Martin Kindermans. Et si nous craignions, au début, de ne pas nous y retrouver dans cette histoire à tiroirs, la mise en scène de Martin Kindermans, qui signe aussi le texte, rend l’ensemble fluide grâce à un procédé habile de pancartes et de lumières qui nous permettent de toujours savoir quels personnages habitent chaque scène. Un choix ingénieux et esthétique. Les rebondissements s’enchaînent tandis que l’intrigue se fait de plus en plus complexe. Quelques pas de danse classique s’invitent aussi, tels des élans de grâce et de légèreté, dans cette très jolie création, pleine de fraîcheur.
Infos pratiques : à voir à L’Espace Alya, du 4 au 25 juilletà12h25, relâche les mercredis.
Dysfonctionnelles

Si les dîners de famille sont des moments qui vous angoissent toujours un peu : attendez de voir celui-là ! En termes de tensions, de malaises et de non-dits, il y a de quoi se resservir, mais… pas sûr que tout cela soit très digeste pour tout le monde. Un bien joli trio d’interprètes nous entraîne dans un récit familial où, à force de gratter les blessures du passé, les murs porteurs vont peu à peu se fissurer sous le poids du silence et du mensonge. Meaghan Dendraël, Véronique Augereau et Clara Symchowicz incarnent avec beaucoup de sensibilité et d’intensité Joséphine, sa tante Céline et sa cousine Oxana. La grand-mère autoritaire et oppressante est judicieusement représentée par une tête de marionnette à taille réelle que manipulent tour à tour les trois comédiennes. De retour d’une mission à l’étranger, Joséphine ne va pas bien. La fragilité de son état fait ressurgir des bribes de souvenirs de son enfance, et l’arrivée d’une invitée inattendue va faire grimper la tension d’un cran. Oxana l’aide à tenter d’éclaircir ce qui peut être à la source de son malaise tandis que Céline, à la posture plus ambivalente, ne l’encourage pas sur cette piste. Petit à petit, les pièces du puzzle vont s’imbriquer et c’est un véritable thriller psychologique qui prend forme. Une proposition sombre et sensible, portée par trois comédiennes très justes, qui transforme le huis clos familial en terrain d’enquête intime.
Infos pratiques : à voir au Théâtre des Corps Saints, du 3 au 25 juillet à 11h40, relâche les jeudis.
Retrouvez également, tout au long de ce Festival OFF d’Avignon 2026, nos découvertes thématiques : théâtre contemporain, récits et seuls-en-scène, humour et comédie, classiques et adaptations, jeune public, danse et cirque, et découvertes musicales.
Sans oublier, bien sûr, nos coups de cœur !
