Shakespeare, Corneille, Molière, Marivaux, Victor Hugo… Au Festival OFF d’Avignon 2026, les grands textes continuent d’inspirer les scènes, entre adaptations, relectures contemporaines et nouvelles façons de faire entendre le répertoire. Certains spectacles ont déjà été vus en amont ou lors de précédentes présentations, avant que cette sélection ne s’enrichisse au fil de nos découvertes sur place. Voici les propositions à suivre cette année.
Pour une vue d’ensemble du programme, retrouvez aussi notre sélection de spectacles à voir au Festival OFF d’Avignon 2026.
Soie

Soie est une adaptation du roman d’Alessandro Baricco, portée sur scène comme un grand récit intérieur. Sylvie Dorliat nous entraîne sur les traces d’Hervé Joncour, entre voyages lointains, amour impossible, désir, silence et obsession. Le spectacle demande de se laisser envelopper par la musique des mots et par une atmosphère tout en délicatesse. Une proposition poétique et sensorielle, idéale pour celles et ceux qui aiment les récits qui prennent leur temps.
Infos pratiques : à voir au Théâtre des Corps Saints, du 4 au 25 juillet à 10h, relâche les jeudis.
Nous avions déjà consacré une critique complète à ce spectacle, à retrouver ici.
Les travailleurs de la mer

Adapté de Victor Hugo, Les travailleurs de la mer est autant une traversée littéraire qu’une performance d’acteur. Seul en scène, Elya Birman donne corps au combat de Gilliatt contre la mer, la solitude, l’amour et les éléments. La langue de Hugo y résonne avec une grande puissance, soutenue par une mise en scène sobre et immersive. Un spectacle intense, porté par un engagement physique et émotionnel impressionnant.
Infos pratiques : à voir à l’Ancien Carmel d’Avignon, du 4 au 23 juillet à 10h, relâche les vendredis.
Nous avions déjà consacré une critique complète à ce spectacle, à retrouver ici.
Bel Ami

Avec Bel Ami, le roman de Guy de Maupassant retrouve toute sa cruauté sociale sur scène. Portée par neuf comédiennes et comédiens, cette adaptation suit l’ascension de Georges Duroy, jeune homme séduisant et ambitieux prêt à tout pour conquérir le pouvoir. Entre journalisme, politique, manipulation et rapports de force, le spectacle donne à voir un monde où les jeux d’influence n’ont rien perdu de leur actualité. Une adaptation littéraire vive, incisive et très théâtrale.
Infos pratiques : à voir au Théâtre du Roi René, salle de la Reine, du 4 au 25 juillet à 10h, relâche les mercredis.
Nous avions déjà consacré une critique complète à ce spectacle, à retrouver ici.
L’illusion comique

Le Collectif L’Émeute revisite L’illusion comique de Corneille avec une énergie moderne et très inventive. Théâtre et cinéma s’y entremêlent dans une proposition rythmée, ludique et captivante. Le spectacle parvient à rendre le classique vivant, accessible et réjouissant, sans perdre ce qui fait la richesse de l’œuvre. Une relecture pétillante à suivre de près.
Infos pratiques : à voir au théâtre de l’Oulle, du 4 au 25 juillet à 11h40, relâche les jeudis.
Nous avions déjà consacré une critique complète à ce spectacle, à retrouver ici.
Hamlet, la fin d’une enfance

Hamlet, la fin d’une enfance transpose Shakespeare dans la chambre d’un adolescent de 19 ans, en plein deuil de son père. Le résultat est à la fois moderne, drôle, touchant et d’une grande créativité. Victor Duez porte ce Hamlet contemporain avec une énergie impressionnante, tandis que la mise en scène multiplie les trouvailles sans jamais perdre le fil émotionnel. Un gros coup de cœur, et une très belle porte d’entrée vers Shakespeare.
Infos pratiques : à voir à La Condition des Soies, du 3 au 25 juillet à 13h25, relâche les mercredis.
Nous avions déjà consacré une critique complète à ce spectacle, à retrouver ici.
Hubris

Hubris revisite la guerre de Troie en rendant la parole aux femmes du mythe. Le spectacle aborde la tragédie grecque avec un regard moderne, intime et humain, loin d’une approche figée ou intimidante. C’est justement ce qui le rend intéressant : il permet de redécouvrir un imaginaire antique à travers des enjeux très actuels. Une proposition forte pour celles et ceux qui pensent ne pas aimer la mythologie.
Infos pratiques : à voir à La Factory – Roseau Teinturiers, du 3 au 25 juillet à 14h55, relâche les jeudis.
Nous avions déjà consacré une critique complète à ce spectacle, à retrouver ici.
M.O.L.I.E.R.E.

Avec M.O.L.I.E.R.E., la vie et l’œuvre de Jean-Baptiste Poquelin deviennent un terrain de jeu théâtral joyeux et très inventif. Les comédiens s’appuient sur les textes de Molière tout en y glissant digressions, références contemporaines et effets comiques. Le résultat est à la fois drôle, intelligent et généreux, porté par une belle énergie de troupe. Une façon malicieuse et rafraîchissante de revisiter un monument du théâtre.
Infos pratiques : à voir au Théâtre du Girasole, du 3 au 25 juillet à 17h05, relâche les mercredis.
Nous avions déjà consacré une critique complète à ce spectacle, à retrouver ici.
Le Barbier de Séville

Le Barbier de Séville retrouve ici toute sa vitalité comique. La compagnie Les Modits s’empare de Beaumarchais avec une adaptation moderne, rythmée et pétillante, où les rebondissements et les quiproquos s’enchaînent avec plaisir. Le spectacle donne envie de se laisser emporter par le tourbillon des ruses, des déguisements et des situations impossibles. Un classique abordé avec beaucoup d’énergie.
Infos pratiques : à voir au Petit Louvre, du 4 au 25 juillet à 17h30, relâche les jeudis.
Nous avions déjà consacré une critique complète à ce spectacle, à retrouver ici.
Le Jeu de l’amour et du hasard

Le Jeu de l’amour et du hasard reste l’une des grandes machines théâtrales de Marivaux, et cette adaptation en révèle toute la modernité. Le Collectif L’Émeute en propose une version fantaisiste et très vivante, qui joue avec les codes sans trahir les questions essentielles de l’œuvre. Derrière la comédie des déguisements, c’est tout un jeu social et amoureux qui se déploie. Une revisite pleine d’allant.
Infos pratiques : à voir au Théâtre des Lucioles, du 4 au 25 juillet à 15h50, relâche les jeudis.
Nous avions déjà consacré une critique complète à ce spectacle, à retrouver ici.
L’Île

Avec L’Île, Mihail Sebastian nous embarque dans une aventure humaine à la fois drôle, tendre et pleine de fantaisie. Alors que les trains, les bateaux et les vols sont annulés, trois personnages que tout oppose se retrouvent coincés dans une ville où plus rien ne semble avoir de valeur. La pièce avance avec une belle légèreté, sans perdre ce qu’elle raconte de l’attente, de l’adversité et des liens qui se créent malgré tout. Un spectacle lumineux, porté par une énergie réjouissante.
Infos pratiques : à voir au Théâtre du Tremplin, du 4 au 24 juillet les jours pairs, à 20h45.
Nous avions déjà consacré une critique complète à ce spectacle, à retrouver ici.
Casanova

Avec Casanova, Geoffrey Lopez s’empare d’une figure aussi fascinante qu’insaisissable : celle d’un écrivain, séducteur, escroc, aventurier affamé de plaisirs et de gloire. Le spectacle avance à un rythme effréné, entre conquêtes, mensonges, passions brûlantes et situations rocambolesques. La mise en scène, les lumières, les costumes, les musiques et les chorégraphies composent un univers très travaillé, à la fois drôle, sensuel et hautement théâtral. Portée par une troupe pleine d’énergie, cette création offre un Casanova haut en couleur, pleine de panache et délicieusement irrévérencieux. On est complètement tombés sous le charme.
Infos pratiques : à voir au Théâtre des Lucioles, du 4 au 25 juillet à 10h10, relâche les jeudis.
From Martin to Eden

Nous ne nous attendions pas à tant de modernité et d’originalité dans l’adaptation comme dans la mise en scène de ce chef d’œuvre de Jack London. Ici, texte et musique live s’entremêlent pour accompagner l’ascension semée d’embûches de Martin Eden, un marin d’origine modeste qui parvient à se faire une place au sein de l’aristocratie américaine, motivé par ses sentiments pour une jeune professeure d’anglais qu’il espère séduire. La pièce monte en rythme et en intensité au fil du récit, dévoilant tout le talent d’Hugo Schnitzler, qui habite ce rôle avec une fougue et une présence qui nous tiennent suspendus à ses mots. Et ça tombe bien car à travers cette quête existentielle, le propos, passionnant, évoque la difficulté à se faire une place en tant qu’artiste, notre rapport au succès et celui des autres à notre réussite, ou encore l’amour idéalisé. Une bien jolie surprise.
Infos pratiques : à voir au Théâtre du Roi René, cour de la Reine, du 4 au 25 juillet à 16h50, relâche les mercredis.
Le mystère de l’homme invisible

Si vous aimez les enquêtes, les intrigues mystérieuses et les mises en scène féériques, vous ne verrez pas le temps passer devant cette pièce de grande qualité qui réveille notre âme d’enfant. Sur scène, H.G. Wells se tient devant sa machine à écrire, prêt à faire naître sous nos yeux l’histoire de son Homme invisible. Mais très vite, l’imaginaire déborde de la page : les personnages apparaissent, les objets se déplacent, la machine semble écrire seule, et le bureau de l’auteur devient le terrain de jeu d’un conte fantastique où tout paraît possible. Entre théâtre, magie et effets spéciaux, le spectacle déroule une enquête pleine de mystère, tout en interrogeant notre rapport à la différence, au progrès et aux limites de la science. La mise en scène, menée avec une précision remarquable, fait naître une vraie sensation de merveilleux. Les marionnettistes accomplissent un travail impressionnant, au point de nous donner parfois l’illusion d’assister à des effets spéciaux de cinéma. Thomas Marceul est quant à lui bluffant : il incarne tous les personnages avec une maîtrise folle, dans un texte au rythme et à la densité redoutables. On est admiratifs devant un tel savoir-faire scénique, et l’on en ressort émerveillés.
Infos pratiques : à voir au Théâtre 3S, du 4 au 25 juillet à 13h10, relâche les mercredis.
La nuit juste avant les forêts

Voilà une prestation qui secoue fort ! Celle de Léonard Stefanica, d’une intensité bouleversante. Le comédien s’empare en effet de ce monologue dense, sombre et vertigineux de Bernard-Marie Koltès avec une fougue, une puissance, une sauvagerie presque, qui nous font retenir notre souffle d’un bout à l’autre. On ne sait pas à qui s’adresse cette logorrhée, ces mots qui semblent s’accrocher les uns aux autres pour maintenir cet homme en proie à l’errance à la surface de toute cette noirceur qui menace de l’avaler. La folie humaine, le rejet de la différence, le besoin de l’autre, la solitude, la pluie, l’ivresse s’abattent en trombes sur son existence meurtrie. De temps à autre, le rythme ralentit un peu, s’adoucit et vient offrir une respiration où tenterait bien de se glisser un peu d’espoir, un peu d’amour… mais l’ombre de la solitude revient planer et engloutir l’horizon. Et quoi de mieux que le texte lui-même pour raconter ce vertige : « Moi, j’ai cherché quelqu’un qui soit comme un ange au milieu de ce bordel et tu es là, je t’aime, et le reste, de la bière, de la bière, et je ne sais toujours pas comment je pourrais le dire, quel fouillis, quel bordel, camarade, et puis toujours la pluie, la pluie, la pluie, la pluie ». Un monologue torrentiel, porté par une interprétation qui nous laisse sonnés.
Infos pratiques : à voir au Théâtre des Corps Saints, du 4 au 24 juillet les jours pairs à 19h50.
La ménagerie de verre

Que de drôlerie et de malice dans cette adaptation par Philippe Person de l’œuvre de Tennessee Williams qui nous plonge dans l’intimité d’une famille dysfonctionnelle de l’Amérique des années 1930 ! Amanda élève seule ses deux grands enfants, Tom et Laura, auxquels Blaise Jouhannaud et Alice Serfati donnent une belle fragilité. Un peu dépassée par leur éducation mais néanmoins envahissante, elle nous agace autant qu’elle nous touche avec son agitation permanente et son obsession pour le respect des règles. Chacun tente, à sa manière, d’échapper à un quotidien qui semble prendre la poussière. Amanda s’accroche à sa tentative de tout contrôler, Tom, lui, rêve d’aventure et de liberté, tandis que Laura, un peu « différente » et solitaire, se réfugie auprès de sa ménagerie de verre. Florence Le Corre incarne merveilleusement cette mère excessive et anxiogène qui nourrit le désir obsessionnel de marier sa fille ! À force de chercher, elle trouve un prétendant de choix en la personne de Jim O’Connor (excellent Antoine Maabed), un collègue de travail de son fils. Mais comme on pouvait le prévoir, rien ne va se passer comme prévu. Une adaptation vive et malicieuse, qui fait surgir la drôlerie derrière les fêlures de cette famille suspendue à ses illusions.
Infos pratiques : à voir au Théâtre du Balcon, du 4 au 25 juillet à 10h, relâche les mercredis.
Roberto Zucco

Assurez-vous d’aimer les ambiances sombres et oppressantes avant de partir à la rencontre de Roberto Zucco… Car si c’est dans l’ambiance festive d’un concert que démarre le spectacle, la suite n’a de cesse de faire monter le malaise. La pièce nous entraîne dans la cavale vertigineuse de Roberto Zucco, emprisonné pour le meurtre de son père… Librement inspirée de l’histoire du tueur en série italien Roberto Succo, qui a sévi en France et en Suisse dans les années 1980, la pièce suit une figure criminelle insaisissable, aussi terrifiante que fascinante. L’interprétation très physique et organique d’Axel Granberger dans le rôle de Zucco impressionne. À vrai dire, il parvient à nous glacer le sang tout au long du spectacle par une forme de sauvagerie qui, quand elle ne s’exprime pas physiquement, peut se lire dans le regard ou la posture. Pas dit que nous ayons envie de le croiser la nuit dans les ruelles d’Avignon ! Dans sa cavale, il croise la route d’une jeune fille (bouleversante Lola Blanchard) qui rêve elle aussi d’échapper à sa prison : celle d’une famille étouffante et de la protection maladive et empreinte de violence d’un frère oppresseur (incroyable Maxime Gleizes). Un fil secondaire marquant dans son interprétation et sa mise en scène, signée Rose Noël. Mise en scène qui, tout au long du spectacle, exploite tous les espaces du théâtre, telle une araignée tissant sa toile, et fait intervenir le chant et la musique live de Natalia BacalovetMartin Sevrin pour faire apparaître des lieux, des ambiances. Roberto Zucco se cache, surgit, nous observe, se mêle à nous, intensément présent et pourtant insaisissable. Une expérience puissante, physique, qui bouscule.
Infos pratiques : à voir au Théâtre du Girasole, du 4 au 25 juillet à 18h50, relâche les mercredis.
Avertissements : violence physique, présence de sang ou scènes de torture, violence sexuelle, présence d’armes à feu ou d’armes blanches.
Le cercle de craie caucasien

La Compagnie Le Grenier de Babouchka a encore frappé ! C’est une nouvelle fois du beau spectacle de troupe qu’elle nous propose avec cette toute nouvelle création qui nous entraîne dans les montagnes du Caucase, en pleine révolution géorgienne. Le gouverneur venant d’être exécuté, sa femme s’enfuit en laissant son fils derrière elle. Groucha, simple fille de cuisine, recueille le bébé et tente de le sauver au péril de sa vie. Affrontant la guerre, le froid et la faim, elle tisse avec l’enfant des liens plus forts que ceux du sang. Mais la paix revient et la mère biologique cherche à retrouver son enfant… On retrouve dans ce spectacle les ingrédients habituels du Grenier de Babouchka : la mise en scène virevoltante et inventive de Charlotte Matzneff, que l’on découvre toujours avec beaucoup d’enthousiasme, de la musique jouée sur scène, et une véritable troupe, ici composée de 8 comédiens, qui interprètent avec talent plus de 50 personnages. Tout est bien rôdé, rythmé, esthétiquement très réussi, et l’ensemble gagne en profondeur au fur et à mesure du récit. Peut-être est-ce justement cette mécanique parfaitement huilée qui nous a tenus un peu à distance de l’émotion, davantage impressionnés par la virtuosité de la troupe que véritablement emportés par le récit.
Infos pratiques : à voir au Théâtre du Chien qui Fume, du 4 au 25 juillet à 12h05, relâche les mercredis.
Retrouvez également, tout au long de ce Festival OFF d’Avignon 2026, nos découvertes thématiques : théâtre contemporain, récits et seuls-en-scène, humour et comédie, classiques et adaptations, jeune public, danse et cirque, et découvertes musicales.
Sans oublier, bien sûr, nos coups de cœur !
